Publié le 19/01/2017 à 13:16

Voix chaleureuse venue du Nord

«Je veux des paroles qui soient plus que des banalités. Le monde n’a pas besoin que j’écrive une chanson de plus sur les peines de cœur.»

 

Jarle Bernhoft, plus connu sous son nom de scène Bernhoft, brille par ses albums de qualité autant que par ses incroyables prestations live. Après avoir connu le succès dans son pays natal en jouant dans des groupes de rock, l’artiste norvégien a pris son envol en solo. Il bénéficie depuis d’une solide base d’admirateurs en Europe et aux États-Unis. Il a en outre été nommé aux Grammy Awards 2015 dans la catégorie R’n’B pour son délectable album Islander. Fusionnant les genres et les influences, le multi-instrumentiste Bernhoft ne cesse d’étonner. Ce phénomène de scène se produira à l’Espace Vélodrome à Plan-les-Ouates le 27 janvier 2017. A ne pas rater!

 

 

Comment avez-vous commencé à faire de la musique?

J’étais un enfant très intéressé par la musique, et très timide aussi. J’avais l’habitude de m’assoir sous une table et de chanter en anglais, du moins ce que je pensais être de l’anglais… J’aimais beaucoup Abba, Elton John, et d’autres artistes que ma mère écoutait à la maison. Ma mère était professeur de musique et mon père chanteur d’opéra. Il y avait donc toujours de la musique autour de moi. Le choix fut assez facile d’en faire ma profession lorsque j’ai grandi.

 

Vous êtes seul sur scène. Cela demande-t-il plus d’énergie et de concentration que lorsque vous jouez dans un groupe?

Oui, je pense que ça requiert une sorte d’énergie différente. La concentration est en effet l’élément clé. Il y a plus de travail mental lorsqu’on est seul sur scène. Je ne peux pas tellement me mouvoir, car je dois rester près de mes instruments et des pédales d’effets. Jouer seul n’est pas tellement un exercice physique, mais certainement un exercice mental.

 

Vous êtes un impressionnant multi-instrumentiste. De combien d’instruments pouvez-vous jouer?

Je pense ne savoir jouer que d’un seul! Je suis ce qu’on pourrait appeler un guitariste doué. Et je peux faire semblant de jouer quasiment n’importe quel instrument à cordes. Mais devenir virtuose ne m’intéresse pas. Je veux simplement être sûr que j’en sais assez pour obtenir des sons passables. Je me débrouille avec un piano, je peux faire des percussions. Mais si l’on en vient au violon, je ne peux pas dire que je sais en jouer correctement. Je sais simplement comment ça marche. Je comprends aussi comment un tuba ou une flûte fonctionne, et je peux créer des sons acceptables avec une multitude d’instruments. Mais la guitare est le seul avec lequel je suis vraiment bon. C’est aussi le premier instrument que j’ai commencé à jouer volontairement, c’était mon truc à moi. Tout cela s’est passé de façon très "cliché rock’n’roll"!

 

 

Qu’est-ce qui vous inspire lorsque vous écrivez votre musique?

Beaucoup de choses. Évidemment, écouter de la musique aide. Mais généralement, la musique est toujours là. Ce dont j’ai plutôt besoin, c’est de soutiens variés pour écrire les paroles. Je veux des paroles qui soient plus que des banalités. Le monde n’a pas besoin que j’écrive une chanson de plus sur les peines de cœur. J’essaie de parler d’autres sujets que j’estime ne pas avoir été suffisamment explorés.

J’ai beaucoup écrit sur le thème du racisme. Ayant vécu aux États-Unis pendant deux ans, j’ai vu comme la violence policière s’abat sur les communautés noires plus sévèrement que sur les communautés blanches. Et dans cette situation, à la fois en Europe et en Amérique, où l’on assiste à l’émergence de partis d’extrême droite, et que ceux-ci se retrouvent également dans les gouvernements (c’est le cas en Norvège aussi), je pense que le racisme doit être mieux investigué. C’est ce qui m’inspire à l’heure actuelle. Je lis énormément sur des sujets qui me tiennent à cœur. J’espère ainsi pouvoir dire des choses qui n’ont pas été dites un million de fois auparavant.

