Voix de Fête est dans la place

«Voix de Fête, c’est 50% d’artistes suisses, 50% d’artistes découvertes et 50 concerts»

 

«Rock, rap, électro-pop, reggae, Voix de Fête démontre qu’en français l’univers des possibles est large, et ce sans jamais oublier son premier amour qu'est la chanson.» Créé en 1999, le Festival Voix de Fête a pour objectif de témoigner de la vivacité de l’expression musicale francophone actuelle en donnant la priorité aux nouvelles tendances et aux créations. Avec une moitié de groupes helvètes, le festival accompagne la scène locale tant auprès du public que des professionnels. Aujourd’hui établi comme l’un des grands rendez-vous de la francophonie internationale, le festival offre aux artistes suisses une résonance exceptionnelle.

Priscille Alber et Guillaume Noyé à la tête du festival depuis 2015 nous ouvre les portes de cette édition anniversaire qui se tiendra à Genève du 19 au 25 mars 2018.

 

Trentenaires, vous avez en quelque sorte grandi avec le festival. Quel est votre premier souvenir?

Priscille Alber: Originaire d’Yverdon, mon premier saut à Voix de Fête remonte à 2009 avec le magnifique concert de Thomas Fersen au Palladium. Une foule s’y était rendue. L’ambiance populaire et plutôt bon enfant et la pléiade d’artistes invités m’en avaient mis plein les yeux, sans parler de l’after de dingue au Chat Noir. C’est ainsi que deux ans plus tard j’entrais dans l’Association de Soutien à la Musique Vivante (A.S.M.V) qui gère le festival.

Guillaume Noyé: Pour moi c’est un concert de K (Nicolas Michel) dans la salle des Salons en 2002. J’ai certainement vu d’autres concerts du festival sans le savoir, car l’image de Voix de Fête en tant que festival était alors moins véhiculée et les concerts étaient beaucoup plus éparpillés dans la ville, même s’il y avait déjà une ambiance particulière qui se développait autour du Casino-Théâtre.

 

Lorsque vous avez pris la direction du festival en 2015, un de vos impératifs était de rajeunir le public, mission accomplie?

G. N.: Dès 2014 nous avons commencé à réorienter le festival en nous intéressant aux goûts musicaux de la génération des 18-25 ans, soit dans le regroupement pop-électro-chanson ou par le biais du hip hop, un style déjà représenté au festival mais de manière moins pointue. Aujourd’hui, presque la moitié de la programmation hip hop est dévolue aux artistes émergents qui touchent les plus jeunes. Et de constater aujourd’hui que le nombre de têtes blondes a dépassé celui des têtes grisonnantes nous permet de répondre que la mission est bel et bien accomplie.

 

Après avoir ouvert le festival au rap, à la pop et à la musique africaine il y a deux ans, le reggae entre cette année dans la programmation en collaboration avec le Festival Plein-les-Watts et Raggasessions.

P. A.: En 2014, nous avions déjà testé le terrain avec une soirée dédiée au reggae à la Salle communale de Plainpalais avec notamment le groupe français Danakil et le Neuchâtelois Junior Tshaka, mais nous trouvions que faire appel à de fins connaisseurs de ce genre musical, Nicolas Clément à la tête du Festival Plein-les-Watts et des membres de Raggasessions, pour programmer cette soirée avait du sens. Le 23 mars, le public pourra découvrir le chanteur français Erik Arma avec un nouvel album, suivi d’une reggae session où nous retrouverons parmi les DJs, Eric Waguet, alias Karma, un des chanteurs de Broussaï, défini unanimement par la presse musicale comme le groupe de reggae le plus prometteur du moment.

 

Note-t-on un regain d’intérêt pour le français dans la création musicale actuelle, tous genres confondus?

P. A.: Nous avons clairement connu des éditions moins fastes, mais cette année particulièrement nous avons reçu une kyrielle de très beaux projets. Pour participer au festival, les artistes doivent s’exprimer en français, même si quelques apparitions du wolof (Ndlr: langue de l’ouest africain) ou de l’allemand peuvent faire exception par-ci par-là. Nous tenons à défendre la langue française, comme les nombreuses étoiles montantes accueillies cette année tels qu’Eddy de Pretto, Juliette Armanet, Gauvin Sers, Arcadian, Léa Paci, Ash Kidd ou encore Davodka.

G. N.: Depuis quelques années nous observons de grands exemples de réussite parmi les chanteurs francophones, à l’image de Stromae qui a réussi à traverser l’Atlantique, ou de Julien Doré reconnu pour sa plume par certains, tous deux accueillis à Voix de Fête. J’ai l’impression que les artistes actuels sont plus en recherche de profondeur dans leurs chansons que ceux de la fin des années 90. On sent un réel besoin de s’exprimer et d’être reconnu en cela.

 

 

Le festival débute avec la chanteuse Juliette et se termine avec le Bel Hubert, un choix symbolique?

