Publié le 30/09/2014 à 09:13

S’il te plaît… Dessine-moi un théâtre

 

S’il te plaît… Dessine-moi un théâtre

 

Il était une fois une personne, puis une autre, encore une autre, et encore… qui choisirent de se rassembler autour d’une passion commune : le théâtre. Parmi elles : des amateur-e-s, des professionnel-le-s, des enfants, des étudiant-e-s, des plasticien-ne-s, des architectes, des danseur-euse-s, des curieux-euses, des « bouffes », des « potes »… Trente-six ans plus tard, l’aventure continue d’exister, avec le même appétit et la même générosité de celles et ceux à qui la vie semble avoir fait, avant toute chose, un cadeau. C’est bien au Théâtre du Loup que l’on se rend aujourd’hui, ou plutôt dans l’entrepôt annexe en plein chantier, ancienne forge appelée à devenir le Muzoo, dès novembre prochain. Et voici que l’homme est tant à la tâche pour honorer un tel pari, qu’il en a même oublié notre rendez-vous… Allez zou ! Lâcher de fer à souder et autres engins transformeurs, le temps d’une pause allant de 1978 à 2014. Le temps d’une histoire racontée par Eric Jeanmonod, co-fondateur de ce haut lieu d’exil genevois flanqué sur l’Arve, soudainement éclairé à la guirlande lumineuse de fête foraine plutôt qu’au néon sinon industriel, « design » ou « contemporain ».

 

Le théâtre du Loup a la particularité d’être un lieu plutôt atypique qui bénéficie tant d’une reconnaissance institutionnelle, que d’une position en marge des pratiques habituelles que l’on peut voir à l’œuvre dans d’autres lieux culturels à Genève. Lieu associatif, à la croisée de la création artistique et de l’action culturelle, comment s’est inventée cette aventure et d’où vient le nom de Théâtre du Loup pour nom de votre compagnie ?

 

Nous avons fondé cette compagnie avec Sandro Rossetti, en 1978, et Rossella Riccaboni, qui est arrivée un peu plus tard, en 1980. Nous étions des mordus de théâtre et nous formions un groupe constitué d’étudiants, d’amateurs (adultes et enfants) et de quelques professionnels. Avant le Théâtre du loup, nous faisions partie d’une autre compagnie, La Lune Rouge, qui a dû se séparer en deux structures distinctes et il nous a fallu trouver un nouveau nom. Le nom de la compagnie est directement inspiré des contes de Grimm, qui fut notre premier matériau et choix de départ en matière d’expérience de mise en scène. On travaillait beaucoup sur le carnaval, sur le masque. Et comme le loup est le nom du masque le plus basique, et du personnage qui fait peur… c’était bien trouvé et bienvenu ! Au début, le Théâtre du loup était une compagnie nomade, sans port d’attache. On créait un ou deux spectacles par an dans des parcs l’été et dans différentes salles l’hiver comme La Cité bleue, qui s’appelait à l’époque la salle Patino, le Théâtre Saint-Gervais, la Maison de quartier de la Jonction etc. Ce fut 15 ans de nomadisme extraordinaire.

 

Quinze années durant lesquelles le Théâtre du loup s’est professionnalisé ? Passant d’une activité en amateurs à un métier ?

 

On pourrait dire que nous étions repérés comme « semi-professionnels ». Mais au fond, cela ne nous importait guère que l’on nous désigne comme amateur, pro ou semi-pro. On s’en fichait complètement ! Comme disait notre très cher ami et comédien François Berthet « La Suisse est sans doute le seul pays où il y a la moutarde semi-forte et le théâtre semi-pro ! ». Et puis le terme d’amateur nous convenait parfaitement. Amateur, au sens noble du terme : qui aime ce qu’il fait. C’était exactement ce à quoi nous nous appliquions.

 

Comment et quand s’est opérée la transition de quinze ans de nomadisme au sédentarisme qu’est devenu ce lunaire et joyeux hangar planté sur les bords de l’Arve ?

