Une opérette pour finir l’année à l'ODN

«D'esprit dégourdi, j'ai, devenu tôt orphelin, parcouru le monde entier. Jamais pourtant je n'ai été aussi comblé de bonheur qu'à présent que je reviens au pays natal!»

 

Dès les derniers jours de décembre et jusqu’à l’aube de la nouvelle année, le Grand Théâtre de Genève présente à l’Opéra des Nations Le Baron Tzigane, œuvre de Johann Strauss fils. Le compositeur est connu comme «le roi de la valse», pas étonnant alors que c’est son père qui a contribué à populariser cette nouvelle danse dans la Vienne du début des années 1800. L’opérette présentée en cette fin d’année à Genève ne manquera pas de faire honneur à l’épithète de son auteur mais les spectateurs y découvriront aussi des mazurkas polonaises et des czárdás hongroises disséminées le long d’une histoire légère et entrainante. À voir jusqu’au 6 janvier 2018.

Nous sommes dans la région frontière du banat de Temesvar au XVIIIe siècle, peu après que le territoire hongrois ait été libéré de l’occupation ottomane et intégré aux possessions des Habsbourg en 1718. Là, un fils d’aristocrates déchus revient au pays après un exil long de vingt-cinq ans. Il découvre ses terres spoliées et occupées par un éleveur de cochons, Zsupán. Ce dernier cherche depuis des années le trésor que le couple d’aristocrates, parents de notre héros, aurait caché dans son ancien château, un quart de siècle auparavant… Pour récupérer ses terres, Sándor Barinkay accepte d’épouser la fille de l’éleveur de cochons. Mais elle en aime un autre et Sándor ne tardera pas, lui aussi, à s’éprendre d’une jeune tzigane. Car sur ces terres se trouve un deuxième clan, celui des gitans de la voyante Czipra. Lorsqu’entre en scène la jeune tzigane, présentée comme la fille de Czipra, l’aristocrate déchu n’a plus d’yeux que pour elle. Elle se nomme Sáffi et son passé recèle des secrets inattendus. Amour, cupidité, guerre… les évènements se bousculent au fil des valses et des polkas. Où celles-ci entraineront-elles nos héros?

 

C’est en voyage en Hongrie que Johann Strauss fils découvre le roman intitulé Sáffi et rencontre même son auteur, l’écrivain Mór Jókaià. Touché par cette histoire romanesque, le compositeur demande à Ignaz Schnitzer d’en tirer un livret. C’est la naissance de Der Zigeunerbaron. L’opérette est créée en 1885 au Theater an der Wien de Vienne. Il y sera joué quatre-vingt-sept fois d’affilée après la première du 24 octobre. C’est que cette trame historique parle au public viennois et surtout à l’empereur François-Joseph 1er qui y voit un beau symbole de l’entente entre l’Autriche et la Hongrie, où les tziganes s’engagent dans la guerre autrichienne par exemple.

Jeannette Fischer est une habituée des productions du Grand Théâtre de Genève, elle s’y produit depuis les années 90. Elle revient aujourd’hui avec le rôle de Mirabella, gouvernante d'Arsena et mère d’Ottokar qui ne rêve que d’une chose: trouver le trésor et épouser Arsena, la fille de l’éleveur de cochons. Cette dernière est pourtant promise au héros, Sándor. «Je joue souvent des rôles de composition comme celui-ci. Mirabella est une femme assez dure, c’est une éleveuse de cochons, elle n’a pas une vie facile et sait se débrouiller. Elle apparait très souvent dans l’opérette. Elle raconte notamment la guerre à Belgrade et comment elle a échappé aux mains du Pacha dans les turbulences du conflit. Dans le second acte, elle interprète un couplet réprobateur à propos de l’amour de Sándor et de Sáffi. Je chante cela avec des danseurs qui m’entourent dans une tessiture très grave.»

 

 

Dans l’opérette, le mélange entre les différentes traditions présentes sur ce territoire frontière est un symbole d’unification. Ainsi, l’héroïne Sáffi peut faire son entrée sur la czárdás So Elend und so Treu qui alterne des temps lents et vifs sur une mélodie rappelant la musique tzigane – de par son utilisation des triangles et des cymbales notamment. Et valser, quelques scènes plus loin, avec Sándor et Czipra sur la fameuse Schatzwalzer. «L’opérette mélange des valses, mazurkas, polkas et czárdás. Nous devons nous impliquer dans chacune avec une énergie et  une émotion différente. Cela vient spontanément», affirme Jeannette Fischer.

 

 

Le titre de «roi de la valse» de Strauss emplit l’opérette: «Il a donné énormément d’éléments à la valse, il en a écrit de très nombreuses. Aujourd’hui encore, au Concert du Nouvel An de l’Orchestre philharmonique de Vienne, on joue des valses de Strauss. Il a eu le talent et l’énergie nécessaires et les a mis dans ses compositions. Comme Chopin l’a fait pour le piano. La musique du Baron Tzigane est tellement belle! Il faut dire que Johann Strauss est fantastique. On sent si bien son génie dans cette œuvre. J’aime l’ouverture et les parties des chœurs particulièrement mais le tout est si beau. On revit cette époque viennoise à travers sa musique.»

Der Zigeunerbaron est une œuvre peu connue en pays francophones, c’est pourquoi le Grand Théâtre offre les représentations en français pour faciliter la compréhension. Pas d’inquiétude alors pour qui ne connait pas le livret par cœur et découvre l’histoire. Pourtant, c’est peut-être la mise en scène de Christian Räth qui réserve le plus de surprises aux spectateurs. La scène de l’Opéra des Nations s’est transformée en un plateau de jeux de société à taille humaine ou les chanteurs et danseurs évoluent tels des figurines. Une façon de moderniser le propos qui va même jusqu’à habiller les artistes de tenues contemporaines et hautes en couleur. «Cela influence bien sûr notre façon de nous tenir et de bouger. Tout serait différent si nous étions dans des costumes d’époque et dans un décor traditionnel. Sur ce plateau de jeu, les personnages se comportent comme des figurines qui jouent un rôle dans un rôle. L’approche me plaît, c’est intéressant à jouer. Il y a des accessoires ludiques comme des dés. Mise dans ce contexte, l’histoire de deux clans – les éleveurs de cochons et les gitans – qui s’affrontent est moderne».

 

Texte et propos recueillis par Jessica Mondego

 

Le Baron Tzigane (Der Zigeunerbaron), opérette en trois actes de Johann Strauss dans une mise en scène de Christian Räth à découvrir à l'Opéra des Nations à Genève du 15 décembre au 6 janvier 2018.

Avec l’Orchestre de la Suisse Romande et le Chœur du Grand Théâtre de Genève sous la direction de Stefan Blunier.

Renseignements et réservations au +41(0)22.322.50.50 ou sur le site du Grand Théâtre www.geneveopera.ch

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19