Publié le 02/01/2020 à 15:34

Un débarras pour voyager dans le temps!

«A travers ce spectacle, on voulait surtout faire passer le message que l’idée du «C’était mieux avant» n’est pas vraie. Chaque époque a sa beauté, et les enfants restent des personnes créatives, belles et délicates»

 

Tous les enfants, les petits comme les grands, s’y sont réfugiés à un moment ou à un autre. Programmé du 14 au 26 janvier au Théâtre de Marionnettes de Genève, le spectacle Bon débarras a pour unique décor… un débarras. Si le cadre reste le même tout au long de la pièce, on passe par contre allègrement d’une période à l’autre, parcourant le vingtième siècle. Chaque époque est incarnée par un ou plusieurs enfants. Six générations, plus précisément, dont les tranches de vie racontent les spécificités de leur temps mais aussi les préoccupations personnelles, finalement pas si différentes.

Grâce au soin particulier apporté aux costumes, aux sons et à la lumière, Bon débarras convie les spectateurs à un véritable voyage dans le temps. Chaque membre de la compagnie belge Alula y a apporté sa contribution, notamment en puisant dans ses propres souvenirs et ceux de ses proches. A l’origine de cette pièce destinée à tous les publics, la marionnettiste Sandrine Bastin raconte comment elle a été créée.


 

 

Quelle est l’idée à l’origine de Bon débarras?

Nous avons eu envie de partir d’un lieu fixe et d’en raconter l’histoire à différentes époques. On recherchait donc une pièce qui ne soit pas victime des modes, qu’on ne retapisse pas quand on emménage, bref un espace qui reste le même au cours du temps. Ce qui nous intéressait aussi dans le débarras, c’était le fait qu’il ne soit pas du tout investi par l’adulte.

 

 

Que représente ce lieu pour les enfants?

Cela dépend des enfants, évidemment. Dans les petits morceaux d’histoire qu’on raconte, chacun a son propre rapport au débarras: une petite fille s’y fait punir, une autre s’y réfugie pendant la guerre... Pour Niels, le personnage contemporain, cela représente une cachette où il part dans son imaginaire et s’invente star de danse, en éclatant les murs et en arrivant sur une scène. Cette pièce exiguë peut ainsi s’ouvrir, pivoter, se reconstruire et offrir différents points de vue en fonction de ce qu’il se passe dans la tête du personnage. En fait, le débarras, c’est un peu l’esprit de l’enfance.

 

Pourquoi vous êtes-vous concentrées sur le vingtième siècle?

Au départ on était encore plus ambitieuses, on voulait couvrir les deux derniers siècles. Puis on s’est rendues compte qu’avec le dix-neuvième siècle, c’était assez difficile d’avoir des références communes, immédiatement compréhensibles. On a donc décidé de se limiter au vingtième siècle, avec des enfants pour chaque génération. Il y a énormément à raconter sur cette période-là, à tous les niveaux: l’évolution du statut de la femme, du rapport entre les adultes et les enfants, l’uniformisation du langage, l’ère industrielle, l’apogée de la société de consommation, le début de la prise de conscience des dégâts faits à la terre…

 

 

Comment sont agencées les différentes époques?

Nous avons choisi d’éclater complètement la chronologie. Il existe quand même un fil rouge: l’histoire des deux enfants de la maison actuelle, Niels et Bouchra. Mais avec les flash-back, on rebondit d’une époque à l’autre. Par exemple, dans les années vingt, Maurice fait des marques sur le mur pour compter les quarante jours du Carême, à la fin desquels il pourra manger des sucreries. Bien plus tard, Niels invente une histoire autour de ces barres gravées sur le mur, celle d’un dangereux bandit qui se serait caché dans le débarras pendant quarante jours. Il y aussi des objets qui passent d’une époque à l’autre, dissimulés par un enfant et retrouvés par un autre quarante ans après. C’est presque de l’archéologie à l’échelle de l’enfant!

 

Pourquoi avoir choisi des marionnettes qui se manipulent à vue?

A la base, nous sommes comédiennes, et nous nourrissons nos personnages par notre jeu et nos émotions. Au début, les spectateurs voient la manipulatrice et la marionnette, puis relativement vite leurs deux visages se superposent. Le public ne regarde plus la manipulatrice, mais ressent et intègre inconsciemment ce qu’elle exprime dans la marionnette. Un peu comme au théâtre, chaque personnage a donc sa manipulatrice attitrée, et les autres viennent en renfort pour manipuler les pieds et les mains si nécessaire.

 

Qu’est-ce qui touche les adultes dans ce spectacle?

En général ils ressortent avec des étoiles dans les yeux, parce qu’on leur rappelle des tas de choses. Beaucoup d’adultes oublient qu’ils ont été jeunes, et c’est normal, mais ça fait du bien de s’en souvenir. Et puis une connivence se crée avec leurs propres enfants, ils peuvent parler avec eux de ce qu’ils ont vécu, ça délie les langues. Mais ce qu’on voulait surtout faire passer comme message, c’est que l’idée du «C’était mieux avant» n’est pas vraie. Chaque époque a sa beauté, et les enfants restent des personnes créatives, belles et délicates. Et comme on l’a tous été, on est tous magnifiques!

Propos recueillis par Muriel Grand


 

Bon débarras! par la Compagnie Alula, du 14 au 26 janvier au Théâtres des Marionnettes de Genève (TMG). Pour tout public dès 8 ans.
Idée originale: Sandrine Bastin
Mise en scène: Muriel Clairembourg, assistée de Margaux Van Audenrode
Interprétation: Sandrine Bastin, Perrine Ledent et Laurane Pardoen

Informations et réservations:
www.marionnettes.ch

Egalement le 16 mai 2020, à 14h, au Théâtre du Bordeau, Saint-Genis-Pouilly - France
 

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