 

Le spectacle qui nous a fait plus ou moins connaître par le milieu professionnel du théâtre, c’est sans doute Recherche éléphants, souplesse exigée d'après Russel Hoban, créé il y a vingt ans. Nous l’avons notamment joué au Théâtre Vidy-Lausanne. De là, l’envie d’avoir un lieu où nous pourrions créer et présenter nos spectacles. Mais il nous fallait trouver un lieu adapté au besoin d’espace de nos décors. Alors on est parti d’un terrain vague que la ville nous a offert et on y a construit un hangar ingénieux, adapté à nos spectacles futurs et passés, dont Recherche éléphants… Il fallait impérativement que ce lieu puisse permettre une entrée des décors et même d’un véhicule par les deux côtés du bâti. C’est ce que nous avons fait. Et aujourd’hui, beaucoup de techniciens, de comédiens ou de metteurs en scènes sont bien heureux de pouvoir compter avec cette particularité scénique à double entrée quand ils viennent chez nous !

 

 

Et où le Théâtre du Loup a-t-il pu trouver une source de financement pour la construction d’un tel lieu en plein centre ville de Genève ?

 

On avait été invité avec trois spectacles à La Comédie. Parmi ces trois créations, il y avait notamment Krazy Kat qui avait reçu le prix du meilleur spectacle romand. L’argent de ce prix a servi à commencer à construire ce bâtiment. Nous avons négocié avec la ville de Genève la mise a disposition du terrain pour cinq ans, avec l’idée première d’y dresser un chapiteau. Puis de chapiteau, c’est devenu un hangar. Nous l’avons construit tous ensemble, entre amis et avec des collaborations bien souvent bénévoles. Même les architectes ont refusé de se faire payer ! Cela nous a coûté 680 000 francs tout compris - projecteurs inclus etc. C’est-à-dire, le prix d’un appartement genevois 6 pièces aujourd’hui ! A l’époque on l’appelait « le théâtre le moins cher de Suisse ». C’était absolument unique à Genève de voir une compagnie avoir son propre lieu sans aucune subvention pour ce faire. Le financement s’est construit sur un appel à contributions lancé aux « amis du Loup » grâce auquel on a réussi à augmenter notre capital de 40 000 francs. Le prix du meilleur spectacle romand pour Krazy Kat, nous ayant rapporté 60 000 francs, une bonne partie du reste a été financé par un très gros mécénat qu’a choisi de nous allouer Matthias Langhoff lors de la dissolution de sa compagnie. A cette époque, Matthias venait d’engranger des recettes de production importantes grâce au succès de Mademoiselle Julie de Strindberg, qui avait connu une tournée internationale incroyable. Cette somme devait pouvoir être redistribuée à une association culturelle d’intérêt général et il a choisi de miser sur la construction du Théâtre du Loup.

 

Sur 680 000 francs de dépenses et 90 000 francs de fonds propres, cela représente un don important ! L’hommage à Matthias Langhoff avec Cinéma Apollo, que vous accueillerez en partenariat avec La Comédie, le Théâtre Vidy-Lausanne et le Théâtre Saint-Gervais en février prochain, ne serait pas si anodin ?

 

Sans même rien à lui devoir, cela aurait été quoiqu’il en soit un plaisir de participer à cette création et à son accueil. Mais clairement, cela l’est d’autant plus qu’il est celui grâce auquel le Théâtre du Loup peut exister et nous nous réjouissons naturellement d’autant plus d’être associés à cette création.

 


 

 

Entre théâtre de rues, musique, cabinet de curiosités, arts plastiques et danse, comment définiriez-vous la « marque de fabrique » du Théâtre du Loup, qui fait qu’aujourd’hui beaucoup de monde, et plus précisément de « familles » à Genève - enfants, grands-parents, adultes, adolescents etc. - connaissent ou ont déjà entendu parler de vous en tant que compagnie ou en tant que salle de spectacles ou d’activités ?

