Publié le 24/06/2016 à 16:07

Programme métissé au Théâtre Forum Meyrin

«Mon grand coup de cœur va à Tiago Rodrigues, metteur en scène portugais, qui est aussi comédiens et auteur.»

 


La directrice artistique du Théâtre Forum Meyrin, Anne Brüschweiler, a présenté le 15 juin dernier la saison 2016-2017 où théâtre, danse, musique et cirque se répondent entre découvertes et valeurs sûres. Fidèle à sa mission de semeur de culture, le TFM accueillera des artistes d’ici et d’ailleurs pour célébrer la vie et ses couleurs multiples. Interview.

 

 

Pour débuter la saison nous retrouverons les artistes associés au Théâtre Forum Meyrin, Guilherme Botelho et Dorian Rossel et leurs dernières créations, mais aussi des figures familières du TFM.

Guilherme Botelho ouvrira la saison début septembre avec la chorégraphie Islands, dans laquelle il approfondit son travail débuté il y plusieurs années sur le rapport de l’individu au groupe. Lui succèdera Dorian Rossel avec Voyage à Tokyo, une adaptation théâtrale du film d’Ozu, fable subtile sur la dislocation du dialogue entre les générations.

Parmi les fidèles du TFM, nous retrouverons la fine sensibilité du metteur en scène Jacques Vincey dans UND de Howard Barker, où l’ex-cantatrice Natalie Dessay déploiera toute sa virtuosité vocale dans l’espace d’un texte parlé. L’humoriste tendre François Morel reviendra, en chanteur cette fois-ci. Yan Duyvendak créera avec le comédien égyptien Omar Ghayatt: Still in Paradise, une performance sur la confrontation entre l’Orient et l’Occident, un registre bien différent de la comédie musicale Sound of music qu’il avait présentée l’an dernier. Les plus petits retrouveront le Théâtre de l’Ombrelle, une compagnie que nous aimons beaucoup, car elle s’adresse aux tout petits par le biais du conte et du théâtre d’ombre.

 

Côté théâtre, classiques et contemporains se mêlent sans parti pris.

Je ne me reconnais pas dans l'opposition opérée par certains entre classique et contemporain. Quelle que soit l'époque, le théâtre rend compte de notre humanité en faisant vivre la langue. Ce pouvoir du verbe se retrouve aussi bien dans l’écriture contemporaine de Tiago Rodrigues que dans la poésie d’Arthur Rimbaud, magnifiquement portée par Fabrice Luchini dans Poésie?. Josiane Balasko, quant à elle, interprètera le monologue de La femme rompue de Simone de Beauvoir, qui fait entendre la colère tout-à-fait intemporelle d’une femme abandonnée, un rôle inhabituel pour cette grande comédienne.

Le Collectif Nous Sommes Ici, venu du Québec, nous interroge sur les coûts du spectacle vivant avec NoShow, qui nous fera pénétrer de plain-pied dans la vie des comédiens et de tous les professionnels engagés à leurs côtés pour qu’un spectacle prenne vie. Ils commencent donc par une question tout à fait délicate: sachant qu’une place de cinéma vaut 18.-, une place à l’opéra 139.- et un match de hockey 30.-, combien êtes-vous prêts à mettre sur la table pour nous voir jouer? Le nombre de comédiens sur scène sera déterminé le soir même par la somme obtenue auprès des spectateurs. Surprise!

 

 

Pour la première fois, le TFM accueillera un spectacle à la patinoire des Vergers à Meyrin: Vertical influences.

Programmée aujourd’hui dans tous les grands festivals de danse contemporaine, la Cie Le patin libre offre une vision moderne, artistique et créative de la danse sur glace. Tous ses membres sont des athlètes qui n’ont trouvé leur compte ni dans les compétitions sportives, ni dans les grands shows américains comme Holiday On Ice. Au cours de dix ans de recherche, ils ont élaboré leur propre vocabulaire chorégraphique pour donner naissance à ce qu’ils appellent le patin contemporain. Entre danse et patinage artistique, Vertical influences livre une formidable métaphore de l’instinct de survie.

 

Le cirque prend une place importante dans la programmation. Une forme qu’il vous tient à cœur de valoriser?

Le cirque contemporain est parmi les arts vivants celui qui manifeste le plus de dynamisme, de variété, d'inventivité, au carrefour du théâtre, de la danse et de la musique. Et pourtant, c’est celui qui manque le plus cruellement d’espaces de représentation. Ce phénomène est d'autant plus incompréhensible que les adeptes sont nombreux: la Suisse compte plus de septante écoles de cirque, regroupant près de 10'000 amateurs. Les arts du cirque véhiculent des valeurs positives et ils ont l'avantage de s’adresser à toutes les générations et toutes les cultures. C’est pour ces raisons que je travaille à faire connaître et reconnaître cette discipline depuis mes débuts à la tête du TFM. Cette année, nous recevrons début octobre le 9ème Festival de Cirque Suisse de Jeunesse pour trois jours festifs sous un chapiteau, et j’espère que la conférence qui suivra le festival nous permettra d’ouvrir le débat sur la reconnaissance du cirque contemporain par les autorités qui définissent les politiques culturelles dans notre pays. Plus tard dans la saison, Prends-en de la graine mettra en scène un couple de clowns-acrobates et dresseurs de poules, tandis que Wade in the water utilisera les ressors de la magie visuelle pour nous entraîner dans un univers en apesanteur, sur une musique composée par Ibrahim Maalouf.

 

 

Quel est votre coup de cœur de cette saison?

Je suis tombée sous le charme du travail de Tiago Rodrigues, un metteur en scène portugais, qui est aussi comédien et auteur, actuellement directeur du Théâtre National de Lisbonne. Je l’ai découvert à Avignon, avec By Heart, un spectacle simple dans sa forme et pourtant très subtil et profond dans son message: Tiago est seul en scène avec dix spectateurs qui apprendront par cœur un sonnet de Shakespeare; en cours de route, ils se nourriront d’une multitude de récits évoquant l'importance vitale de la poésie dans l'histoire des hommes.

Inspiré par la carte blanche que nous lui avons proposée, Tiago Rodrigues présentera cinq spectacles qui donnent la mesures de ses multiples talents: By Heart, Bovary, Entre les lignes, Antoine et Cléopâtre et Cabaret – ce dernier en collaboration avec la Haute École de Théâtre de Suisse Romande. Car les étudiants de La Manufacture bénéficieront également d’une master class du metteur en scène, au terme de laquelle il feront une présentation publique appelée Cabaret par commodité, mais dont la forme reste encore à définir.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Découvrez toute la saison du Théâtre Forum Meyrin sur leprogramme.ch ou sur le site du théâtre www.forum-meyrin.ch

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