"Métissages": Puplinge Classique 2018 célèbre la diversité

«Au cœur de nos choix, il y a la volonté de poser des questions et de stimuler les spectateurs. Cette année, nous nous posons la question du métissage: l’avenir de la musique classique est-il dans le mélange des styles, des genres et des cultures?»

 

La 9eédition du Festival Puplinge Classique recèle son lot annuel de pépites. Sous l’intitulé Métissages, une douzaine de soirées se déroulent dans l’église du village du 14 juillet au 18 août. L’occasion d’écouter de jeunes musiciens genevois et/ou de voyager dans les répertoires européens: Soirée arménienne, Soirée polonaise, Soirée viennoise, Soirée russe: le festival cible les nations pour aborder le thème de la diversité, chère à l’esprit de son directeur, le pianiste François-Xavier Poizat. Cofondateur du festival, il aborde ici les richesses de cette diversité – histoire, culture, territoire – qui ordonnent les grandes lignes de la programmation.

Puplinge grandit peut-être, son festival de musique classique certainement. Il gagne en maturité avec les années et les expériences accumulées. Des concerts filmés avec des moyens techniques importants lui laissent augurer d’un supplément de reconnaissance internationale. Et déjà il sort des murs de l’église pour un Festival Off à base de dégustation de vin pétillant, de Food Trucks et d’une exposition de la peintre et calligraphe chinoise Zhang Xianmei.

 

Le Festival Puplinge Classique a la réputation d’offrir aux jeunes musiciens formés à Genève l’occasion de s’exprimer.

Plus largement, le mot central qui définirait le festival, est «diversité». Cela est vrai par rapport à l’âge des musiciennes et des musiciens invités. Certains sont mûrs, d’autres sont jeunes, nous avons même des adolescents de 10 à 15 ans de la filière Musimax du Conservatoire de Musique de Genève, qui seront sur scène le jeudi 16 août. Cette filière a été créée pour les jeunes particulièrement doués – les prodiges. Et nous sommes vraiment admiratifs du travail accompli par les responsables pour pousser ces jeunes au maximum sans que cela soit trop, on sent qu’ils comprennent la limite des enfants. Mais la diversité est aussi celle des origines. Pour la soirée au cours de laquelle sera entre autres interprétée L’histoire du Soldat de Stravinsky, le 2 août, Dmitry Smirnov est originaire de Saint-Pétersbourg, Javier Oviedo vit à New-York, et Damien Bachmann et moi-même avons vécu à Thônex et à Puplinge!

 

Avec des soirées consacrées aux musiques et aux compositeurs de l’Arménie, de la Pologne, de la Russie, de Vienne ou de Paris, le programme aurait d’ailleurs pu être baptisé Géographies!

C’est une option de programmation que nous avons adoptée depuis la deuxième édition, le festival mentionne d’ailleurs la «musique classique au carrefour des nations».

 

Une soirée consacrée à la musique de Vienne est-elle la concrétisation d’une volonté de programmateur, ou le résultat d’une suite de hasard?

Un programme, c’est une montagne de compromis. Au départ, nous imaginons une architecture idéale, et à la fin, par hasard, nous finissons par nous en rapprocher! Si j’ai des bons contacts avec quelques musiciens polonais que j’ai envie d’inviter, s'il se trouve qu’ils peuvent venir le même jour, je peux leur proposer d’interpréter des compositeurs polonais. C’est aussi ce qu’il y a de plus excitant dans ce travail de programmateur: proposer des choses qui ne se font pas souvent, des couleurs différentes. Et si un récital que nous initions est repris ailleurs par les mêmes, tant mieux.

 

Cela se produit-il souvent?

Cela arrive. Cette année, j’ai déjà appris que le spectacle Bach et Rûmi du 30 juillet sera rejoué ailleurs. A la base de ce projet, il y a l'écoute d'un podcast d’une émission de radio de 2014. Leili Anvar, spécialiste du poète mystique soufi du XIIIe siècle Rûmi, défendait le caractère universel de son œuvre et disait qu’elle s’accordait à la musique de Bach. Cela m’a beaucoup intéressé. J’ai réussi à la joindre, et elle a répondu favorablement à mon idée de monter un spectacle à base de poésies de Rûmi et de musique de Bach. Les suites pour violoncelle s’imposaient, et j’ai invité Nadège Rochat, qui est originaire de la région, qui a étudié au Conservatoire de Genève, et qui connaît depuis une carrière internationale. Pour nous qui mettons en avant la diversité, cette soirée est pratiquement la clé de voûte du festival. Deux artistes universels séparés par 400 ans d’histoire, l’un protestant allemand, l’autre soufi persan…

 

Pourquoi clé de voûte?

Il a lieu au milieu de festival et illustre parfaitement nos préoccupations. Au cœur de nos choix de programmation, il y a toujours la volonté de poser des questions et de stimuler les spectateurs. L’année dernière, nous nous demandions s'il y a des cycles dans l’histoire de la musique. Cette année, nous nous posons la question du métissage: l’avenir de la musique classique est-il dans le mélange des styles, des genres et des cultures?

 

 

Donc, pour reprendre l’exemple de la soirée polonaise du 28 juillet, avec le duo Del Gesù et Robert Maciejowski…

…Il y a d’abord l’idée de montrer, en présentant aussi des œuvres de Matuszewski, Penderecki, Dixa et Paderewski, que la musique polonaise ne se résume pas à Chopin. Puis de s’interroger sur ce qu’elles pourraient – ou pas – avoir en commun.

 

Au delà de ces questions, en quoi le festival et ses choix vous ressemble-t-ils?

Je n’y ai jamais pensé… Mais peut-être que la diversité que je mets en avant est aussi celle que j’essaie de privilégier dans ma vie. Il me semble que la diversité rend les choses plus riches et intéressantes.

 

Et quels signes de cette diversité, présents dans l’édition 2018, n’auraient pas pu y figurer il y a cinq ans?

J’ai étudié à New-York entre 2016 et 2017, ce qui m’a amené à découvrir des compositeurs qui ne sont pas ou très peu joués ici. Le 2 août, nous allons interpréter une pièce de Russell Peterson que j’ai découvert là-bas et tout de suite adoré. En tant que musicien, le festival me permet d’interpréter des œuvres rarement prises en compte dans les récitals de musique de chambre, et notamment dans ce cas une œuvre pour saxophone (n.d.l.r.: qui est l’instrument du compositeur Russell Peterson).

 

Comment envisagez-vous l’avenir du festival?

L’idée est de se réinventer chaque année. Comme nous sommes en formation, nous participons régulièrement à des concours, nous rencontrons toujours d’autres musiciens et avons toujours de nouvelles idées. Nous voulons gagner toujours davantage la confiance du public afin que celui-ci soit prêt à nous suivre dans notre programmation: que même s'il ne connaît ni les compositeurs ni les interprètes d’une soirée, il vienne avec la certitude de pouvoir passer un bon moment.

 

Et si vous aviez la possibilité d’organiser votre soirée idéale…

…Je l’ai déjà! Nous fêterons le dixième anniversaire du festival le 1erseptembre 2019 au Victoria Hall!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Festival Puplinge Classique, 9eédition, jusqu’au 18 août 2018. Programme détaillé, réservations et informations sur le site www.puplinge-classique.ch

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19