Mad Grass ou la révolution verte d’Am Stram Gram

«Nous engager fermement ne nous empêche pas de le faire joyeusement. La logique selon laquelle l’échange ou l’utilisation des graines naturelles est hors-la-loi appelle à un traitement burlesque.»

 

Du 27 au 29 avril, le Théâtre Am Stram Gram se met au vert. Mad Grass – Société secrète des herbes folles se présente sous la forme d’un exercice de guérilla urbaine délirante (et tous publics). Sur scène, trois activistes s’engagent dans un décor post-apocalyptique pour faire pousser ce qui veut bien pousser. Et comme dans l’An 01, ce ne sera pas triste. Derrière le sourire et la poésie des jungles de béton s’affirme un militantisme semencier. La création d’Elodie Segui et Emmanuelle Destremau (L’Organisation) invite à lutter contre l’industrie des graines mondialisées, copyright-ées, et pour la réappropriation des saveurs et des pousses locales. Le spectacle se double d’ailleurs d’une dégustation de plantes sauvages locales – "Le repas botanique" -, et se triple d’un appel au vidéos de (joyeux) combat.

Mad Grass veut essaimer, Mad Grass part à la conquête du monde! Très naturellement, la première se tient à Genève!

 

Que réservent vos herbes folles – Mad Grass - aux spectateurs?


D’abord un décor qui évoque un terrain vague. Nous avons été inspirées par la ville de Détroit, qui illustre ce que devient un centre urbain après la sur-industrialisation et la faillite: des bâtiments, parfois monumentaux, en ruines, inoccupés. Des habitants qui n’avaient pas les moyens de partir ont commencé à cultiver des potagers, ils ont réinvesti le centre avec des systèmes de troc. Des décombres sont nés des réflexes de solidarité. C’est un peu ce qui se passe dans notre spectacle.

 

Qui sont vos personnages?


Ce sont deux femmes et un homme en lutte. Ils ont créé un groupe d’action, qui réagit à toutes les questions environnementales de notre époque. Au fil des expérimentations et des rencontres des trois personnages, le plateau doit se re-végétaliser. Mais ce n’est pas un spectacle réaliste. Notre groupe d’action fonctionne de manière poétique, ludique et burlesque.

Nous ne précisons pas quand se déroule l’histoire – aujourd’hui, dans cinq ou dans 20 ans.

 

Vos herbes folles sont donc militantes.


Oui. Les politiques agricoles mettent les paysans en péril, et les sols en danger. On est généralement au courant des dégâts causés par les pesticides. Moins de la thématique des graines. Les politiques agricoles passent aujourd’hui par le brevetage des semences, et la vente de graines souvent stériles. Nous participons, à notre manière, à la lutte contre ces pratiques en prenant part à un réseau d’échange de graines à travers le monde. L’idée que des graines naturelles peuvent être l’objet de troc est mise en pratique par des associations dans le monde entier. Nous sommes par exemple en contact avec l’association "Graines et Cinéma" qui a créé un jardin semencier à Beyrouth, et produit des graines naturelles. Ils les envoient dans des camps de réfugiés syriens au Liban notamment. Cela permet aux habitants de lancer des cultures – ils n’ont pas les moyens d’acheter des semences. Nous voulons aussi encourager la création de refuges pour graines naturelles. Chacun peut le faire, à son échelle, sur son balcon!

 

Il est déjà possible de visionner des vidéos sur Internet. Quel rôle la vidéo tiendra-t-elle dans le spectacle?


Nous avons lancé un appel à vidéos sur ce thème. Nous voulons en intégrer au spectacle. C’est déjà le cas pour certaines en provenance du Japon, de Corée du Sud, du Costa Rica et de Suisse. Une classe de Cycle de Genève en a aussi réalisée une. Nous sommes encore à plusieurs semaines de la première, donc j’ignore combien nous en aurons à la fin du mois. Nous sommes dans la logique d’une participation à Mad Grass qui prendrait la forme d’un Anonymous des plantes.

 

Mad Grass pourrait donc devenir viral?


Parlons plutôt d’essaimage, on espère que le spectacle germe!

 

 

Am Stram Gram, qui co-produit le spectacle, annonce aussi un déploiement culinaire.

Oui, nous avons mis en place l’Herboristerie, un dispositif de cantine-performative. A Genève, en collaboration avec un cueilleur et un cuisinier, nous allons proposer une expérience gustative: le Repas botanique, imaginé par Elodie Segui, à partir de plantes sauvages locales mal connues et peu cuisinées, alors même que chacun peut facilement les reconnaître et les apprêter. Cette découverte sera accompagnée d’un récit porté par deux comédiens. L’objectif est là encore de faciliter une relation au végétal, au vivant.

 

Vos herbes sont citoyennes. Ont-elles encore le temps d’être folles?


Doublement. Même si la démarche est positive, une telle mobilisation n’est pas évidente dans notre société de surconsommation. Il faut être activiste, presque violent et un peu fou pour s’engager dans cette rébellion – ou plutôt dans cette non-acceptation. D’autre part, notre métier n’est pas de donner des conférences. Mais de nous engager fermement ne nous empêche pas de le faire joyeusement. La logique selon laquelle l’échange ou l’utilisation des graines naturelles est hors-la-loi appelle à un traitement burlesque, qui correspond à la volonté de proposer un spectacle tout public (dès 9 ans). La prise en charge de certaines chansons par les comédiens rappelle aussi par moment, l’univers des comédies musicales.

 

Mad Grass part donc à la conquête du monde?


Le spectacle sera créé à Genève fin avril. Il sera ensuite joué à Cergy-Pontoise en mai. Nous avons ensuite une trentaine de dates qui nous mèneront en janvier. Pour commencer!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Mad Grass - Société Secrète des Herbes Folles, d’Elodie Segui et Emmanuelle Destremau, est à voir au Théâtre Am Stram Gram 
à Genève du 27 au 29 avril 2018.

Renseignements et réservations au +41.22.735.79.24 ou sur le site www.amstramgram.ch

Le Repas botanique qui se tiendra le 28 avril est complet.

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19