Publié le 08/10/2020 à 10:15

Un déménagement en forme d’aventures

«C’est l’occasion de tenter des choses. Les comédien-ne-s peuvent créer des formes, innover, tester, et même parfois se rater – mais doivent essayer. Nous sommes dans une attente assez joyeuse»

 

Du 7 au 17 octobre, du 4 au 14 novembre et du 2 au 12 décembre, la Comédie lance sa saison en se demandant Où est ma maison? Pris entre une pandémie et un déménagement, l’institution, pas encore dans ses nouveaux murs, revient donc contre toute attente investir les anciens, pour trois propositions, inattendues elles-aussi. Par trois fois, des groupes de comédiennes et comédiens sont invités à investir le lieu. Avec pour point de départ La Cerisaie de Tchéckov, qu’ils suivront ou dont ils s’inspireront, un peu, plutôt pas mal, ou pas du tout. Du 27 novembre au 12 décembre, Valentin Rossier entraîne dans le Grand Cahier d’Agota Krisof, un texte qui rappelle qu’il n’y a pas qu’il n’y a pas que les pandémies et les déménagements qui font bouger le monde. Un spectacle hors-sol, puisque proposé à la Salle du Faubourg. Et dès le 12 janvier 2021, les spectateurs peuvent inviter chez une petite troupe qui interprète une pièce où il est question de déménagement – difficile d’en sortir.

Natacha Koutchoumov, co-directrice de l’institution, développe cette demi-saison d’une Comédie entre deux maisons.

 

Vous aviez ouvert votre première saison avec Julie’s Party, une série de spectacles donnés dans les salles, les coins et les recoins de la Comédie. Le dispositif des Variations de Où est ma maison? reprend-il cette forme?

Oui, on rejoue un peu cette multiplication des formes dans divers lieux du théâtre. Les spectateurs avaient beaucoup apprécié cette expérience qui les avait mobilisé différemment.
Mais Où est ma maison? naît d’abord du contexte particulier de la pandémie et du déménagement de la Comédie. Au printemps, nous avions dû mettre un terme à notre saison. Puis nous avons vidé la Comédie, notamment de toutes les infrastructures techniques. Quand il s’est ensuite avéré que le retard dans les travaux rendrait impossible d’investir la Nouvelle Comédie à la fin de l’été, nous ne pouvions donc plus revenir – les dimensions du plateau n’était pas non plus compatibles avec les spectacles qui étaient prévus. C’est dans ce contexte que Où est ma maison? a été conçu.

 

 

Quelles sont les bases de la réflexion?

Il fallait créer quelque chose qui ait un sens. Institutionnellement, pour dire adieu au lieu; socialement, pour donner du travail à des comédiens impactés par les annulations; et évidemment artistiquement.
Où est ma maison? est la question que l’on se posait à ce moment: nous ne savions plus où était notre théâtre! Et c’est là que nous avons sans doute repensé à Julie’s Party. Sauf que les propositions théâtrales venaient alors de metteurs en scène, alors que pour Où est ma maison?, ce sont des groupes de comédiens qui font tout.

 

Pas de technique, pas de metteurs en scène, pas d’auteurs…

Les équipes sont assez polyvalentes. Il y a des comédiens qui ont fait de la mise en scène, d’autres qui ont des velléités de techniciens. Surtout, ils évoluent et répètent en tout liberté. Et avec une pression relative: personne n’exige d’eux des blockbusters. Les représentations se dérouleront chaque fois devant un maximum de 50 spectateurs, qui seront sans doute amenés à se déplacer dans le théâtre pour découvrir des petites pièces – ou une grande, tout est ouvert… De là jailliront peut-être de petites pépites. Nous sommes dans une attente assez joyeuse.

Qu’avez-vous dit aux comédiennes et aux comédiens?

Que c’était l’occasion de tenter des choses qui n’ont jamais été tentées. Qu’ils peuvent créer des formes, innover, tester, et même parfois se rater – mais au moins d’essayer. Nous avons juste mis un veto sur l’option de lecture texte en main.

 

Dans l’annonce publique, vous mentionnez aussi un volume de La Cerisaie de Tchéckov posé sur la table. Les protagonistes de La Cerisaie doivent quitter une maison, mais leur avenir est plutôt fermé qu’ouvert.

Pour nous, c’est avant tout une pièce dont le héros est une maison. C’est aussi une manière d’afficher notre affection pour l’auteur. La pièce avait été montée par Mathias Langhoff à la Comédie. C’est aussi un point commun avec Julie’s Party, qui partait de l’impact du Mademoiselle Julie du même metteur en scène sur les spectateurs. (n.d.l.r.: spectacles créés en 1984 et 1988, respectivement).
Et il se trouve qu’un des comédiens de Où est ma maison? avait participé à La Cerisaie de Langhoff, ce que nous ignorions totalement au moment où nous avons formé les équipes. Peut-être qu’une des Variations se servira de cela, reprendra des éléments de La Cerisaie, peut-être que les Variations se répondront, se présenteront comme des suites les unes des autres… Ou rien de cela. Je n’en sais rien – et je me réjouis de le découvrir.

 

 

Votre programme propose aussi un spectacle de Valentin Rossier, Le Grand Cahier.

Ce projet, porté par Valentin Rossier, est basé sur le livre d’Agota Kristof, qui conte l’enfance de deux jumeaux élevés par une grand-mère méchante dans un pays en guerre, et qui se construisent, livrés à eux-mêmes. Il nous a paru important de re-écouter ce texte aujourd’hui, à une époque où il résonne de manière très particulière. Et nous savons que Valentin Rossier présentera ce texte avec beaucoup de simplicité de talent.

 

 

Et enfin, vous proposez un nouveau spectacle en appartement avec une Poétique du déménagement.

Le principe est simple. Il faut s’inscrire et les comédiens viennent jouer leur spectacle chez eux. Le sujet est donc celui d’un couple qui emménage, et des amis venus pour aider. Nous avions trouvé cela savoureux lors d’une présentation. Mais nous ne savions pas que nous serions encore dans les cartons au moment où il serait joué!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Où est ma maison? - Variation 1, du 7 au 17 octobre à la Comédie, du boulevard des Philosophes

Où est ma maison? - Variation 2, du 4 au 14 novembre à la Comédie, du boulevard des Philosophes

Où est ma maison? - Variation 3, du 2 au 12 décembre à la Comédie, du boulevard des Philosophes

Le Grand Cahier, d’Agota Kristof, du 27 novembre au 12 décembre à la Salle communale du Faubourg
Valentin Rossier, mise en scène et interprétation

Poétique du déménagement, du 12 au 28 janvier 2021, théâtre en appartement
Cies Le Gazouillis des Éléphants et Les enfants du Siècle

Informations, réservations
comedie.ch

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