Publié le 28/09/2018 à 15:22

Les grands concertistes de demain ont rendez-vous avec le 73e Concours de Genève

«Le public se déplace autant pour le format du concours, qui permet à chacun de se faire son propre palmarès, que pour entendre jouer de son instrument à un niveau d’excellence, et par plusieurs interprètes issus du monde entier.»

 

Le 73e Concours de Genève se déroule cet automne à Genève. Le premier récital aura lieu le 29 octobre. Les occurrences se suivront les semaines suivantes, jusqu’aux finales avec orchestre, le 8 novembre pour le concours de clarinette, et le 14 novembre pour le concours de piano. Près de 420 jeunes musiciens originaires de 49 pays se sont inscrits cette année. Après une sélection opérée sur la base d’enregistrements vidéo fournis par les candidats, 48 pianistes et 42 clarinettistes ont été sélectionnés.

Depuis 1939, le Concours de Genève accueille les jeunes talents amenés à devenir les grands concertistes de demain. Le secrétaire général de l’institution, Didier Schnorhk, évoque le caractère du concours, de ses participants, de son public, sa rare ouverture sur le répertoire contemporain, le travail de suivi assumé auprès des lauréats, dans le domaine purement artistique, mais pas seulement. A découvrir avant les 16 programmes ouverts au public où seront joués Brahms, Schubert, Schumann, Mozart, Beethoven, Debussy, Lutoslawski, Holliger, Stockhausen, Jarrell. Entre autres.

 

Le concours porte cette année sur le piano et la clarinette. Quelle est la popularité de ce deuxième instrument, à Genève?

La tradition des instruments à vent est bien établie à Genève. Nous proposons également, au fil des éditions, la flûte et le hautbois. C’est à chaque fois un évènement. Aussi parce que l’on sait que ces lauréats font toujours carrière. Pas forcément comme soliste, car il y en a très peu. Pour prendre l’un des plus connus, Emmanuel Pahud, lauréat en 1992 du concours de flûte, mène une carrière de soliste international en parallèle avec son engagement auprès de l’Orchestre Philharmonique de Berlin.

 

La découverte des grands solistes de demain fait partie du plaisir des spectateurs du Concours de Genève?

C’est sans doute un plaisir de se souvenir avoir vu et entendu par exemple Martha Argerich remporter le concours de piano de 1957! Le public se déplace autant pour le format du concours, qui permet à chacun de se faire son propre palmarès. Les instrumentistes, même les plus modestes, se déplacent aussi pour entendre jouer de leur instrument – par exemple la clarinette – à un niveau d’excellence, et par plusieurs interprètes issus du monde entier.

 

L’origine géographique des interprètes se signale par l’importance de l’Asie de l’Est. Comment l’expliquer?

La première raison est démographique, et cela concerne beaucoup la Chine. Nous assistons à l’émergence d’une large population éduquée qui éprouve une fascination pour la culture occidentale. Nous avons observé le même phénomène il y a quelques décennies au Japon puis en Corée du Sud. Il est intéressant d’observer qu’après une génération, les artistes redécouvrent leur propre culture en l’incorporant à leur travail, et favorisent ainsi l’émergence de musiciens et d’œuvres très intéressantes.

 

… Que l’on pourra découvrir par exemple l’année prochaine à l’occasion de votre concours de composition?

Peut-être, mais plutôt avec des artistes venus du Japon ou de Corée. La Chine est encore neuve dans ce champs de la composition.

 

Pour en revenir à l’édition 2018, le concours met les interprètes face au répertoire classique. Mais leur impose aussi des œuvres contemporaines. Est-ce propre à Genève?

