Publié le 07/04/2015 à 10:44

Objets fous cherchent curieux

 

« Nous voulons d’abord dire aux enfants : on a toujours la possibilité de s’amuser dans la vie ! »

 

Chine Curchod et Gaëtan Aubry sont amis depuis dix-huit ans ! Et même meilleurs amis. Ces deux collectionneurs fous à la ville ont mis leur passion sur le plateau dans une toute première création ensemble, Dans la boutique fantastique, qui sera présentée à Genève au Théâtre Am Stram Gram du 14 au 19 avril 2015.

Créée et coproduite au Théâtre des Marionnettes de Lausanne à l’automne dernier, cette pièce jeune public a été rendue possible également grâce au Théâtre des Marionnettes de Genève et aux Dominicains de Haute-Alsace. Deux ans de travail, deux mois de répétition, six créateurs de neuf marionnettes et deux comédiens sur scène auront été nécessaires pour cette pièce. La metteure en scène Muriel Imbach a également rejoint l’équipe de création pendant les répétitions. Gaëtan Aubry a été formé comme comédien à Paris avant de revenir s’établir à Lausanne. Chine Curchod, elle, vient du théâtre et s’est lancée dans le monde de la marionnette et du théâtre jeune public depuis huit ans. Entretien avec cette dernière.

 

Comment avez vous imaginé et construit les neuf marionnettes du spectacle ?

Nous voulions créer un cabinet de curiosités, parler d’une boutique qui deviendrait musée. Nous souhaitions donc un univers loufoque, disparate. C’est pour cette raison que nous avons demandé à six personnes différentes de réaliser les marionnettes. Puis, Gaëtan Aubry et moi avons fabriqué un petit carnet qui contenait des tableaux, des photos de chanteurs, etc. Il était accompagné d’un disque de musiques. Ce carnet représentait notre univers. Nous l’avons distribué à toutes les personnes du projet, ceux qui fabriqueraient les marionnettes, le scénographe, les musiciens, etc. Et nous leur avons demandé de s’en inspirer. Chacun avait le champ libre, nous souhaitions avoir des surprises. Et nous en avons eues plein ! Puis, nous avons inventé l’histoire à partir de toutes ces créations. L’univers de cette boutique est complètement délirant. Pour les marionnettes, six créateurs différents ont été invités. Certains sont issus de l’art contemporain (Sandrine Pelletier, Agathe Max), d’autres du théâtre (Pierre Monnerat, Christophe Kiss), des arts graphiques (Anne‐Lise Curchod) et du monde de l’opéra et de la mode (Malika Staehli). Plusieurs techniques sont utilisées pour les marionnettes : à tringles, à fils, à crosse, à gaine et objets portés.

 

Quelles surprises avez-vous eues de la part des artistes qui ne fabriquent habituellement pas de marionnettes ?

Et bien par exemple Agathe Max a réalisé une marionnette à taille humaine, alors que notre décor est minuscule. Nous avons donc fait des essais, puis nous lui avons proposé de n’utiliser que la tête de cette marionnette, avec ses cheveux roses et jaunes. Sandrine Pelletier, qui réalise habituellement des œuvres qu’on ne peut pas toucher, a fabriqué une machine à laver qui tatoue les objets, mais qui était au départ très fragile. Elle l’avait faite en plastique et elle se brisait à la manipulation. Elle a donc décidé de la refaire en bois. Les créateurs ont dû s’adapter. Et les musiciens, quant à eux, ont imaginé des musiques en fonction de nos deux personnages de départ…

 

Qui sont ces deux personnages ? Egalement des marionnettes ?

Non, nous interprétons nous-mêmes les deux personnages principaux. Gaëtan Aubry joue Jules, le héros de l’histoire. Et moi j’interprète l’âme de la boutique, Koleksyon. Une sorte de fantôme…

 

Et quelle est la trame de l’histoire ?

Jules est un personnage tout gris, qui boit son thé tous les matins, fait ses mots croisés… Un jour, une fouine apparaît dans son salon et lui propose de rentrer dans une sorte de gros cube. Cette fouine, c’est moi, c’est l’âme de la boutique. Jules se retrouve alors pris au piège de cet étrange lieu, avec des objets qui tombent, qui semblent être vivants, et des marionnettes. Au fil du spectacle, Jules se transforme. Il va s’amuser et redécouvrir la vie… Jusqu’à ce qu’une cliente, toute vêtue de noir, veuille acheter une des marionnettes, Caritas. Ce qui va devenir un drame pour Jules.

 

Caritas est l’un des personnages… Pouvez-vous décrire celle-ci et quelques-unes des autres marionnettes ?

