Publié le 14/09/2017 à 15:49

Portrait de femme(s)

«Mais toi t’es toujours un peu ah-hou cha-cha-cha, tu pars dans tous les sens!»

 

Dans Ah-Hou Cha Cha Cha, pas de stand-up mais des portraits attachants et des situations qui interpellent, une rencontre entre le théâtre et l’humour burlesque, c’est le monde de Rebecca Bonvin. Le 22 septembre à l'Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates, les personnages un brin obsessionnels, névrosés ou taquins créés par la comédienne valaisanne vous emmèneront là où l’argent ne fait pas le beurre, où le temps se perd plus facilement que le ventre et où les morts promènent leur chien!

Second volet d’une fiction biographique décalée, fantaisiste et drôle à souhait débutée en 2015, Ah-Hou Cha Cha Cha, offre à travers ses chroniques fantaisistes une digression délirante sur la dictature physique, la manipulation de son mental et le courage de ses réussites.

 

A bientôt 50 ans, «C'est l'amour à la plage, ah-hou cha-cha-cha» comme le disait la chanteuse de Niagara en 1985?

Je cherchais un titre à mon spectacle et c’est en discutant avec une copine que cette chanson lui est apparue comme me représentant; je cite: «Mais toi t’es toujours un peu ah-hou cha-cha-cha, tu pars dans tous les sens!». C’est vrai que je me reconnais dans la gaieté et la légèreté qu’inspire cette chanson, même si le spectacle ne fait aucune allusion à elle ni à son contenu.

 

C’est aussi un clin d’œil à Coquillage et Crustacé, l’une des créations clownesques de vos débuts en 2005.

C’est vrai, et, pour le coup, on avait complètement travesti la chanson dans ce spectacle. C’est-à-dire que ses références se font "à l’insu de mon plein gré" comme disait l’autre, car je pique beaucoup de choses en lien avec mon expérience, mes souvenirs, et l’émotion que j’ai ressentie. Les personnages de la galerie que je vais présenter à Plan-les-Ouates ont un côté plus burlesque que clownesque, même si cette forme reste présente dans mon jeu où on peut passer de moments silencieux très émotionnels à la parole. C’est un aspect très fort de ma personnalité et de ma formation, qui ressort naturellement dans toutes mes créations.

 

Après Toi, moi et le monde (2015), Ah-Hou Cha Cha Cha est un second volet d’une trilogie autobiographique. Quelle est la part de souvenir et de fiction?

Souvent, lorsqu’on raconte un souvenir personnel, on en rajoute toujours un peu pour faire monter la sauce. J’aime faire décoller le propos pour qu’il me fasse aussi rêver quand je le raconte; j'en fait des souvenirs fantasmés théâtralisés. Tout part de moments partagés avec les personnes que j’ai rencontrées, qu’elles soient proches ou non. Dans Toi, moi et le monde, j’avais clairement envie de revenir sur le parcours plutôt dramatique qu’a connu ma famille, en prenant de la distance pour mieux l’analyser et pouvoir finalement en rire et en retirer le positif.

Étrangement, je rencontre beaucoup de gens au caractère bien trempé (sourires). Ce genre de personnes qu’on pourrait presque prendre pour agressives au premier contact, mais qui se révèlent très attachantes si on prend le temps d’aller voir au fond d’elles.

 

De quelle(s) femme(s) faites-vous le portrait?

Sans être féministe, je me suis penchée sur ces femmes de caractère, qui en imposent dans la vie, mais qui, comme tout le monde, ont des fêlures irrésolubles. Hommes ou femmes, j’aime voir la passion de quelqu’un qui se bat pour ce qu’il a envie, que je partage ou non ses idées. L’important, c’est de réussir la vie qu’on désire, que ce soit pour devenir une grande businesswoman ou mère au foyer aventurière de supermarché, comme je les appelle dans le spectacle. Mais comment faire pour réussir sa vie?

A l’aube de mes 50 ans, à un âge où on devrait être à notre top, j’avais envie de faire un petit bilan. Surtout dans ma profession, où on vous demande «Mais comment, t’as pas de projet à l’étranger?», sous-entendu: alors t’es rien… Mais ma vie actuelle est le reflet des rencontres et des choix que j’ai faits jusque-là et j’ai le sentiment d’avoir réussi et de m’amuser profondément – là où d’autres voient un manque d’ambition. Cette question fondamentale de la performance aujourd’hui est arrivée à remettre en question la perception que j’ai de ma vie et de la satisfaction qu’elle m’apporte.

 

 

Témoin d’une époque, la vie vous échappe-t-elle parfois?

C’est surtout les réactions que peuvent avoir les gens qui me déroutent parfois. La vie s’égrène et les attitudes de certains me laissent pensive quant à leur envie d’être heureux. Certains semblent de plus en plus insatiables et impatients. Et puis de l’autre côté il y a ce fameux développement personnel toujours plus prégnant. Avant il suffisait d’aller courir pour se vider la tête. Maintenant, comme vous le dira mon amie thérapeute que je reprends dans mon spectacle, c’est la course au bonheur, il faut sauter dans la joie coûte que coûte.

On est heurté par tout ce qui se passe dans le monde et en même temps on reste impuissant face à notre voisin dépressif qu’on souhaite surtout ne pas croiser dans l’ascenseur. On entend: «C’est horrible comme on traite les gens!», mais moi j’ai envie de leur répondre: «Parle déjà à ton voisin!».

 

La mort, on en rit aussi?

Oui, beaucoup, car la mort va avec la vie, il n’y a absolument rien de traumatisant là-dedans. J’en reviens encore à mon vécu puisque chez nous en Valais, il est rare que quelqu’un n’ait pas perdu un proche dans un accident de voiture. La mort fait donc partie de notre vie assez tôt. Dans un de mes sketchs, j’ai choisi de la montrer simplement. Certains partent, à nous de les faire continuer à vivre.

 

La mise en scène est signée Rashid Mili, votre complice depuis sept ans. Est-ce important pour vous d’avoir le regard d’un homme sur votre travail?

Oui, c’est toujours très formateur d’avoir le retour de quelqu’un sur son travail. En partageant nos points de vue et nos arguments, j’arrive à avoir une vision plus objective encore. Avoir le retour de Rashid me permet d’éviter les quiproquos quant au message que je souhaite délivrer sans blesser les sensibilités, quoique… On ne veut pas toujours caresser les gens dans le sens du poil parce qu’il y a des choses qui n’avancent pas et qu’il faut juste trouver la manière d’en parler.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Ah-Hou Cha Cha Cha, un spectacle de Rebecca Bonvin mis en scène par Rashid Mili à découvrir à l'Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates le 22 septembre 2017.

 

Renseignements et réservations sur le site de la commune de Plan-les-Ouates www.plan-les-ouates.ch

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