Publié le 13/05/2016 à 19:37

Mélodie Zhao, pianiste prodige à Vernier

«Mélodie Zhao est une pianiste hors du commun. On parle beaucoup de jeunes pianistes doués, mais elle est plus que cela»

 


Mélodie Zhao est née à Gruyères en 1994 dans une famille d’artistes où la musique a toujours eu sa place. Depuis sa tendre enfance, passée en Chine, elle pratique le piano. D’abord avec sa grand-mère, ensuite avec son professeur à Pékin. Puis ensuite à Genève, où elle entre au Conservatoire avant de faire ses classes à la Haute école de Musique auprès de Pascal Devoyon. Un professeur avec qui elle poursuit aujourd’hui ses études doctorales à l’Université des Arts de Berlin. Pianiste prodige, elle compte déjà de nombreux enregistrements à son actif, dont les derniers en date consacrés aux sonates de Beethoven. Outre l’interprétation, Mélodie Zhao s’adonne aussi à la composition. On ne manquera pas son récital jeudi 19 mai à la Salle du Lignon, qui marque l’ouverture du Festival de musique Vernier Classique. Interview.

 

 

Un père violoniste, une grand-mère danseuse qui l’initie au piano à 3 ans, un grand-père chef d’orchestre… Mélodie Zhao baigne depuis sa tendre enfance dans la musique et les arts. La jeune artiste suisse d’origine chinoise a une vraie passion pour le piano qu’elle développe très tôt à Pékin avec son professeur. Ça a été pour elle le coup de foudre. «J’ai toujours fait de la musique naturellement. Et je n’ai jamais conçu l’avenir autrement que par la musique», confie-t-elle au bout du fil depuis Berlin, où elle continue de suivre, à l’Université des Arts, avec Pascal Devoyon, des études entamées avec lui à la Haute école de musique de Genève. «Rien n’est jamais acquis», dit-elle. Mélodie Zhao possède une étonnante maturité. Celle qui entrait au Conservatoire de musique de Genève à 9 ans dans la classe de Mayumi Balet-Kemeda se tourna ensuite vers la HEM - Genève où elle décroche son Master. Aujourd’hui, à ce stade de sa carrière, elle juge important de continuer à prendre des cours avec son professeur, Pascal Devoyon, «qui sait avancer avec l’élève, chercher à l’orienter vers la meilleure version et ne pas l’enfermer dans des idées préconçues». D’autant qu’elle est encore à un âge où l’on continue d’évoluer avec son instrument, et en fonction de sa propre philosophie.

 

Beethoven, l’immense aventure

A 21 ans, Mélanie Zhao a déjà derrière elle une carrière de concertiste et un bagage fou. Elle a enregistré plus d’une dizaine de disques. Pour la série des derniers enregistrements, elle s’est attaquée aux trente-deux sonates de Beethoven. Ça a été pour elle «une immense aventure». La jeune prodige a ainsi découvert tout un monde, un univers qui a changé sa vie de pianiste. Wagner peut aussi produire cet effet-là sur certains chanteurs, dit-elle. Ce qui l’a amenée, fin 2013, à faire une sorte de «grand ménage» dans sa manière de jouer du piano. Elle a ainsi abordé par exemple des œuvres de Brahms et de Rachmaninov, aux antipodes du géant allemand. On retrouvera notamment Rachmaninov au programme de son récital jeudi prochain, à la Salle du Lignon dans le cadre du Festival Vernier Classique.

 

Schubert, Bach, Rachmaninov et Chopin au programme

Elle ouvrira donc les feux par un copieux programme jeudi soir. La soirée devrait commencer par la Fantaisie dite «Wanderer» de Schubert, suivie de la Toccata et Fugue de Bach dans la version de Busini. Mélodie Zhao interprétera ensuite une sonate de Rachmaninov. «La 2ème Sonate de Rachmaninov, que j’adore, n’est pas aussi difficile qu’une sonate de Beethoven. Pour moi, c’est une réalité: quand on a joué Beethoven, on peut tout jouer.» Une réalité qu’elle estime presque universelle, à en juger par les épreuves d’entrée dans les formations pianistiques où Beethoven, au même titre que Bach, figure souvent parmi les compositeurs étalons. De même que Chopin, et son langage si particulier, avec qui elle terminera le concert par douze études. «Beethoven et Chopin, on les a ou pas dans les veines.» Elle reprendra aussi des études et ballades de Chopin («c’est toujours très bien pour les doigts») lors de sa tournée en Chine prévue pour la fin de l’année.

 

 

«Composer aide à devenir objectif en tant qu’interprète»

Mélodie Zhao a encore bien d’autres cordes à son arc, notamment la composition, à laquelle elle se frotte aussi très jeune. «Je me posais nettement moins de questions quand j’étais petite. Aujourd’hui, je m’interroge beaucoup sur le style musical et me demande ce que l’on peut apporter avec une nouvelle pièce». Elle travaille d’arrache-pied à ses variations sur un thème de Paganini, un sujet connu, même si elle estime ne pas avoir encore trouvé son propre langage musical. Mais à ses yeux, la composition est un outil précieux pour l’interprète qu’elle est. «Composer aide à devenir beaucoup plus objectif en tant qu’interprète. On voit ainsi bien plus de choses très fines derrière la partition.» Mélodie Zhao se situe dans une phase où elle élargit son répertoire. «C’est un peu maintenant ou jamais.» D’où le plaisir d’avoir composé librement son programme à Vernier avec des compositeurs qu’elle connaît bien, et d’autres moins familiers.

 

Personnalité et technique phénoménale

«Mélodie est une pianiste hors du commun. Je sais qu’on parle beaucoup de jeunes pianistes doués, mais elle est plus que cela. Non seulement elle a une technique phénoménale, mais surtout elle a une très forte personnalité. J’en parlais avec un de mes étudiants récemment. Il me disait avec juste raison: ‘Mélodie, on aime ou on n’aime pas, mais elle existe et d’une telle manière qu’il n’y a qu’à s’incliner devant le talent.’» Dans toute sa carrière de professeur, entamée il y a plus de quarante ans, Pascal Devoyon avoue n’avoir rencontré que deux pianistes de ce calibre: Mélodie Zhao et Louis Schwizgebel. «Donc la Suisse a de la chance… et moi aussi!», se réjouit-il.

 

Propos recueillis par Cécile Dalla Torre

 

 

Festival Vernier Classique, du 19 au 29 mai, Salle du Lignon à Vernier
Renseignements et réservations au +41 22 306 07 80 ou sur le site www.vernier.ch/billetterie

Mélodie Zhao, récital de piano, jeudi 19 mai, 20h
Schubert, Rachmaninov, Bach/Busoni, Chopin

Eric Le Sage et François Salque, mardi 24 mai, 20h
Beethoven, Sonates pour violoncelle et piano

Quatuor Zaïde, jeudi 26 mai, 20h
Chostakovitch, Mozart, Bartók

Quatuor de Genève et Isabelle Morel (piano), dimanche 29 mai, 17h
Un après-midi de musique française
Claude Debussy – Quatuor à cordes

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