Publié le 27/04/2019 à 13:19

Rencontres Classiques: Le Lignon parmi les grands

«Ces artistes sont très demandés, leur programme est parfois fixé plusieurs années à l’avance. Il y a des musiciens que j’aurais voulu inviter, mais qui avaient déjà des engagements. Il faut jongler avec les dates, mais parfois la chance nous sourit.»

 

Du 30 avril au 25 mai, Vernier accueille ses traditionnelles Rencontres Classiques. Le 30, le comédien Francis Huster et la pianiste Claire-Marie Le Guay jouent Horowitz, le pianiste du siècle. Le 5 mai, un spectacle original pour familles (dès 5 ans) met en scène le champion du monde de yoyo, Ivo Studer, et l’excellent Ensemble Paul Klee pour Yoyo Mania, au cours duquel magie et virtuosité côtoient les musiques de Bach, Mozart, Rossini, Rimsky-Korsakov, Paganini, Popper et Dukas.

Les trois autres soirées, plus traditionnellement classiques, verront s’illustrer le Quatuor Hermès (le 15 mai), le pianiste Cédric Pescia (le 19 mai), le baryton Roman Trekel, la récitante Marthe Keller et le pianiste Fabrizio Chiovetta (le 25 mai). Ce dernier, également programmateur de l'évènement, dit son enthousiasme pour la manifestation. Et révèle quelques-uns des secrets qui lui permettent de proposer d’aussi remarquables affiches.

 

Comment convaincre de grands interprètes de venir se produire dans la Salle du Lignon?

Cela part toujours d'un lien amical et/ou professionnel. Je leur explique le contexte, à savoir que se produire aux Rencontres Classiques de Vernier permet de sortir des sentiers habituels, de jouer dans une salle plus petite que celles auxquelles ils et elles sont habitués, créant ainsi un lien particulier avec un public extraordinaire (je le pense vraiment!), enthousiaste et reconnaissant.

J'ai joué plusieurs fois avec le baryton Roman Trekel, qui est en résidence à l'Opéra de Berlin. Je savais qu'il avait déjà interprété Die schöne Magelone – cycle de mélodies de Brahms qui alterne des parties chantées accompagnées du piano et des récitations – avec Bruno Ganz (au disque) et Marthe Keller (en concert à l'Opéra Bastille). C'est une œuvre que j'ai toujours voulu jouer mais qui est rarement programmée. J'appelle donc Roman Trekel, je lui parle du projet, l’idée lui plaît, et il me donne le numéro de téléphone de Marthe Keller… que je garde précieusement sans trop oser le composer! J’ai finalement envoyé un message, elle m’a immédiatement répondu qu’elle serait ravie de participer. Nous serons donc sur scène le 25 mai!

 

C’est aussi simple que cela?

Dans le principe, oui. Dans la pratique, ces artistes sont très demandés, leur programme est parfois fixé plusieurs années à l’avance. Il y a des musiciens que j’aurais voulu inviter, mais qui avaient déjà des engagements – ce sera j’espère pour la prochaine fois. Il faut jongler avec les dates, mais parfois la chance nous sourit: entre le Festival de Cannes où Marthe Keller est régulièrement invitée, ses tournages, les productions de l'Opéra de Berlin (Roman Trekel sera entre deux grosses productions: La flûte enchantée et le Ring) et mon printemps particulièrement chargé en concerts, trouver une date commune tient du miracle!

 

Vous mentionnez une composition de Brahms exigeante.

La Belle Maguelone, oui. Ce sont des lieder d'envergure, leur architecture est complexe, la partie de piano est très fournie. Au final, cela ressemble davantage à un opéra de poche, qui requiert du chanteur un sens dramatique aigu et d'immenses capacités vocales tant le piano est orchestral. Il y a également un rythme à trouver dans cette alternance chant-récitation. Nul doute que la charismatique Marthe Keller mettra son immense talent à contribution pour donner vie à ce récit épique. Les réservations pour ce spectacle exigeant marchent d'ailleurs très fort.

 

Les Rencontres Classiques sont-elles aussi justement, pour les musiciens, une occasion de se rencontrer?

