Publié le 13/09/2020 à 15:00

Quand tout ne tient qu’à un fil

«J’aime beaucoup Buster Keaton. Mais il est souvent espiègle et n’hésite pas à jouer des tours aux autres. Ce qui n’est pas le cas de mon personnage, qui se montre plus naïf et essaie de composer avec un environnement changeant, compliqué, hostile»

 

Le Théâtre du Loup ouvre sa saison avec Les Promesses de l’incertitude, un spectacle de cirque contemporain à découvrir dès 10 ans. Du 23 au 27 septembre, Marc Oosterhoff y incarnera un personnage qui se confronte aux dangers que le destin place sur son chemin. Le défi consiste souvent à conserver son équilibre dans des situations loufoques, complexes. L’affrontement en l’humain et un monde hostile, la métaphore des implacables fils du destin est soutenue par un dispositif poétique, sans voix, mais avec un accompagnement sonore interprété en direct.

Apparu il y a quelques années dans le paysage, Marc Oosterhoff trace un sillon des plus cohérents. Après avoir exploré le domaine de l’acrobatie impossible avec un précédent spectacle, il s’est intéressé cette fois-ci tout particulièrement à la relation entre le performer et le public et à la chimie très particulière de la tension dramatique. Plus que jamais, avec lui, il sera question d’équilibre et de situations dans lesquelles tout ne tient qu’à un fil.

 

Dans votre nouveau spectacle, vous vous retrouvez dans des situations délicates et dangereuses. Votre personnage est-il une victime?

Il subit les événements, mais pas comme une victime. Il accepte la situation et fait preuve de bonne volonté. Dans sa manière d’appréhender le monde, j’aime beaucoup le personnage de Buster Keaton. Mais il est souvent espiègle et n’hésite pas à jouer des tours aux autres. Ce qui n’est pas le cas de celui que j’interprète, qui se montre beaucoup plus naïf. Il essaie de composer avec un environnement changeant, compliqué, hostile, mais il le fait toujours de bon coeur.

 

 

C’est une thématique que vous développez?

L’individu face à la complexité du monde, c’est déjà beaucoup! Nous sommes tous fragiles, perdus dans un monde qui est beaucoup plus grand que nous. Il nous faut le confronter pour survivre… Et y être bien!

 

Votre personnage affronte des situations qui sont autant d’épreuves. Cherchez-vous la complexité, des résolutions inattendues?

Pas forcément. L’idée de promettre quelque chose au public, et de lui présenter un dispositif clair, est plus important. J’ai remarqué, au fil de mes spectacles, que la tension dramatique est davantage liée à ce qu’on promet au spectateur. Une résolution inattendue, une surprise est secondaire.

 

 

Pouvez-vous en donner un exemple concret?

J’ai vu en Espagne le numéro d’un duo d’acrobates sur une bascule (n.d.l.r.: une balançoire «tape-cul»). À un moment, chacun était perché à une extrémité, et devait changer de vêtements sans que la balançoire ne vienne toucher le sol. Rien n’est dit, mais le public comprend tout de suite la règle. C’était sans doute la chose la plus simple de leur spectacle, et certainement la moins dangereuse – ils n’étaient pas à plus de 30 centimètres du sol – mais c’est pendant ce numéro que le public s’est montré le plus attentif, le plus concentré. Parce que les règles tacites étaient très claires et qu’ils avaient réussi à les rendre palpables.

 

C’est un numéro que vous reprenez?

Disons que je l’ai adapté: à un moment, je me mets dans une situation où je dois garder mon équilibre alors que tout, autour de moi, donne à penser que je vais tomber. La tension s’intensifie entre ce que j’essaie de faire, et ce que le spectateur projette.

 

Vous mentionnez l’absence ou la relativité du risque pris par les acrobates. Ce risque, supposé important, n’est-il pas un des fondements de votre spectacle précédent, Take Care of Yourself?

Oui, mais plus je développe mon travail, et plus je découvre la richesse des thématiques, et plus j’ai envie d’approfondir mes recherches. Pour celui-ci, le propos est la relation entre le public et le performer, la tension générée par l’action qui se déroule sur scène.

 

 

Quand on prépare un spectacle tel que Les promesses de l’incertitude, comment aborde-t-on les enchaînements entre les scènes?

Je pense que le cirque contemporain et un art post-narratif. Il y a un personnage qui évolue au fil des événements, qui est affecté par ce qu’il vit. Mais il n’y a pas pour autant, une exposition, une complication, une problématique et une résolution. C’est un type de narration qui laisse de la place aux interprétations, et que j’aime bien.

 

Il se dit souvent que la comédie est comme une mécanique de précision. Peut-on utiliser cette formule pour votre spectacle. Travaillez-vous beaucoup les scénarios de vos numéros?

Même si ce n’est pas comme ça que cela se passe, mais j’aime bien me dire que si l’idée de base est bonne, la mise en scène vient toute seule. Je suis très attaché à cette nécessité de trouver l’intérêt, le fondement d’un moment, d’une scène, d’un spectacle... La mécanique de précision intervient ensuite, pour sublimer le tout.

 

Après ce solo, vous préparez un duo, Labrats?

J’ai déjà un duo, Palette(s), créé en collaboration avec Cédric Gagneur en 2017 à La Manufacture, et avec lequel nous tournons encore. Mais, oui, la prochaine étape consistera à confronter l’individu à un autre individu, pas seulement au monde extérieur. Quelle que soit le type de relation, il est absolument fascinant de constater à quel point rien n’est jamais acté dans la relation.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Les Promesses de l’incertitude, du 23 au 27 septembre 2020 au Théâtre du Loup

Un spectacle de la Cie Moost. Avec Marc Oosterhoff (conception, mise en scène et interprétation) et Raphael Raccuia (musique live)

Dès 10 ans

Informations, réservations:
Théâtre du Loup

Portrait Marc Oosterhoff © Mathilda Olmi
Photos du spectacle © Julien Mudry
 

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