Publié le 03/02/2017 à 10:47

Martin Schläpfer, chorégraphe d’aujourd’hui

Le ballet, entre tradition et création à l’Opéra des Nations

 

Le Grand Théâtre de Genève reçoit le Ballett am Rhein (Düsseldorf Duisburg) du 10 au 12 février 2017 à l’Opéra des Nations avec Ein deutsches Requiem, un ballet pour 48 danseurs, créé en 2011 par le Suisse Martin Schläpfer sur la musique de Johannes Brahms. Si le compositeur s’est volontairement inspiré d’une version œcuménique des Saintes Écritures pour son «Requiem allemand», Martin Schläpfer dit rechercher un «art de ballet pour le XXIème siècle» à travers ses chorégraphies, entre références classiques et style novateur. Philippe Cohen, à la direction du Ballet du Grand Théâtre de Genève depuis 2003, nous entretient de cette œuvre où tradition et création, deux termes qui lui sont chers, se réunissent au cœur de la modernité de la danse actuelle.

 

 

Un mot sur le choix de cette œuvre dans la programmation de la saison de ballet?

Quand on invite une autre compagnie, c’est avant tout avec l’envie d’amener une autre esthétique au public genevois. C’était aussi une occasion de faire revenir Martin Schläpfer à Genève, où on l’a très peu vu depuis sa nomination comme directeur à l’école Dance Place qu’il a créée à Bâle en 1990.

De plus, cette œuvre s’inscrit musicalement dans la ligne de la saison du ballet du Grand Théâtre qui s’appuient sur des œuvres musicales fortes et puissantes: Ba\rock, chorégraphié par Pontus Lidberg sur des musiques de François Couperin, Domenico Scarlatti et Jean-Philippe Rameau en octobre, et Une autre passion, inspirée de la Passion selon saint Matthieu de Bach (1727) chorégraphiée par Pontus Lidberg en mars. Nous trouvions intéressant d’amener avec Ein deutsches Requiem (1868) de Brahms, un oratorio qui succède à ce dernier d’un peu plus d’un siècle et qui je crois n’a jamais été utilisé pour la danse.

 

Vous recevez pour la première fois le chorégraphe suisse Matin Schläpfer, meilleur danseur au Prix de Lausanne en 1977, encensé par la critique du monde entier et récompensé régulièrement jusqu’à aujourd’hui. Comment qualifieriez-vous son style?

On ne peut pas lui mettre d’étiquette. Avec sa compagnie il excelle dans le répertoire classique, qui se fond avec son esthétique à lui, fluide et à la fois énergique. Ni dans le minimalisme, ni dans une recherche spécifique, il s’appuie sur la sensibilité des danseurs, mais assume surtout une technicité exceptionnelle, sans parler de virtuosité. Il a l’expérience du corps, affûté à ce genre de danse et n’a pas peur de créer la sienne. Martin est un véritable artiste. Quand je l’ai vu il y a quelques années à Lyon sur Petrouchka d’Igor Stravinsky, j’avais été marqué par la douceur et le lyrisme de sa danse, figurant l’hypersensibilité de l’homme à la musique; qu’on retrouve à travers son choix de créer une chorégraphie sur cette musique particulière de l’œuvre de Brahms, au lyrisme assumé et très marqué.

 

 

Comment joue-t-il sur la musicalité de cette œuvre méditative?

Je dirais qu’il accompagne la musique plutôt qu’il ne l’illustre au sens littéral de ce que cela dit, et sans redondance. Ce que je trouve très fin dans son approche, c’est la manière, très terrienne au fond, dont il s’est imprégné de ce thème de la mort alors que le requiem est une musique qui tire a priori vers le haut. Le chorégraphe joue de ce rapport, amenant l’énergie de la musique dans le corps de ses danseurs, danse et musique devenant égales au regard.

 

 

Alors que Genève accueille ces jours les Swiss Dance Days 2017, que peut-on dire de la création chorégraphique actuelle? Le néo-classique est-il encore contemporain?

Je ne sais plus très bien ce que veut dire contemporain et je dois dire que depuis que je suis à Genève, j’essaie d’utiliser ce terme le moins possible. Car d’une certaine manière il ne veut rien dire, si ce n’est qu’à un moment donné, il a fallu, pour se différencier de la modern dance américaine, qu’en France on parle de danse contemporaine. Mais là encore, il s’agit d’une étiquette qui enferme le créateur. Même pour des chorégraphes comme le britannique Christopher Wheeldon ou l’américain William Forsythe, qui s’appuient sur le langage classique, nous pourrions parler de danse contemporaine, puisqu’ils créent toujours à l’heure actuelle.

Quant au terme de néoclacissisme, on a tendance à le galvauder et à oublier ce qu’il veut dire vraiment. Pour cette raison, je préfère parler de danse d’aujourd’hui. Car les chorégraphies actuelles s’appuient sur une histoire en termes de technicité, mais aussi sur un certain style initié par Serge Lifar, dit néo-classique, terme qu’il employa pour qualifier notamment son ballet Suite en blanc de 1943, où il se démarque de l’académisme par de nouvelles positions de pieds notamment et des déhanchés, à l’image de George Balanchine à la même époque.

Peut-on dire d’un chorégraphe qui s’appuie sur des techniques classiques dans ses créations qu’il est un néo-classique? J’aurais plutôt envie de le qualifier de postclassique, car aujourd’hui le chorégraphe apporte sa patte à sa qualité chorégraphique, dans une écriture beaucoup plus actuelle et affirmée comme celle de Martin Schläpfer.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Ein deutsches Requiem, une pièce de Martin Schläpfer pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève à découvrir l’Opéra des Nations du 10 au 12 février 2017.

Renseignements et réservations au +41.22.322.50.50 ou sur le site du Grand Théâtre www.geneveopera.ch

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