Publié le 19/12/2018 à 18:32

Pour les Fêtes, La folie Donizetti s'empare de l'Opéra des Nations

«Si vous n’êtes pas dans les temps, les plaisanteries ne sont pas aussi drôles ni aussi pétillantes. Si le tempo est trop rapide, tout s’écroule. S'il est trop lent, il n’y a pas assez de tension.»

 

Si Viva la Mamma! raconte une catastrophe, c’est bien à une comédie pétillante que sont conviés les spectateurs de l’Opéra des Nations, du 21 décembre au 3 janvier. Le dramma giocoso de Gaetano Donizetti permet de suivre les heurts de la création d’un opéra sur une scène de province. Les caprices de la prima donna (Patrizia Coffi), et l’intervention de la mère (Laurent Naouri) de la seconda donna (Melody Louledjian), qui exige un rôle important pour sa fille, font dangereusement tanguer la production. Sombrera, sombrera pas? Telle est la question qui traverse l’action de ce spectacle résolument tous publics. Si l’esprit de la pièce rappelle la tradition de la comédie italienne, le directeur musical Gergely Madaras confie que ses qualités euphorisantes séduisent aussi l’orchestre et les interprètes.

Il précise aussi avoir convaincu tous ses amis à venir découvrir Viva la Mamma!, présenté comme un plaisir rare et «un feu d’artifices!»

 

Que vous inspire la musique de Viva la Mamma! et son auteur, Gaetano Donizetti?

Donizetti a composé des pièces très différentes, comme du bel canto, avec ses très belles lignes horizontales mélodiques. En comparaison, Viva la Mamma! ressemble à une partie de ping-pong rapide! Le timing est ici très important, si vous n’êtes pas dans les temps, les plaisanteries ne sont pas aussi drôles ni aussi pétillantes. Si le tempo est trop rapide, tout s’écroule. S’il est trop lent, il n’y a pas assez de tension. L’orchestre doit donc rester constamment sur le fil du rasoir. C’est aussi ce qui nous motive avec L’Orchestre de Chambre de Genève: il y a beaucoup d’adrénaline. Tout est aussi question de dosage et d’équilibre pour les interprètes, qui doivent se livrer à une sorte de parodie, mais sans aller trop loin. En un sens il faut que ce soit «affreux», tout en demeurant magnifique. Le metteur en scène Laurent Pelly a saisi tout cela de manière extraordinaire. Cet opéra me fait l’effet du champagne. Déjà quand nous avons commencé les répétitions, j’ai vu tout le monde sourire. Il y a une joie immédiate, cela vous donne la chair de poule.

 

Les opérettes d’Offenbach sont souvent vues comme de bonnes introductions à l’opéra. Est-il possible de dire la même chose de Viva la Mamma?

Aucune connaissance préalable de l’opéra est nécessaire pour apprécier ce dramma giocoso. C’est un plaisir instantané. Les interprètes sont ouverts et très sérieux, très professionnels, je crois que ce spectacle sera comme un feu d’artifices! C’est divertissant, mais sans être superficiel. Les personnages recèlent une profondeur et une fragilité – esendően hongrois – qui les rend très humains, leurs préoccupations sont universelles. L’œuvre est aussi peu connue: j’ai convaincu la plupart de mes amis de venir voir ce spectacle à Genève!

 

 

En quoi cet opéra vous ressemble-t-il?

J’aime à penser que je suis une personne naturellement de bonne humeur, et capable de faire preuve d’humour.

 

Vous semblez ravi! Curieusement, vous êtes plus connu pour votre travail sur le répertoire contemporain. Diriger Viva la Mamma! serait pour vous comme un dessert?

Ou comme mon cadeau de Noël! Mais l’analogie du dessert est judicieuse. Si mon travail dans son ensemble est un menu, la musique contemporaine y a tenu une large part, mais je ne dirais pas que c’est le plat principal, plutôt la salade. J’ai toujours voulu être ouvert à la plus grande variété de genres. Et pour approfondir mes connaissances, j’ai focalisé un temps sur la musique contemporaine. Mais mon plat principal aujourd’hui est le répertoire symphonique des XIX et XX siècle. Pour poursuivre avec votre analogie, je veux tout de même éviter de manger trop de plats principaux! Je dois aussi trouver un équilibre entre la musique symphonique et l’opéra.

 

 

Comment s’équilibre la collaboration entre le metteur en scène et le directeur musical?

Le metteur en scène travaille beaucoup plus en avance, il a tant de choses à créer. Dès le début des répétitions, le directeur musical prend progressivement plus d’importance, et le travail des interprètes en général devient prépondérant. Le metteur en scène devrait avoir pratiquement terminé son travail à l’arrivée de l’orchestre. Au fil de mes expériences, j’ai eu la chance de travailler surtout avec des metteurs en scène qui, comme Laurent Pelly, sont très ouverts, et qui ont une bonne compréhension de la musique.

 

En tant que chef d’orchestre, que vous apporte l’opéra?

Le sentiment de participer à quelque chose de plus grand. Avec le répertoire symphonique, le directeur musical coordonne pratiquement tout. L’opéra cumule la musique, le chant, le théâtre, pratiquement tous les beaux arts, et réunis une large palette de grands interprètes et de créateurs, sans parler de tout ceux qui travaillent en coulisse – même s'ils ne sont pas sur la scène à la fin du spectacle, les applaudissements sont aussi pour eux. La construction de cette collaboration est très excitante. Elle est aussi nécessaire à la réussite de l’opéra. C’est ce que les protagonistes de Viva la mamma! ne peuvent d’abord pas accepter. Et quand ils s’y résolvent, il est trop tard!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Viva La Mamma! Le convenienze ed inconvenienze teatrali de Gaetano Donizetti est à voir à l'Opéra des Nations à Genève du 23 décembre 2018 au 3 janvier 2019.

Direction musicale: Gergely Madaras
Mise en scène: Laurent Melly
Avec L’Orchestre de Chambre de Genève et le Chœur du Grand Théâtre de Genève

Informations et réservations au +41.22.322.50.50 ou sur le site www.geneveopera.ch