Publié le 01/12/2016 à 11:09

Titeuf sort du cadre au Forum Meyrin

Titeuf jaillit des planches de BD pour apparaître sur celles du Théâtre Forum Meyrin

 

Titeuf ne se sent pas libre, il a l’impression que "quelque chose" dessine son destin. Mais que se passerait-il s’il recevait un crayon magique qui lui permettrait de réaliser tous ses souhaits? Un album de bande dessinée géant s’ouvrira sur la scène du Théâtre Forum Meyrin du 9 au 11 décembre. Sept comédiens et neuf marionnettes de mousse et de tissu façon "Muppets" se partageront les quinze personnages qui entourent le rebelle Titeuf, personnage charismatique du bédéiste Zep, dans sa vie de jeune garçon. Au gré d’une musique rock’n’roll en direct et d’effets sonores, la bande à Titeuf se baladera entre projections vidéo, magie et réalité sur la route du bonheur. Rencontre avec le chef d’orchestre de cette mise en spectacle inédite: Karim Slama.

 

 

Vous pratiquez l’improvisation depuis vos 15 ans, quelle place a-t-elle eu dans l’élaboration de ce spectacle?

Je lui ai indirectement fait une place dans la distribution du spectacle. Plusieurs comédiens sont comme moi issus du milieu de l’improvisation, en commençant par Julien Opoix (Morvax, Jean-Claude, le patron) avec qui j’ai débuté l’impro il y a 25 ans, et par ricochet, Lionel Caille (Hugo, Vomito, Le Grand Diego) avec qui je travaille depuis des années au Caméléon Théâtre Forum où l’improvisation est très pratiquée. Enfin, le jeune Blaise Bersinger (Manu), dont les spectacles me rappellent mes premières scènes, que j’ai littéralement arraché à la scène de l’impro. Comme lui à 25 ans, je me partageais entre radio, one-man-show et des troupes théâtrales, et j’avais envie d’être un appui pour lui comme d’autres l’ont été pour moi à son âge, en lui donnant sa chance dans ce projet.

Dans l’écriture d’un tel spectacle, l’improvisation en tant que telle n’a pas sa place, même si on peut dire que l’écriture est une improvisation en soi, mais elle est peaufinée à travers de multiples réécritures. De plus, l’exigence technique mise en œuvre ici ne permet aucun écart de jeu.

 

Qu’est-ce qui a pris le plus de temps à mettre en place dans ce projet débuté il y a 3 ans?

Concrètement c’est la technique, mais proportionnellement c’est la mise en route du projet qui l’emporte haut la main, même devant l’écriture. Quand un projet dépasse le million de francs, la phase cruciale est la recherche de son financement, dont sa viabilité dépend en premier lieu.

Hors administration, une vingtaine de personnes ont collaboré à la mise en scène du projet après l’écriture. Pourtant seules huit semaines, certes intenses, leur ont été nécessaires pour caler technique, jeu et marionnettes, ce qui est tout à fait raisonnable finalement.

 

Après 3 mois de tournée romande, par quoi les enfants qui l’on déjà vu ont-ils été le plus séduits?

Les enfants de 5 à 99 ans vous voulez dire (sourires). Toutes les personnes que j’ai croisées m’ont confié avoir retrouvé leur âme d’enfant durant le spectacle. Petits et grands entrent de plain-pied dans la convention visuelle que nous leur proposons, soit ce mélange de marionnettes de type "Muppets" ventriloque s’alliant au personnage physique incarné par les comédiens, l’un répondant à l’autre, ou se dédoublant. Et la vidéo projetée vient parfaire l’illusion d’une BD ouverte face au public.

L’allégorie a également beaucoup touché les petits comme les plus grands par son aspect universel: l’homme, ses envies et ses limites, et le courage dont il doit faire preuve pour changer les choses par lui-même. Je souhaitais écrire une histoire unificatrice dont le sujet ouvrirait de grandes discussions à partager en famille après le spectacle. A mon image, Titeuf n’use pas d’humour noir, de satire ou de critique dans cette histoire originale, sauf celle qu’il peut se faire à lui-même. Car après avoir cru qu’un crayon pouvait exaucer ses vœux les plus chers, Titeuf finit par se remettre en question et comprend que le bonheur réside dans l’appréciation de ce qu’on a et non dans le désir de ce qu’on n’a pas.

 

Et vos trois fils (Maël, 13 ans, Mathys, 10 ans, et Sohann, 5 ans)?

Dans un premier temps, j’ai commencé par leur lire le spectacle et leur intérêt pour l’histoire m’a conforté dans mon choix. Puis ils sont venus voir une générale et l’un d’eux m’a dit spontanément en sortant qu’il trouvait une scène un peu longue et pas assez claire quant à ce que le personnage pensait à ce moment-là. Avec Jean-Luc Barbezat, nous avons donc revu ce passage dans notre mise en scène.

 

 

Vous interprétez Titeuf, mais quel enfant de la bande vous ressemblerait le plus de caractère?

Il n’est pas dans le spectacle, mais peut-être Ramón, fils d’immigré espagnol, un personnage assez discret, avec des bouclettes touffues comme moi enfant, même si je n’avais pas de problème d’accent comme lui!

 

Les comédiens retrouvent-t-ils leurs âmes d’enfants en coulisses?

Nous sommes des grands enfants qui jouons avec des jouets grandeur nature et on se prend vite au jeu. Quand nous avons commencé à manipuler les marionnettes, nous avons vite retrouvé ces moments où notre main était le prolongement de nos Goldorak et autres figurines. Par cette incarnation dans le jeu, la voix se trouve instantanément transformée pour coller au personnage et le fait qu’on soit une grande bande de potes ajoute encore à l’espièglerie. Si nous avons travaillé sérieusement pendant les répétitions parce qu’il y avait beaucoup de choses à caler, maintenant qu’on est rôdés, on se prend vraiment pour des gosses, en coulisses comme sur scène d’ailleurs.

 

Quelle a été la réaction de Zep, Philippe Chappuis, à la découverte du spectacle pour lequel vous aviez carte blanche quant au contenu de l’histoire?

Il a réellement été bluffé par la mise en forme du spectacle. Je lui avais promis une BD géante avec des cases qui s’ouvraient avec des marionnettes fidèles à ses dessins à l’intérieur, ainsi que l’intervention de sa main de dessinateur, et tout y était. Parfois, certaines idées sur le papier sont difficiles à matérialiser et demandent des compromis. Mais ici je n’en ai pas fait un seul.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Titeuf - le pestacle, un spectacle mis en scène par Karim Slama et Jean-Luc Barbezat à voir en famille dès 7 ans du 9 au 11 décembre 2016 au Théâtre Forum Meyrin.

Renseignements et réservations au +41.22.989.34.34 et sur le site www.forum-meyrin.ch

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