 

Qu’avez-vous appris de votre expérience de vie à New York?

J’avais envie d’y aller et d’y vivre depuis mon enfance, et cela semblait le moment opportun pour le faire. Mon séjour en Amérique était plutôt, d’un point de vue personnel, une révélation qui a servi à élargir mon horizon. C’était une façon de regarder la Norvège et l’Europe d’un point de vue différent. Je pense que les États-Unis sont un pays très intéressant, un bon exemple de la façon dont les choses peuvent être tout à la fois très bonnes, et très mauvaises. Je pense qu’il est important, pour quiconque voudrait s’exprimer sur une société à laquelle il n’appartient pas, de s’informer sur le fonctionnement de cette société. Beaucoup de gens ont des choses à dire sur la société américaine, et je respecte le droit des gens de s’exprimer. Mais dire des choses sans expérience ni vérification, ce n’est pas très intelligent. Je voulais moi-même d’abord en savoir plus avant d’écrire des paroles à ce sujet.

 

 

Vous avez sorti trois albums studio et un EP, chacun avec son propre son. Dans quelques jours, c’est votre nouvel EP The Morning Comes qui sera révélé. Pourriez-vous décrire, avec vos propres mots, votre style musical?

C’est difficile pour un artiste de décrire son propre style musical. Ce que je fais est enraciné dans la musique soul. Plus précisément, j’essaie d’explorer la soul dans des paysages sonores à la fois analogiques et digitaux.

Mon premier album était un exercice pour trouver et instiller un son très particulier, qui était la musique soul américaine des années soixante et septante. Avec l’album d’après, j’ai essayé de regarder dans le futur et d’imaginer ce que la musique pop ou soul deviendrait en 2040. Je suis ensuite retourné en arrière pour mon troisième album, dans des ambiances sonores plus organiques. Entre ces trois albums, j’ai aussi sorti des albums live. J’ai ensuite fait le choix de l’EP, ce qui m’a permis d’abandonner la prétention de faire une œuvre entière – j’ai pu juste écrire des chansons. C’était plus désordonnée, un peu de ci, un peu de ça (rires). L’EP qui va sortir ces prochains jours, The Morning Comes, est à nouveau plus ciblé au niveau des paroles. Je m’essaie à des sons électriques-organiques, toujours avec une base forte de musique soul. J’encourage vivement tout le monde à écouter mes nouveaux morceaux, je pense qu’ils sont vraiment cool!

 

Vous avez travaillé notamment avec Ben l’Oncle Soul et C2C. La musique française vous plaît-elle?

La musique à laquelle nous sommes exposés en Norvège est très anglo-américaine. Lorsque j’ai grandi, il fallait activement chercher de la musique française pour en trouver. Bien sûr, Daft Punk a été une révélation. Si l’on met à part l’Eurovision, c’était la première fois que nous étions exposés à de la musique pop française. Maintenant que j’ai tourné un peu en France, j’ai entendu davantage d’artistes. La musique me plaît dans un sens un peu exotique, mais il y a bien sûr la barrière de la langue… Je ne me suis pas encore convaincu moi-même d’apprendre le français!

 

Pourquoi chanter en anglais plutôt qu’en norvégien?

La décision de chanter en anglais a été prise d’un point de vue purement musical. Quand je chante en norvégien, mon dialecte a des sonorités affreuses! Il est très difficile de chanter dans ce dialecte, très peu de gens arrivent à le faire sonner joliment. J’ai n’ai pas encore trouvé le code secret. Je sais que les gens essaient de traduire la musique dans leur propre langue, mais je serais bien en peine de penser à quelqu’un qui parviendrait à faire quelque chose de bien avec mon dialecte et mon style musical. Il y a ce mot italien, cantabile, qui veut dire chantant. Eh bien, mon dialecte n’est absolument pas cantabile! (rires)

 

Propos recueillis par Marie Berset

 

Bernhoft en concert à Plan-les-Ouates, Espace Vélodrome, le 27 janvier 2017.

Renseignements et réservations sur le site du service culturel de Plan-les-Ouates www.plan-les-ouates.ch