Publié le 02/12/2019 à 15:41

Un conte cubiste pour les enfants

«Dans le spectacle, on passe de la narration à des passages plus incarnés sans avoir de limite définie. La vidéo permet de jouer sur le dédoublement des personnages faisant écho au questionnement sur l’identité, thématique récurrente chez Gertrude Stein»

 

«Une rose est une rose est une rose est une rose.» Cette phrase célèbre, qui questionne l’identité des choses, résume à elle seule l’écriture si particulière de Gertrude Stein. Née aux Etats-Unis, mais ayant vécu la majeure partie de sa vie en France, l’écrivaine devient une figure du monde artistique parisien du début du XXe siècle. Collectionneuse de tableaux avec son frère Leo, elle défend en outre l’art moderne de son temps, en particulier le cubisme.

Parmi ses livres, Le monde est rond constitue une exception: c’est le seul à avoir été écrit spécifiquement pour les enfants. Il s’agit d’une sorte de conte cubiste où Gertrude Stein joue avec les mots comme un peintre avec des couleurs, en se laissant porter par leur musicalité. Fascinée par ce texte d’une grande modernité, Eveline Murenbeeld, fondatrice de la Compagnie des Basors, a décidé de le mettre en scène au théâtre Saint-Gervais, du 6 au 15 décembre. Elle explique son cheminement créatif.

 

 

Eveline Murenbeeld, de quoi parle la pièce Le monde est rond?

C’est l’histoire d’une petite fille, Rose, qui décide de monter seule en haut d’une montagne accompagnée d’une chaise bleue et d’aller s’asseoir sur cette chaise au sommet. La pièce raconte son voyage initiatique: elle va traverser une forêt la nuit, vivre des aventures, se confronter à des peurs ancestrales. Au final, elle va réussir à aller au bout de son projet. Cela constitue une épreuve de force permettant de grandir et de s’accomplir.

 

Pourquoi avez-vous choisi de porter ce texte de Gertrude Stein sur scène?

J’ai monté il y a trois ans Ida de Gertrude Stein, un monologue interprété par Julie Cloux. Après cette expérience, j’ai eu envie de continuer à explorer l’écriture de Gertrude Stein et à collaborer avec Julie Cloux. Cela faisait aussi longtemps que je voulais monter un spectacle pour enfants. Le Monde est rond m’a donc semblé être une suite naturelle au travail réalisé sur Ida.

 

 

Qu’est-ce qui change avec un spectacle pour enfants?

On s’est peut-être permis davantage de fantaisie. On a travaillé la vidéo comme un relais visuel pouvant faciliter l’attention des enfants sur la durée du spectacle. Nous sommes aussi restés proches du texte pour que l’histoire reste compréhensible. Nous avons surtout fait la pièce que nous avions envie de faire avec plusieurs lectures possibles afin qu’elle soit avant tout un spectacle tout public, pour enfants et adultes.

 

Quelle est la spécificité de l’écriture de Gertrude Stein?

Il s’agit d’une langue en apparence très simple, très épurée, économe en mots. Gertrude Stein écrit comme elle pense, dans un flot ininterrompu. Pour Le monde est rond destiné aux enfants, elle n’a pratiquement pas modifié son style. Dans l’introduction du livre, elle conseille de ne pas porter trop d’attention au sens mais davantage au rythme du texte et de se laisser aller aux images que cela crée sans trop se poser de questions. Cependant, la structure générale reste celle du conte avec un début et une fin.

 

Qu’est-ce qui vous plaît autant dans cette écriture?

C’est d’une poésie redoutable et c’est extrêmement beau. Gertrude Stein passe sans cesse d’une narration très concrète à des passages beaucoup plus oniriques suivant son flux de conscience. Cela laisse une grande liberté de projection.

 

Quel type de mise en scène avez-vous adopté?

Au centre du dispositif, il y a un tulle transparent permettant de projeter les images vidéo et voir les comédiens en transparence. Comme si on pouvait aller derrière le miroir et rentrer dans l’histoire. Tout au long du spectacle, on passe de la narration à des passages plus incarnés sans avoir de limite vraiment définie. La vidéo permet de jouer sur le dédoublement des personnages faisant écho au questionnement sur l’identité, thématique récurrente chez Gertrude Stein.

 

Quelle a été la contribution des deux comédiens?

D’abord, ce sont tous deux des comédiens très talentueux. Ils ont su aborder avec sensibilité et intelligence l’écriture si particulière de Gertrude Stein en répétant sans cesse jusqu’à avoir une pensée longue, comme ils le disent, afin de laisser les choses émerger et prendre leur juste place. Christian Scheidt a également apporté son expérience des spectacles pour enfants. Quant à Julie Cloux, elle a eu une part très importante dans la création. Elle a réalisé avec Shlomo Balexert la musique, les clips et les images vidéo de la pièce. Plus qu’une collaboration, Le monde est rond marque une véritable rencontre entre son univers et le mien.

 

Propos recueillis par Muriel Grand

 

Le monde est rond, par la Compagnie des Basors, du 6 au 15 décembre au Théâtre St-Gervais. Pour tout public dès 8 ans.

D’après le texte de Gertrude Stein, mise en scène d’Eveline Murenbeeld, avec Julie Cloux et Christian Scheidt.
Informations et réservations:
www.saintgervais.ch

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