Caritas a été réalisée uniquement à partir d’objets trouvés chez Caritas, des casseroles, des coquetiers… Pierre Monnerat a fait cette marionnette à fils, qui fait un bruit d’enfer, c’est une petite bonne femme qui est toujours de mauvaise humeur. Une superbe marionnette, très attachante. Christophe Kiss a, lui, fait une souris albinos et une hermine, c’est un duo qui ne cesse de farfouiller dans la boutique. Anne‐Lise Curchod, qui n’est autre que ma maman, a fait une sorte de raie sur pattes, une marionnette à gaines, Gourliz. C’est un poisson qui mange tout.

 

 

En plus des marionnettes, ce spectacle repose sur un tas d’objets, récupérés, détournés. Vous avez voulu créer un véritable cabinet de curiosités. Dans la vie, êtes-vous tous les deux collectionneurs ?

Oui, Gaëtan collectionne les calendriers perpétuels, les boules à neige, ainsi que les figurines de personnages secondaires de Disney. Et moi je collectionne notamment les assiettes en faïence avec des personnages célèbres dessinés à l’intérieur. Nous passons nos vies dans les brocantes. Il y a quelque chose de rassurant dans ces objets… Ce sont comme des doudous. Il y a aussi l’aspect de la chasse au trésor. Nos appartements ressemblent à de véritables musées. C’est ça qui a été le déclic pour le spectacle. Nous sommes également fans de musées et allons toujours en découvrir de nouveaux. On s’est rendu compte qu’il y avait souvent des enfants dans les musées et qu’ils semblaient émerveillés. C’est de là qu’est partie l’idée du spectacle. Nous avons créé cette histoire d’un personnage rigide, triste, qui devient finalement plein de vie. Jules devient curieux et prend un risque en suivant la fouine, ce qui l’emmène dans un monde incroyable.

 

A travers ce spectacle, quel est votre propos sur la société de consommation, sachant que c’est un spectacle qui s’adresse aux enfants dès 4 ans ?

Il est question des objets que l’on peut acheter. En réalité, ces objets n’ont aucune valeur d’argent, c’est de la récupération, de l’assemblage. On les a trouvés dans la rue, chez Emmaüs, ou Caritas, ou même chez nous, dans nos caves. Ils ont une grande valeur parce qu’ils sont extraordinaires. Dans le spectacle, les enfants sont très sensibles à cette notion qu’on peut acheter un objet auxquels on s’est attaché et que l’objet disparaisse. Ils ne comprennent pas ça et au moment où Caritas est achetée, ils sont très touchés.

 

C‘est davantage une réflexion sur la marchandisation de l’art…

Oui. Nous voulons d’abord dire aux enfants, qu’on a toujours la possibilité de s’amuser dans la vie et que les objets de valeur sont mieux dans un musée où on peut les voir que dans un coffre. En tant que collectionneurs, et aussi dans le spectacle, les objets que l’on amasse sont des purs produits de consommation. Il y a des Barbie, par exemple. On ne pourrait pas faire la morale sur la société de consommation.

 

Propos recueillis par Cécile Gavlak

 

Dans la boutique fantastique, du 14 au 19 avril au Théâtre Am Stram Gram à Genève. Renseignements au +41.22.735.79.24 ou sur le site du théâtre www.amstramgram.ch. Dès 4 ans.

 

Autour du spectacle

À l’occasion du spectacle La Boutique fantastique, apportez au théâtre un objet pas banal, voire extraordinaire. Il sera exposé dans la Galerie de 7 m2 ! Un objet qui vous parle, qui vous connaît. Un objet un peu secret. Un truc, un machin, un bidule qui vous tient à cœur. Mais que vous seriez prêt à offrir. Exemples : Une voiture miniature (ou pas), une poupée très embrassée, une photo de famille, une théière avec un loir à l’intérieur, un horodateur, le képi d’un copain gendarme, un plâtre de bras, une vieille chaussure. Trouvez‐lui un nom genre "La grenouille inhumaine", "Samuel le Moustachu", "Etincelle" ou "Azertyojdojehifejoimux". Déposez-les au bar du théâtre.

Atelier artistique : l'objet en tant qu'acteur - Samedi 18 avril 2015 de 10h00 à 13h00
Derrière tout collectionneur se cache un cabinet de curiosités. Et chaque objet a son histoire. Les marionnettistes Chine Churchod et Gaëtan Aubry proposent d’explorer l’univers des objets animés lors de cet atelier d’expression narrative. Atelier familial gratuit, dès 6 ans, dans la limite du nombre de places disponibles. Inscriptions :
maria.dasilva@amstramgram.ch.

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