Les Idylles romantiques de L'OCG

Benoît Capt interprète des lieder de Mahler avec L’OCG

 

Après des études d'écriture musicale et de musicologie à Genève, Benoît Capt accomplit sa formation de chant au Conservatoire Mendelssohn de Leipzig, auprès de Hans-Joachim Beyer et de Phillip Moll, ainsi qu'à Lausanne dans la classe de Gary Magby. Lauréat de plusieurs concours internationaux (Lyon, Marmande, Toulouse, Dortmund, Graz, Weiden), il a reçu en 2008 le prix du Cercle des Amis de l’OSR pour enregistrer un disque de mélodies avec le pianiste Todd Camburn.

Depuis ses débuts à l’Opéra de Lausanne en 2006 dans Le Téléphone de Menotti, il interprète de nombreux rôles, tels que Papageno dans Die Zauberflöte de Mozart, le Garde-Chasse dans La Petite Renarde rusée de Janácek, le rôle-titre dans Pimpinone de Telemann, Bottom dans A Midsummernight’s Dream de Britten ou encore Schaunard dans La Bohème de Puccini. En récital, il a donné dernièrement un programme de mélodies françaises, Verlaine et ses musiciens, accompagné par Xavier Dami, la Winterreise accompagné par Eric Schneider, ainsi que des programmes Schwanengesang (Schubert, Schumann et Brahms) et Gabriel Fauré accompagné par Phillip Moll.

Au Bâtiment des Forces Motrices le 6 mars, Benoît Capt sera accompagné par L'Orchestre de Chambre de Genève et interprétera les Fünf frühe Lieder de Gustav Mahler, un répertoire qui lui tient tout particulièrement à cœur.

 

On a souvent dit qu’un lied est un opéra en petit format. Est-ce votre avis?

L’image est trop réductrice, car il existe de nombreuses formes du lied. On peut difficilement dire que les formes strophiques, où alternent couplets et refrain, se rapprochent de l’opéra, mais c’est peut-être plus juste pour d’autres formes comme par exemple le très célèbre Erlkönig (Le roi des aulnes) de Franz Schubert ou certaines grandes balades de Schumann, comme Die Grenadiere (Les grenadiers), où il y a effectivement une trame narrative et même une sorte de dramaturgie avec parfois plusieurs personnages, qui rejoint une forme de théâtralité.

 

Pouvez-vous en dire plus sur les Fünf frühe Lieder de Mahler que vous interpréterez aux côtés de L’OCG?

Ce concert propose un panachage à plusieurs niveaux. Si le matériau musical est de Mahler, l’orchestration est de Berio, un compositeur contemporain décédé en 2003. Il a choisi cinq lieder parmi les œuvres de jeunesse de Mahler, tirés du recueil de textes populaires traditionnels allemands Des Knaben Wunderhorn (Le cor merveilleux de l’enfant). Parmi ces lieder, deux mélodies très cocasses de type strophique, et d’autres à la dramaturgie plus développée, comme celui intitulé Zu Strassburg auf der Schanz, l’histoire d’un soldat sur les remparts de la ville qui entend un cor des alpes au loin, sorte d’appel nostalgique de sa patrie.

Ce répertoire a quelque chose de très facile dans la mélodie et d’extrêmement savant, notamment dans l’orchestration. Berio l’a imaginée chatoyante, en proposant une sorte de néo-orchestration dans le style de Mahler, tout en offrant un mini-spectacle dont les instruments deviennent presque des protagonistes.

 

Le lied tient une place de choix dans votre répertoire vocal. Vous avez d’ailleurs fondé l'Association Lied et Mélodie à Genève en 2013.

J’ai étudié en Allemagne pendant plusieurs années, à Leipzig, qui est une ville très liée au lied, puisque des compositeurs comme Schumann, Mendelssohn, et aussi Wagner, Brahms et Mahler, y ont passé de longues périodes de leur vie. Mais mon intérêt pour le lied remonte à l’Ecole de musique où Marga Liskutin, qui chantait dans le chœur du Grand Théâtre, m’a donné le goût pour les lieder. Avec elle, j’ai étudié de grands cycles, comme la Winterreise (Le voyage d’hiver) de Schubert ou encore Les amours du poète de Schumann, que j’ai adoré tout de suite. Un goût qui s'est confirmé dans mes études, puis dans mes concerts de mélodies tant allemandes que françaises, russes ou anglaises, dont le répertoire immense regorge de trésors. Car si ce genre du lied est apparue à la fin du 18ème siècle, il a progressivement essaimé à travers le monde dans tous les pays qui voulaient renforcer une identité nationale et linguistique. Le public ne connaît en principe qu'une infime partie de ce répertoire passionnant: c'est une des raisons qui m’ont poussé à créer l’Association Lied et Mélodie à Genève. Ces lieder de Mahler dans l'orchestration de Berio en sont un bon exemple, car ils sont peu connus et rarement joués.

 

 

Vous avez aussi une activité dense de chanteur d’opéra. Concilier le lied à l’opéra, ou encore à l’oratorio que vous pratiquez également, comporte-t-il des exigences particulières?

Ces trois genres doivent être chantés de la même manière et ne demandent pas de spécificité autre qu’une tessiture adéquate. Ayant une voix de baryton basse à la couleur plutôt claire et d'emploi assez passe-partout, j’ai la chance de pouvoir aborder ces différents styles. Je vais même pouvoir me frotter au rôle de Paolo Albiani dans le Simon Boccanegra de Giuseppe Verdi qui se donnera en juin à L’Opéra de Lausanne, qui est en réalité un défi pour une voix comme la mienne.

L’opéra et le lied se distinguent surtout par le volume de texte et de formes musicales à mémoriser, et peut-être par le fait qu’une spécificité technique s’ajoute à l’opéra: la projection du son doit permettre à la voix de passer l’orchestre.

 

Quelle qualité d’interprétation recherchez-vous?

J’ai toujours très à cœur de faire passer le texte, que ce soit dans le lied, à l’opéra ou dans l’oratorio, car dans la musique vocale, c’est toujours le texte qui a motivé la création musicale. Si on perd le sens, on perd une part primordiale de la dimension poétique et émotionnelle de l’œuvre.

 

Quelle est la composante commune aux œuvres qui seront présentées lors de cette soirée?

C’est le romantisme allemand de la deuxième partie du 19ème siècle, particulièrement bien illustrée par Siegfried Idyll. Ce poème symphonique pour orchestre de chambre que Richard Wagner a offert à son épouse Cosima pour son 33e anniversaire est une idylle musicale construite sur des thèmes de l’opéra Siegfried qu’il était en train de composer. Siegfried était aussi le prénom de leur fils, né un peu plus d’un an plus tôt, et surnommé Fidi.

C’est aussi Hervé Niquet, un chef reconnu de la musique baroque, qui posera son regard neuf sur ces pièces avec l’énergie qu’on lui connait.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Idylles romantiques, concert de soirée n°4 de L’Orchestre de Chambre de Genève au Bâtiment des Forces Motrices à Genève le 6 mars 2018.

Renseignements et réservations au +41.22.807.17.90 ou sur le site www.locg.ch

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19