P. A.: Disons que le hasard a bien fait les choses, puisque tous les deux se sont avérés disponibles à ces dates-là. Avec le Beau Lac de Bâle, qui a fait partie de la première édition du festival en 1999, également invité à participer à cette édition, nous affirmons notre filiation aux chanteurs à texte, même si en tant que directeurs, nous insistons sur le fait que le festival soit reconnu comme représentant des musiques actuelles francophones.

 

Pour ce festival anniversaire, vous avez concocté plusieurs soirées particulières, dont un hommage au fondateur du festival Roland Le Blévennec intitulé Chroniques & fiche banane (Ndlr: premier branchement électrique sur des amplificateurs de son).

G. N.: Roland est en premier lieu un artiste, fondateur du Chat Noir, puis de Voix de Fête, il est aujourd’hui connu au quatre coins du monde. S’il a pris sa retraite professionnelle en nous laissant aux commandes de l’association, ce n’est pas pour autant qu’il n’a plus de projets. Quand nous avons appris qu’il écrivait un livre retraçant sa vie de 1950 à nos jours, nous avons décidé de lui commander une création pour les vingt ans du festival dans la logique de son livre: à travers son parcours artistique et parfois personnel, il suit le fil rouge de l’évolution des technologies musicales et des artistes qui ont jalonné sa vie. A son tour, Roland a décidé d’en confier la mise en scène à Thierry Romanens. C’est un spectacle que nous imaginons en format seul en scène, mais que lui appellerait plutôt une "conférence-apéro", puisque le public est invité à venir prendre un verre avec lui à la fin de sa masterclass.

P. A.: Un autre spectacle très attendu pour cet anniversaire, c’est Jerrycan 8000, qui aura lieu n’importe quand dans un des lieux du festival. Jerrycan, on le connait bien, il était venu faire un vrai show perché dans un arbre devant la Maison communale de Plainpalais en 2015, dont tous ceux qui avaient pu le voir me parlent encore aujourd’hui. Le chiffre 8000 correspond aux 20 participants, multipliés par 20 pas de danse et par 20 ans de strophes. En janvier nous lancerons les inscriptions, avis aux lecteurs qui souhaiteraient participer à cet événement musical et vivant ouvert à tous.

 

Côtés artistes confirmés, LE coup de cœur du festival va au concert innovant du rappeur Scylla et du pianiste Sofiane Pamart, médaille d’or du conservatoire de Lille.

G. N.: Scylla, c’est un rappeur extrêmement imposant par sa droiture d’esprit qu’il exprime dans ses textes engagés aux mots choisis comme Kery James. Ces textes seront mis en lumière cette fois par un accompagnement instrumental uniquement joué au piano à queue par Sofiane Pamart. Enlever la rythmique et les basses de la musique hip hop permet aux mots d’occuper le devant de la scène et ce concert brise clairement les carcans des genres en proposant une version de concert différente, celle que nous avons voulu présenter au public genevois en partenariat avec le festival Francofaune de Belgique où nous l’avons découverte.

 

 

Plusieurs tremplins permettent également au public comme aux professionnels de découvrir en début d’après-midi de jeunes artistes lors de concerts gratuits.

P. A.: Nous avons la plate-forme La Lentille, destinée aux moins de 27 ans venant de Romandie et du Grand Genève, en collaboration avec Helvetiarockt, Catalyse et la Fondation Béa, toutes vouées à l’accompagnement des jeunes artistes. Depuis 2016, nous avons créé notre propre tremplin, French mon amour, dont les sessions de sélection ont lieu quatre fois par an au Chat Noir et où, à terme, 3 à 4 groupes sont sélectionnés pour participer à la vitrine de Voix de Fête.

 

Quel est votre coup de cœur découverte cette année?

P. A.: C’est le Belge Major Dubreucq, un personnage atypique fort comme celui de Philippe Katrine, mais nous ne souhaitons pas trop en dire car son univers décalé et émouvant est à découvrir en direct.

G. N.: Ses textes sont bourrés d’humour noir à la Desproges et on rit beaucoup de se voir si laid dans notre société.

 

Côté festival off, les Bars en fête, on célèbre aussi un anniversaire.

P. A.: Les Bars en fête ont dix ans cette année. Onze bars accueilleront des concerts au chapeau. A noter que pour la troisième année consécutive, le off commence une semaine avant nous, ce qui permet de réellement profiter de tous les concerts proposés. On retrouvera des artistes des vitrines de Voix de Fête, mais bien d’autres encore rejoindront la programmation en cours d’élaboration par Alexandre Bollinger de l’Association La Teuf.

 

Voix de Fête en chiffres?

G. N.: C’est 50% d’artistes suisses, 50% d’artistes découvertes et 50 concerts!

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Festival Voix de Fête 2018, 20ème édition, du 19 au 25 mars 2018.

Programmation en détail sur leprogramme.ch ou sur le site www.voixdefete.com

Festival La Cour des Contes 2018L’Orchestre de Chambre de Genève - Une nuit américaine