Publié le 09/11/2016 à 16:27

Vernier à l'heure vénitienne

«Venise fait non seulement rêver mais c’est une ville qui a été l'un des plus importants centres de création musicale du début du 16e jusqu'au 18e siècle.»

 

Des ruelles bercées par les flots des canaux, des froissements de robes et de capes, des chandelles veillant aux fenêtres ou réchauffant les églises. Et surtout, ces notes volatiles, échappées des touches d'un clavecin ou des cordes d'une viole de gambe, gambadant au dessus de la place Saint-Marc.

C’est dans cette atmosphère féerique que la ville de Vernier nous invite à six "Rendez-vous baroques" à la Salle du Lignon, nouvelle formule du festival Vernier sur Baroque. Depuis 2012, la commune s'engage à présenter ce mouvement sous ses divers aspects. Si la note principale est musicale, les divers événements organisés n'oublient pas que le style baroque s'insuffle autant dans l'architecture que la peinture, le théâtre ou la littérature à partir de la fin du 16e siècle. Ainsi, les airs d'Antonio Vivaldi, Benedetto Marcello ou Baldassare Galuppi côtoieront les auteurs Giacomo Casanova ou Carlo Goldoni. Une programmation italienne puisque cette cinquième édition rend hommage à Venise. Jusqu’au 6 décembre, la Cité des Doges se fait galante ou sérénissime pour montrer la diversité foisonnante avec laquelle le baroque a traversé les 16e, 17e et 18e siècles. L’organiste et claveciniste Hadrien Jourdan, programmateur artistique, nous raconte sa passion pour cette musique exubérante.

 

Qu'est-ce que Venise a de si fascinant?

C'est une ville qui fait non seulement rêver mais qui a aussi été l'un des plus importants centres de création musicale du début du 16e jusqu'au 18e siècle. Pendant 300 ans, cette ville unique a été un creuset de créativité et d’expérimentation. Dans ce sens, les quelques concerts que nous avons ne sont qu’une petite parcelle de ce que nous pourrions proposer autour de Venise.

 

C’est la cinquième édition de ce festival baroque à Vernier, le public a-t-il évolué?

Oui, on l'a vu petit à petit. Mais c'est tellement difficile de tirer des conclusions concernant les concerts classiques. Cela dépend du programme, des têtes d’affiches, du lieu, des habitudes des gens… À Vernier, il a fallu tout construire, partir de zéro dans un contexte culturellement défavorisé. Je rendrai toujours hommage à Vernier et aux autorités qui n'ont jamais été découragées et ont suivi cette idée politique d'amener la culture au plus grand nombre. Il y a donc un public qui se forme, un public varié et différent de celui qu'on peut trouver en ville de Genève, ce qui est stimulant et positif.

 

Comment avez-vous construit la programmation?

L’idée est de visiter Venise entre la fin du 16e et la fin du 18e à travers différents concerts, chacun couvrant une période différente avec ses particularités, d'instruments ou d'effectifs.

On trouvera par exemple les cornets à bouquin et les sacqueboutes pour le 16e et le début du 17e, qui seront abordés par l'ensemble le Concert brisé conduit par William Dongois le 9 novembre. La première moitié du 17e sera évoquée le 6 décembre avec un programme mettant en scène les étapes de l'Avent par l'ensemble La Fenice et la soprano Dagmar Saskova. Avec Galuppi le 16 novembre, on découvrira le début du Bel Canto, puis le concert du 27 novembre rendra hommage au 18e siècle avec, entre autres, les cordes de Vivaldi interprétées par les Folies Françoises. Cette soirée sera partagée avec une lecture de textes par le comédien Laurent Natrella. Le 30 novembre accueillera la violoniste Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti pour une adaptation du Teatro alla moda, texte du compositeur Benedetto Marcello qui peint avec humour et acidité le monde de l'opéra vénitien autour de 1720.

 

 

Qui est justement Baldassare Galuppi, autour duquel vous présenterez un programme le 16 novembre, avec la soprano Magali Perol-Dumora et l'ensemble Temenos?

C’est un compositeur que je connais depuis plusieurs années. Il est vraiment fascinant car, si on peut dire aujourd'hui qu'il est presque oublié, il était à son époque incroyablement connu et il a contribué, dans un certain sens, au déclin et à la disparition de Vivaldi. Galuppi était en même temps maître de chapelle à Saint-Marc, la position la plus prestigieuse pour un compositeur de musique sacrée, et organiste dans plusieurs églises. Il était surtout un compositeur d'opéras très connu: il a été invité à Londres, plusieurs de ses opéras ont été réimprimés dans des séries d'airs à succès. Il était certes contemporain de Vivaldi mais il y a vraiment entre eux une césure, un monde: on sort du baroque pour aller vers le rococo et même vers le début du classicisme. On ne se rend pas compte de l'impact d'un Galuppi car ce langage musical nous semble moins étrange, notre culture héritée du 19e siècle étant restée un peu dans cette tradition des grands opéras. Mais à l'époque c'était vraiment novateur. J'ai retrouvé des pièces pour le chant ou des concertos pour clavecin inédits: c'était un compositeur inspiré, créatif et accessible. Sa musique est extrêmement plaisante et agréable à l'oreille

 

Quelle est votre première rencontre avec la musique baroque?

J’ai été très tôt attiré par l’orgue. Une très grande partie de la littérature pour cet instrument a été composée pendant la période baroque, c'est quelque chose qui allait presque de soi. Puis ce sont des rencontres, avec des musiciens mais aussi des instruments qui m’ont fascinés. J'avais quatorze ou quinze ans et je me retrouvais soudain dans des endroits magnifiques avec des instrument historiques, c'était comme entrer dans un tout autre monde que ce qu'on peut aborder dans un conservatoire de manière plus théorique ou plus froide. C'était vraiment inspirant. J’ai vécu cela comme une découverte, une aventure. Quelque chose de solaire, de vivant, de créatif, de libre.

 

Quels sont vos prochains projets?

Dans le plus court terme, un projet à l'orgue, un enregistrement du compositeur Claudio Merulo, le plus grand organiste de la fin du 16e siècle en Italie. Il est peu connu ou enregistré car sa musique est extrêmement difficile à jouer ou à comprendre. On vit dans un monde où il y a beaucoup de production discographique, parfois on se demande si c'est vraiment utile. Mais je sens que ce projet a du sens et qu'il pourrait vraiment contribuer à donner un autre éclairage à ce compositeur qui est encore peu ou pas assez connu.

 

Propos recueillis par Marie-Sophie Péclard

 

Les Rendez-vous baroques de Vernier, Salle du Lignon jusqu’au 6 décembre 2016. Retrouvez le programme en détail sur le site www.vernier.ch

 

Dimanche 30 octobre — 15h00
Si peau d'âne m'était conté (danse)
Cie L’éventail, chorégraphie Marie-Geneviève Massé

 

Mercredi 9 novembre — 20h00
Musique vénitienne à 3 et 4 dessus
Ensemble Le Concert Brisé - Direction William Dongois

 

Mercredi 16 novembre — 20h00
Venezia Galante
Ensemble Temenos, Magali Perol-Dumora (soprano) et Hadrien Jourdan (clavecin et direction)

 

Dimanche 27 novembre — 17h00
La Serenissima
Laurent Natrella & Les Folies Françoises

 

Mercredi 30 novembre — 20h00
Il teatro alla moda
Gli Incogniti & Amandine Beyer

 

Mardi 6 décembre — 20h00
Un Natale a Venezia
Dagmar Saskova (Soprano) et Ensemble La Fenice - Direction Jean Tubéry 

Comédie Perdre Son Sac