Ce n’est en tout cas pas la norme! Personnellement, je n’imagine pas un concours de piano généraliste sans une sonate de Beethoven. Nous affirmons aussi notre appartenance à la sphère francophone en proposant cette année par exemple des œuvres de Debussy. Mais il nous semble important de demander aux jeunes artistes de jouer une ou des pièces plus modernes. Je précise que cela ne les prend pas au dépourvu. Les conservatoires ont compris qu’ils devaient s’ouvrir à la musique contemporaine, et les œuvres de Boulez, de Stockhausen y sont pratiquées tout comme les Études de Ligeti ou les Regards de Messiaen.

 

 

Vous allez jusqu’à commander des œuvres spécifiquement pour le concours.

Une œuvre du compositeur Victor Cordero a été commandée pour le piano. Et le lauréat du concours de composition de l’année dernière, Jaehyuck Choi verra son œuvre pour clarinette et orchestre être imposée en finale du concours de clarinette.

 

Ce caractère contemporain reflète-t-il une identité genevoise?

Très certainement. Le festival Archipel, l’Ensemble Contrechamps et désormais le Lemanic Modern Ensemble permettent à Genève d’avoir un réel rayonnement en la matière, sans commune mesure avec une autre ville de même taille. Il faut ajouter à cela d’autres ensembles comme Vortex, Eklekto et ne pas oublier la Haute École de Musique (HEM) qui a mis l’accent là-dessus, et qui grâce à la présence de Michael Jarrell et à un studio électro-acoustique extrêmement performant, compte parmi les plus en vue de l’espace francophone. Je tiens beaucoup à ce que le Concours de Genève s’inscrive dans cette idée-là.

 

Revenons à vos jeunes musiciens. Quel soutien apportez-vous, au lendemain du concours, à leur carrière?

Nous suivons nos lauréats pendant au minimum deux ans. Selon plusieurs axes, les plus évidents concernant l’organisation de concerts, de présentations dans des festivals, et même de tournées internationales. Nous les aidons également à réaliser des enregistrements qui leur permettent de se présenter de manière assez personnelle.

Nous avons lancé il y a deux ans un projet plus rare, une semaine d’ateliers consacrée à la profession de concertiste. Elle doit les aider à négocier un contrat, à avancer dans la jungle des labels discographiques. Pour prendre un exemple concret, nous avons invité le directeur de la Cité de la musique de Paris à venir les challenger. Un jeune pianiste japonais doit pouvoir convaincre un promoteur de la nécessité de l’engager pour jouer Schumann, par exemple. Ces jeunes artistes sont intelligents, ils ont un projet musical. Mais ils doivent apprendre à trouver les mots et à le formuler. Nous avons différents modules, consacrés autant à la dimension commerciale qu’à la manière de se tenir sur scène ou à la santé. Ils sont jeunes, ils sont en bonne santé, mais qu’en sera-t-il dans quinze ans – je pense notamment à des mauvaises postures qui peuvent représenter un danger sur la durée.

 

Cette dimension, notamment celle du «marketing», n’est-elle pas intégrée au cursus des écoles de musique?

Sans doute dans quelques grandes écoles. Mais globalement, peu. Nous le voyons aussi lorsque nous parlons de copyright avec de jeunes compositeurs, ou lorsque nous évoquons la gestion des réseaux sociaux avec les interprètes: ils ont des lacunes. Les enseignants en sont conscients. Nous collaborons désormais sur ces questions avec la HEM de Genève, ce dont je me réjouis. Et pour les participants à nos ateliers, qui passent une semaine complète ici, par petits groupes de quatre ou cinq, c’est aussi l’occasion de nouer des contacts et des amitiés.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

73e Concours de Genève, du 29 octobre au 14 novembre 2018. Finale de piano le 8 novembre au Victoria Hall avec l’Orchestre de la Suisse Romande. Finale de clarinette le 14 novembre au Bâtiment des Forces Motrices avec L'Orchestre de Chambre de Genève.

Toutes les épreuves sont ouvertes au public. Programme complet et renseignements au +41.22.328.62.08. ou sur le site du Concours de Genève www.concoursgeneve.ch

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