Je peux en témoigner. C'est à Vernier que je me suis produit pour la toute première fois avec le grand violoncelliste Henri Demarquette et l'entente a été telle que depuis nous jouons très souvent ensemble. Habitué des scènes les plus prestigieuses, il a été séduit par Les Rencontres classiques, par l'idée du service culturel d'amener de la musique classique là où on ne l'attend pas forcément, par le public chaleureux et reconnaissant, par le staff si professionnel et disponible. Impression partagée par tous les grands artistes qui sont venus: Felicity Lott, Lambert Wilson, Richard Galliano, Patrick Messina, Stephen Kovacevich, Sophie Karthäuser pour n'en citer que quelques-uns.

 

Le Quatuor Hermès vient interpréter le 15 mai des œuvres de Ravel et Dvořák.

Oui, ces musiciens joueront notamment le quatuor à cordes d’Antonín Dvořák dit «Américain», car il l’a composé alors qu’il séjournait aux États-Unis dans une communauté tchèque, et parce qu'on y trouve des influences des musiques américaines. Ce programme a été proposé par le Quatuor Hermès ce qui m'a enchanté car les autres concerts seront plus centrés sur le répertoire germanique et viennois. Ravel et Dvořák amènent une autre touche.

 

Une proximité avec les musiciens a-t-elle facilité leur venue?

Je ne connais pas personnellement les membres du quatuor, mais je les ai entendus souvent, et j'admire beaucoup leur travail. Il se trouve aussi que le Quatuor Hermès a remporté le premier prix du Concours de Genève en 2011 – bientôt suivi par d’autres récompenses. Le programmer permet une collaboration avec cette institution si importante dans le paysage musical local. Une autre collaboration qui me réjouit particulièrement est celle avec le collectif de musicologues HorsPortée qui s'occupe de la rédaction des textes des programmes, qui présentent les œuvres et les artistes avant les concerts et qui mènent différentes actions de médiation.

 

Le 19 mai, Les Rencontres Classiques de Vernier permettent de (re)découvrir Ernest Bloch, compositeur né à Genève.

Cédric Pescia est un ami et un collègue à la Haute école de musique de Genève. C’est surtout un pianiste que j’admire beaucoup, qui est en perpétuelle recherche, tant dans les œuvres qu'il joue depuis longtemps, que dans la découverte de répertoire moins couru, ce qu’il a fait en enregistrant un disque consacré à Ernest Bloch dont le soixantième anniversaire de la disparition est célébré cette année. C’est un compositeur qu’il est difficile de rattacher à un courant, ce qui l’a très certainement desservi de son vivant. J’aurais tendance à le présenter comme un électron libre. Cédric Pescia interprétera son unique sonate pour piano, ainsi que des œuvres de Bach, Schuman et Beethoven.

 

Il s’agit d’une soirée de piano solo. Une formule qui, avec le quatuor, a votre préférence.

Certainement. À Vernier, avec le service culturel et Myriam Jakir-Duran en particulier, nous privilégions la musique de chambre, plus adaptée aux caractéristiques de la salle. Et nous sommes fiers de proposer un programme qui ne déparerait pas dans les plus grandes salles d’Europe, pour des prix abordables, à la Salle du Lignon!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Les Rencontres Classiques de Vernier 2019, à la Salle du Lignon, du 30 avril au 25 mai.
Renseignements et réservations au +41.22.306.07.80 ou sur le site www.vernier.ch

Horowitz, le pianiste du siècle, avec Francis Huster et Claire-Marie Le Guay, le 30 avril, 20h
Yoyo Mania, avec l’Ensemble Paul Klee et Ivo Studer, le 5 mai, 17h
Quatuor Hermès, œuvres de Dvořák et Ravel, le 15 mai, 20h
Cédric Pescia, piano, le 19 mai, 17h
Die Schöne Magelone, de Brahms, avec Marthe Keller, Roman Trekel et Fabrizio Chiovetta, le 25 mai, 20h

L’Orchestre de Chambre de Genève - Destination Tango