Un chaperon rouge revisité à la sauce Loup

«Dans ce projet nous avons été accompagnés de façon magistrale: un cadre magique, une aventure peu commune, un texte extraordinaire, des conditions de répétition incroyables et bien sûr, des créateurs fantastiques. Un rêve!»

 

Pour marquer ses quarante ans, le Théâtre du Loup a eu envie de créer un spectacle digne de l’esprit qui y règne depuis ses débuts. Or quelle pièce mieux que l’emblématique Petit chaperon rouge pouvait-elle rendre cet hommage – et qui plus est dans la subtile version de l’auteur français Joël Pommerat, qui fait la part belle aux dialogues et au second degré. En choisissant cette œuvre, le Loup fait écho aux Contes de Grimm, le tout premier spectacle de la compagnie en 1978, qui comportait quatre contes parmi les moins connus des deux frères.

Aujourd’hui, pour ce spectacle intitulé Les 4 chaperons rouges, présenté du 22 mai au 2 juin 2018, quatre jeunes metteurs en scène, Lucie Rausis, Cédric Simon, Maude Lançon et Ludovic Chazaud, qui tous travaillent ou ont déjà travaillé pour le Loup, auront cette fois la charge d’un quart de l’histoire chacun, la découpant ainsi en un cadavre exquis. Une réalisation inédite dont le metteur en scène Cédric Simon nous dévoile le dispositif.

 

Parlez-nous de la version du Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat qui a été choisie.

J’ai eu la chance de pouvoir apprécier la mise en scène que l'auteur a fait de son propre texte il y a trois ou quatre ans et elle m’a laissé une impression très vive. Cette version ne déroge pas au déroulé de la narration, mais elle réserve de nombreuses ironies lexicales dans les éléments de langage. C’est une réécriture d’aujourd’hui, qui ne situe cependant pas l’action dans le monde contemporain, mais qui utilise des outils de langage actuels et dont la portée est universelle. Cette écriture met particulièrement l’accent sur les enjeux de séduction et de sexualité qui sont déjà très forts dans le conte en lui-même, mais de manière très subtile et souvent humoristique puisque ce second degré s’adresse principalement aux adultes, laissant le conte dans sa teneur originelle à l’oreille des enfants à qui cette histoire est dédiée.

 

Vous présentez cette pièce sous la forme d’un «cadavre exquis» théâtral. Est-ce que cela veut dire qu’aucun des metteurs scène n’a vu le travail des autres avant la fin des répétitions?

Nous ne sommes pas allés jusque là dans le cadavre exquis, mais nous avons commencé par développer des univers singuliers pour chaque équipe sans nous consulter aussi longtemps que nous avons pu. Soit en milieu de travail, jusqu’à ce que se pose la question des transitions entre les parties, et du voyage que nous avons envie d’offrir aux spectateurs. D’autant que l’esthétique globale était donnée par une scénographie commune dès le départ, signée Eric Jeanmonod.

 

D’autres contraintes communes vous ont été données pour créer ce spectacle.

Il s’agissait avant tout de faire la part belle à la figure populaire du loup dans le monde du conte, mais aussi à la dimension transgénérationnelle du Théâtre du Loup qui fait partie de sa constitution dès ses débuts. Nous avons donc dû choisir chacun un comédien de la génération d’avant nous (Christian Scheidt, Anne Schlomit Deonna, Céline Goormaghtigh et Roberto Molo) et un de celle d’après, c’est-à-dire parmi les élèves du Loup, (Mirko Blum, Lucia Choffat, Blanche Hoecker, Flavia Potenza et Léonie Stassen). Et je tiens à dire que dans ce projet nous avons été accompagnés de façon magistrale: un cadre magique, une aventure peu commune, un texte extraordinaire, des conditions de répétition incroyables et bien sûr, des créateurs fantastiques. Un rêve!

 

 

Personnellement, vous vous êtes chargé de la mise en scène de la deuxième partie, où le chaperon quitte pour la première fois son domicile et la protection parentale.

C’est le moment où le chaperon rencontre le loup. J’ai choisi d’axer le rapport de ce petit chaperon rouge à cet espace étranger qu’est la forêt, qui est presque un personnage en lui-même. Si cet espace est traité de manière assez formelle, un choix de lumières et de sons vont venir accentuer la part fantasmée de cette forêt qui laisse de la place à l’imaginaire du spectateur.

A travers la rencontre des deux personnages est évoquée la découverte de l’étranger, de l’autre sexe aussi, ainsi que tous les enjeux liés au regard et donc à la séduction. Là où le petit chaperon est surpris, c’est qu’elle découvre non seulement une nouvelle personne, mais également une nouvelle facette d’elle-même. Car elle se rend compte qu’elle ne ressent pas ce qu’elle avait imaginé face à ce loup qui, aux dires de sa mère, devait être terrifiant. Ce rapport avec l’étranger ouvre de nouvelles perspectives à ce petit chaperon rouge qui réalise qu’elle n’a pas peur. J’ai choisi de traiter particulièrement cet aspect de la découverte intérieure, plutôt que de développer la figure monstrueuse du loup.

 

Un autre trait de l’esprit du Loup: il y aura de la musique live sur scène.

À l’image du Fanfareduloup Orchestra qui faisait partie intégrante de la création du Théâtre du Loup en 1978, théâtre et musique restent indissociables au Loup. C’est Simon Aeschimann qui sera sur scène avec nous, un musicien exceptionnel dont la sensibilité me touche particulièrement. Je souhaitais qu’il y ait une présence forte de la technique dans ma partie, une manière de réinventer l’espace. C’est le second axe dramaturgique que j’ai choisi de mettre en avant. Car pour Blanche Hoecker, la jeune adolescente qui jouera le chaperon, ce rôle marque sa première expérience théâtrale sur un plateau, un parallèle que je souhaitais aussi faire apparaître en associant tant le regard du loup que celui du public qui se pose sur elle. Apparaît également en filigrane sa position de comédienne face à la technique, à cette machine théâtre, mais je ne veux pas trop en dire (sourires).

 

Les représentations seront suivies le 8 juin par la fête anniversaire des 40 ans du Loup qui prendra place sur la passerelle du Bois de la Bâtie. Pouvez-vous nous en dire deux mots?

Tout sera réuni pour recréer l’ambiance des fêtes populaires. Dans un premier temps, le public sera invité sur la Passerelle du Bois de la Bâtie, à 18h58 précisément, pour assister à une surprise signée Le Loup. Puis les festivités se poursuivront au théâtre avec une soirée intitulée Guinguette & Big Bal Bad Wolf avec le jazz n’groove du groupe L’Orage et l’électro pop d’Elvett, suivis de Dj’s invités à nous faire danser jusqu’au bout de la nuit. On se réjouit!

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Les 4 Chaperons rouges, une pièce d’après Le Petit chaperon rouge de Joël Pommerat, mise en scène par Lucie Rausis, Cédric Simon, Maude Lançon et Ludovic Chazaud, à voir au Théâtre du Loup du 22 mai au 2 juin 2018.

Renseignements et réservations au +41.22.301.31.00 ou sur le site www.theatreduloup.ch

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