 

Rossella, Sandro et moi-même, n’avions aucune formation théâtrale. Rossella était danseuse, Sandro musicien et architecte, quant à moi, je venais d’une formation en arts déco et j’exerçais comme graphiste. C’est la combinaison de ces trois personnes, et de bien d’autres qui sont arrivées par la suite, qui a créé l’identité de notre compagnie et du lieu. Mais je ne pense pas vraiment qu’il y ait à proprement parlé de « marque de fabrique » du Théâtre du Loup. En tant que compagnie, sans doute les masques et les décors peuvent-ils en être une, mais pour le reste, je ne sais pas. Populaire, éclectique, irrévérencieux, ludique, c’est cela l’esprit du Loup !

 

Le fait que des enfants fassent partie de la compagnie est quand même spécifique au collectif du Loup. D’où vient ce désir partagé de travailler avec des enfants dans le cadre de vos créations ?

 

Dans la compagnie précédente, deux chorégraphes donnaient des cours de danse à des enfants. Très vite, elles ont décidé d’associer aux créations les enfants de leurs cours, ainsi que les adultes, qui étaient pour majorité des étudiants à qui elles enseignaient également. Certains étudiants étaient plasticiens et se sont rapidement ainsi associés à la création des masques de nos spectacles. Quant aux enfants, c’est tout simplement génial de travailler avec eux ! Cela vous réclame d’être toujours très clair, de travailler efficacement. Et en même temps, cela vous apporte une énergie incroyable d’être à leur contact. Toutes les idées préconçues sur le théâtre avec ou pour les enfants sont à bannir. Nous avons toujours considéré qu’un bon spectacle pour enfants devait d’abord pouvoir s’adresser à tous les publics, et pas seulement aux enfants.

 

Trente-six ans après la création de votre compagnie, vous semblez toujours aussi passionné et investi. Y a t-il eu des expériences marquantes en tant que spectateur durant votre jeunesse, qui ont participé de votre envie de vous aventurer dans cette voie et qui continuent de vous accompagner ?

 

Ce que je préfère faire, c’est construire des décors. Et si j’essaie de me souvenir d’une expérience marquante, ce serait sans doute celle du Living Théâtre, quand j’avais 18 ans. C’était la première fois qu’ils venaient en Europe. Ils étaient invités à Lausanne, au Théâtre municipal. C’était le lieu absolu du théâtre bourgeois (comme on disait en 68). Et voici que le Living Théâtre arrivait pour casser tous les codes ! Tout était mis à nu sur scène, sans rideaux ni rien. On assistait à une mini-révolution ! Et puis, il y a aussi eu le Bread and Puppet, une compagnie de théâtre de masques américaine. Ils ont tourné en Europe et nous avons eu la chance de les rencontrer et de voir de très beaux spectacles de cette troupe. Ils travaillaient avec de très grands masques en papier-mâché. J’ai vraiment beaucoup aimé leur travail et tout ce qu’ils étaient capables d’inventer à partir du masque, qui était soudain bien plus qu’un accessoire.

 

Le collectif du Loup présentera Viande, morceaux choisis du 16 au 31 mai 2015 dans une mise en scène collective, avec Thierry Jorand dans le rôle titre d’un passionné et spécialiste de la viande de vache – et non de bœuf. Le processus de création de ce spectacle est nourri de rencontres et d’expériences avec le monde et milieu professionnels de la viande. Quel matériau de départ tout de même ?

 

Les instigateurs du projet sont Marcel Muhlestein et Thierry Jorand. C’est parti d’une envie de one man show et d’un thème : la viande. A part ça, rien, pas même un texte. Et puis, nous nous sommes dits que cela pourrait être un conte de dix pages, une nouvelle, un fait divers, peu importait. Nous avons commencé par interviewer un boucher, puis Corinne Müller s’est attaquée à l’écriture, a compilé différents articles, lu différents essais en sciences humaines et sociales sur le sujet, etc. Et tout cela constitue un matériau composite avec lequel nous avançons petit à petit. Nous faisons souvent des créations à partir d’un seul thème. Ce peut être la bicyclette, un fait divers à Genève … ou la viande ! Mais en tous cas, chaque thème nous conduit forcément à provoquer et vivre des superbes rencontres. Pour le spectacle Les bricoleurs par exemple, je voulais absolument que mon personnage lance des tournevis et des couteaux, mais il me fallait nécessairement apprendre. Alors, j’ai rencontré Arnaud Black qui était « Le » lanceur de couteaux à Bâle, et qui est venu me former pour que je puisse jeter de vrais couteaux sur, ou plutôt autour de, mon partenaire de scène Philippe Cohen.

