Publié le 10/05/2016 à 12:39

Romantisme germanique

Compositeurs viennois à l’honneur du Concert Extraordinaire de l’OSR

 


Sous la direction du chef britannique Sir Mark Elder, le 25 mai au Victoria Hall de Genève et le lendemain au Théâtre de Beaulieu à Lausanne, l'Orchestre de la Suisse Romande abordera deux figures viennoises du XXème siècle naissant: Gustav Mahler (1860-1911) et son cadet Alban Berg (1885-1935). De ce dernier, les auditeurs découvriront les Sieben frühe Lieder (Sept Lieder de jeunesse), interprétés par la soprane Anne Schwanewilms. A la suite de cette première partie, le public aura le plaisir d'écouter la Cinquième symphonie en ut dièse mineur, écrite par Mahler entre 1901 et 1902. Gros plan sur ce Concert Extraordinaire de l'OSR.

 

 

Le chef d'orchestre Mark Elder est sans doute l'un des biens culturels les plus précieux de la Grande-Bretagne, en témoigne son titre. Sensibilité, émotion et imagination marquent le doigté de ce chef, directeur musical du Hallé Orchestra Manchester depuis septembre 2000. Avec lui, l’ensemble peut se targuer d’avoir créé sa propre marque de disques, dont les enregistrements de l’oratorio The Dream of Gerontius et du Concerto pour violon d’Edward Elgar, ou encore celui du Crépuscule des dieux de Wagner ont remporté un Grammy Award, et plus récemment, celui de l’oratorio The Apostles d’Elgar a été primé par le BBC Music Magazine.

 

Des lieder au caractère lyrique et moderne

Comme Sir Mark Elder, la soprane Anne Schwanewilms, nominée aux Grammy Awards en 2014 pour son enregistrement d’Elektra sous la direction de Christian Thielemann, se produira pour la première fois avec l’OSR. Fortement sollicitée pour ses récitals à travers le monde, la cantatrice enchante son public et la critique avec ses interprétations des lieder. C’est justement avec le cycle des Sieben frühe Lieder d’Alan Berg qu’Anne Schwanewilms ouvrira la soirée de concert: empreint d'un profond lyrisme, il requiert une tessiture vocale étendue, ainsi qu'une parfaite maîtrise de la langue allemande et de sa prosodie. En effet, les poèmes choisis, Traumgekrönt (Couronné de rêve) de Rainer Maria Rilke, Nacht (Nuit) de Carl Hauptmann, Liebesode (Ode à l'amour) d'Otto Erich Hartleben ou encore Sommertage (Jours d'été) de Paul Hohenberg, sont de très haute tenue, d'une sensualité quasiment hédoniste et nécessitent une appréhension presque viscérale de l'écriture musicale et littéraire de ces lieder. Berg en compose près d'une centaine au piano dans ses années de jeunesse, restés pour la plupart inédits du vivant du compositeur, ce dernier en ayant interdit l'exécution ou la publication. Firent exception sept lieder qu'il choisit d'orchestrer en 1928 à la demande de sa femme Hélène, née Nahowsky, pour qui ils avaient été écrits entre 1905 et 1908, alors que le jeune couple vivait une période heureuse. Dans son choix, Berg dispose les sept mélodies en cycle thématique, sans se soucier de l’ordre chronologique de leur composition, mais les pare d’une instrumentation reflétant l’époque où elles avaient été créées, constituant ainsi un véritable recueil de la musique de cette période de transition entre romantisme finissant et sérialisme naissant.

 

 

Une symphonie instrumentale

La soirée se poursuivra avec la Cinquième Symphonie en ut dièse mineur (1902) de Gustav Mahler. Premier volet de la trilogie symphonique, dite "instrumentale", elle remonte aux années 1901-1905, mais Mahler entreprendra de nombreux remaniements, dont une ultime réorchestration achevée trois mois avant sa mort en 1911. Ecrite dans son cabanon dans les bois à côté de sa villa dans la province autrichienne de Carinthie, la Cinquième symphonie fut représentée pour la première fois en public à Cologne, avec l’Orchestre du Gürzenich sous la direction du compositeur, le 19 octobre 1904.

On reprocha à Mahler non seulement l’absence d’un programme, mais aussi le manque de rapports avec ses mélodies. Pourtant ils existent bel et bien, mais de manière plus subtile que dans ses précédentes symphonies. On distingue également un argument "caché" dans cette partition monumentale divisée en trois parties, sans aller jusqu’au scénario détaillé à l’origine de la Première (Titan). Le premier mouvement débute avec une marche funèbre (Trauermarsch), l’homme ayant frôlé la mort à cause d’une hémorragie intestinale en février 1901, cette introduction est sans doute le résultat de cette récente confrontation. Toutefois, la structure générale de la symphonie, du sombre rythme de marche jusqu'au climax victorieux du choral dans le Rondo-Finale, montre un renouveau face à la fatalité. La rencontre puis le mariage avec Alma Schindler pendant la composition de la symphonie n'y est peut-être pas étranger, car l'adagietto serait, selon une source de l'entourage du compositeur, une lettre d'amour en musique destinée à Alma.

"Mon temps viendra", disait Mahler face aux difficultés qu’il rencontrait pour faire accepter ses œuvres et c’est ce qui se produisit dans les années soixante, notamment grâce à Leonard Bernstein, puis, en 1971, par l’utilisation de l’adagietto de cette Cinquième Symphonie dans le film de Luchino Visconti, Mort à Venise, qui engendra un véritable engouement pour sa musique.

 

Concert Extraordinaire de l'Orchestre de la Suisse Romande - Victoria Hall à Genève le 25 mai et au Théâtre Beaulieu à Lausanne le 26 mai 2016.
Sir Mark Elder, direction
Anne Schwanewilms, soprano

Renseignements et réservations au +41.22.807.00.00 ou sur le site de l'orchestre www.osr.ch

Et j'ai crié... Aline - TFMCarolina Eyck - Contrechamps