 

Quel bénéfice principal tirez-vous aujourd’hui de vos choix professionnels au quotidien ?

 

Ce que le théâtre me permet c’est une grande ouverture, une curiosité et une envie d’aller vers et de faire avec l’autre. J’ai un appétit prononcé pour l’exploration, aller voir ce qu’il y a derrière. Et puis le théâtre c’est quelque chose qui se joue en direct, devant nous. Peu importe que cela soit du texte, de la danse ou de la musique.

 

Le Théâtre du Loup, ce n’est pas seulement qu’une compagnie, c’est aussi un lieu d’accueil de spectacles avec la composition d’une saison artistique qui compte pas moins de 14 spectacles planifiés sur 2014-2015. C’est important pour vous de développer une activité de programmation en parallèle de votre activité principale de compagnie ?

 

On a fait ce lieu qu’on utilise quatre mois par an en moyenne pour créer nos productions. Mais on l’ouvre aussi le reste du temps aux autres compagnies. Le partage est une chose très importante pour nous. Beaucoup de compagnies ici sont en demande de lieu de répétitions ou de représentations. Et il va de soi que le Théâtre du loup ne saurait rester vide. D’où, une activité de programmation qui nous permet aussi de pouvoir avoir une autre fonction que celle de compagnie, et de rencontrer d’autres formes, d’autres manières de faire.

 

Les compagnies que vous accompagnez et accueillez sont principalement locales, hormis dans le cadre d’accueils en partenariat avec d’autres structures tels La Bâtie ou Antigel. Est-ce un choix ? Sur quelles missions êtes-vous subventionné et par qui ? Et quelle est la part budgétaire allouée sur une saison à cette activité développée par la compagnie du Théâtre du Loup ?

 

Nous sommes subventionnés principalement par la Ville de Genève et par l’Etat de Genève, d’abord au titre de compagnie, puis de lieu culturel et enfin pour nos activités pédagogiques. S’agissant des compagnies accueillies chez nous, jusqu’à peu de temps en arrière, elles allaient demander des aides à l’Etat de Genève et à la Ville pour pouvoir jouer au Théâtre du Loup. Mais depuis un an et demi environ, la ville nous alloue une tranche de son enveloppe budgétaire dédiée à la création locale, que nous redistribuons comme nous le souhaitons aux compagnies qui jouent chez nous. Cette convention compte avec deux critères : il faut que cela soit attribué à une création (budget de production) et il faut que cela soit une compagnie genevoise qui en bénéficie.

 

Et cela suspend par la même tout débat sur les problèmes de création et/ou de diffusion du spectacle vivant romand, par le simple fait d’agir en faveur de la production et de la diffusion…

 

Cela permet d’aider des compagnies sur de vrais défis, ceux d’une création. Une création, (c’)est toujours « risqué(e) ». On s’engage sur peu de choses, sur dix pages de dossier. Et les compagnies ont souvent du mal à trouver des partenaires qui acceptent de prendre ce risque. Par ailleurs, trop de compagnies genevoises disposent plus ou moins péniblement ou confortablement - c’est selon - de moyens de production pour créer un spectacle, mais d’aucun moyen humain, logistique, budgétaire, politique etc. pour le tourner. Aussi est-il important de pouvoir servir de lieu d’accueil pour des créations qui méritent d’être jouées, qui méritent de vivre et d’être partagée par le plus grand nombre.

 

14 RDV donnés au Théâtre du Loup dont une collaboration avec La Bâtie qui viendra ouvrir la saison1 en vos murs avec pas moins de 5 propositions chorégraphiques. De la danse au Théâtre du Loup, de surcroît servie par de grands noms tels Meg Stuart, qui s’essaiera pour la première fois au format solo, Thomas Lebrun directeur du Centre Chorégraphique National de Tours ou encore, moins connue mais non moins surprenantes, les jeunes allemandes She She Pop, qui n’hésitent pas à mettre leurs pères et leurs mères sur scène avec Le Roi Lear2 et Le Sacre du Printemps. C’est important pour vous d’ouvrir vos murs à une institution comme La Bâtie et a fortiori à la danse ?

 

Je suis un des membres fondateurs de la Bâtie. Les débuts de la Bâtie remontent à 1977. C’était le fruit de la coalition de quatre associations différentes : La Lune Rouge (théâtre), Action 16 (cinéma indépendant), l’AMR (musique jazz et expérimental) et le Théâtre mobile, qui était un théâtre indépendant existant bien avant La Lune Rouge, dirigé par Marcel Robert. Pendant trois ans, nous avons créé tous nos spectacles là-bas, dans le bois de la Bâtie, sous plusieurs chapiteaux. C’était un festival qui durait seulement un week-end et qui était particulièrement tributaire de la météo ! La programmation était alors constituée de 60% de musique, 30% de théâtre et 10% de danse. Rossella et moi-même nous sommes principalement occupés de la programmation danse pendant longtemps. Et puis, on a décidé de lever le pied car notre principale activité, qui était celle de créer des spectacles, devenait trop importante et nous prenait trop de temps pour continuer à nous engager dans ce festival. Une direction a alors été nommée avec une plus grande reconnaissance de la ville et de fait, une certaine institutionnalisation.

 


 

 

Y a-t-il des artistes auxquels vous êtes restés fidèles et que vous continuez d’accompagner et d’accueillir encore aujourd’hui au Théâtre du Loup ?

 

Oui il y en a plusieurs que nous nous avons suivis et accueillis toujours avec le même plaisir, comme Frédéric Polier ou Valentin Rossier. Et je crois bien que nous avons dû accueillir presque tous les spectacles de Valentin. Aujourd’hui, l’un dirige le Théâtre du Grütli et l’autre celui de L’Orangerie. Sans doute avons-nous eu du flair ?!

 

Comment le Théâtre du loup réussit-il à résister économiquement et collégialement aujourd’hui dans le paysage culturel actuel, en tant que lieu à entrées et pratiques multiples, l’école de théâtre, la salle de spectacles, un lieu de pratiques artistiques quotidiennement traversé et expérimenté par des classes d’élèves, des groupes amateurs etc. ?

 

Je crois tout simplement que l’on continue à faire les choses que l’on aime. Et cela fonctionne, « cela marche. » Mais votre question pourrait bien être étendue à la discipline en tant que telle : comment faire pour garder du public malgré cette forme très archaïque que semble être le théâtre aujourd’hui ? Je pense qu’on a pas mal d’atouts de notre côté. Car le théâtre, c’est une seule fois, c’est une seule expérience. Ce soir-là n’est jamais comme celui de la veille et ne ressemblera pas non plus à celui du lendemain. C’est ce qui en fait toujours le privilège d’une expérience unique. Et je crois que nous nous appliquons à savourer ce plaisir, si possible avec le plus grand nombre possible de gens. Et puis, nous travaillons effectivement avec beaucoup de jeunes, de classes, etc. Il y a de l’intérêt et beaucoup d’attention de leur part, malgré cette forme d’archaïsme que pourrait représenter le théâtre aux yeux de la jeunesse actuelle.

 

Quelques mots sur le Muzoo, musée destiné à abriter la collection du Théâtre du loup et qui ouvrira bientôt son cabinet de curiosités au public en novembre prochain3 ? Vous parlez de contre-culture dans votre dossier de presse…

 

Ce que l’on veut, c’est justement essayer de ne pas en faire un musée et de rendre accessible cette caverne d’Ali Baba, avec tous ces masques, ces décors et accessoires incroyables qui composent tout l’univers de la compagnie depuis 1978 afin de les rendre visibles. Jusqu’à présent cela nous était impossible par manque d’espace. Avant d’avoir ce lieu à notre disposition, nous avions un dépôt de 2,50 mètres de haut prêté par la ville de Genève. Il y a quatre ans, la Ville de Genève nous a demandé de quitter les lieux pour raison de préemption immobilière dans le cadre d’un projet de construction scolaire. Les lieux proposés en remplacement par la ville ne nous convenaient malheureusement pas car trop souvent exigus ou trop éloignés du théâtre. Et puis, par un heureux hasard, il se trouve que nous sommes tombés sur cette ancienne forge, devenue ensuite menuiserie, à deux pas du Théâtre du Loup. Le fait de devoir investir ce lieu autrement que comme simple lieu de stockage s’est très vite imposé à nous pour deux raisons. D’une part, nous n’avions pas du tout les moyens de financer les travaux que réclamait la remise en état de cet espace. Et d’autre part, en voyant tous ces objets, nous trouvions dommage de ne pas pouvoir les exposer ou les rendre accessible au public. D’où l’idée du musée qui a séduit la fondation Wilsdorf, laquelle nous a accordé un don pour ce faire.

 

Quels seront les jours d’ouverture publique et quelles activités à court ou moyen termes y seront développées ? Quels moyens vous donnez-vous pour que cela ne ressemble justement pas à un musée mais que cela reste un lieu « vivant » ?

 

Le Muzoo ne sera pas un lieu sous vitrines. Il s’agira toujours de l’esprit du Loup ! Nous avons envie de penser la visite au format interactif. Car il serait insupportable de ne pas pouvoir approcher de près tous ces objets, leur tourner autour, en toucher certains. Parmi nos constructions, il y a par exemple celle que l’on appelle la femme araignée. On pourra l’essayer et se faire photographier en femme araignée.
S’agissant des horaires d’ouverture, nous n’aurons pas les moyens d’ouvrir tous les jours. Cela réclamerait une intendance et une organisation dont nous n’avons pas les moyens. Nous allons donc privilégier les dimanches et les horaires en fonction des représentations au théâtre tout proche. Et les actions menées avec les écoles sous la forme de visites thématiques, d’ateliers de construction etc.

 

Le Beau monde, d’après Le Mariage de Krétchinski et L’Affaire d’Alexandre Soukhovo-Kobyline a été sélectionné par le Pool des théâtres romands, l’Union des Théâtres romands et la Corodis pour le Salon des artistes 2014 et sera présenté au Loup du 27 février au 14 mars. De quoi s’agit il exactement ? Une aide à la diffusion ?

 

La Corodis aide à la diffusion et pour ce faire, organise un « salon d’artistes » au cours duquel 12 compagnies sélectionnées par le pool des théâtres romands, dispose d’un quart d’heure pour présenter son travail à des producteurs internationaux. C’est un format particulier mais qui participe grandement à la diffusion des spectacles romands. Nous sommes très heureux de pouvoir accueillir ce spectacle chez nous, d’autant que ce sera la première mise en scène de la comédienne Natacha Koutchoumov.

 

Propos recueillis par Sèverine Garat

 

Découvrez toute la saison du Théâtre du Loup sur leprogramme.ch ou sur le site du théâtre www.theatreduloup.ch

(1)    La Bâtie Festival de Genève du 29 aout au 13 septembre 2014
(2)    Testament les 9 et 10 septembre au Théâtre du Loup et Le Sacre du Printemps au Théâtre de Vidy Lausanne du 11 au 13 septembre 2014 dans le cadre du Festival la Bâtie de Genève
(3)    Muzoo ouverture publique le 1er novembre 2014

L’Orchestre de Chambre de Genève - Destination Tango