Publié le 20/06/2016 à 19:06

Le TMG et la métamorphose

La création marionnettique ou l’art de la métamorphose

 


Le Théâtre des Marionnettes de Genève, dirigé par Isabelle Matter depuis l’an dernier, est une vieille institution, qui date de 1929. C’est aussi l’un des plus anciens théâtres de marionnettes en activité aujourd’hui. Sa prochaine saison sera l’occasion de dévoiler son histoire à travers une exposition au printemps prochain à Genève. En attendant, ce rare théâtre européen entièrement dédié à la création marionnettique propose cinq nouvelles créations pour sa saison 2016-2017. Un fil rouge les relie, ainsi que les autres spectacles accueillis par le TMG, y compris la reprise de deux pièces ayant recueilli un beau succès lorsqu’elles ont été créées. Cette année, la programmation du théâtre se décline autour de la métamorphose, le théâtre étant le lieu où le chaos du monde se transforme en sens sur sa petite scène, raconte Isabelle Matter.

 

Ionesco, la «rhinocérite» et l’extrémisme

Tous ces petits changements qui traversent nos vies, au sein de la société ou à titre individuel, s’incarneront sur le plateau de la rue Rodo tout au long de l’année. A commencer par une métamorphose de taille, celle voulue par Ionesco dans Rhinocéros(1958), qui ouvrira la saison le 15 septembre prochain. Toutes les femmes et les hommes, sauf Béranger, l’alter ego de l’auteur, ont été frappés par la «rhinocérite» qui sévit dans le village. Ce n’est pas un hasard si Isabelle Matter, qui en signe la mise en scène, a choisi de remonter aujourd’hui cette pièce racontant la contagion par l’autoritarisme et l’uniformisation de la pensée. Elle l’a créée en 2011 dans le cadre d’un projet artistique mené avec la Colombie. A l’époque, le gouvernement colombien, très autoritaire, et en guerre contre les Farc, avait imposé une «guerre des mots». Le terme «guerrillero» devait par exemple disparaître au profit de celui de «terroriste». Cette forme d’extrémisme décomplexé et de mise à mal de l’humanisme n’épargne pas l’Europe à l’heure actuelle. Face à la montée des discours autoritaires et fanatiques qui renvoient à un sentiment d’étrangeté et donnent l’impression de ne plus parler la même langue que son interlocuteur, il lui est apparu d’autant plus pertinent de remonter cette pièce du grand maître du théâtre de l’Absurde aujourd’hui.

 

L’adoption en ligne de mire

En fin d’année, Isabelle Matter s’attaquera à une thématique toute autre: le thème de l’adoption. Tombé du nid raconte l’histoire d’un oisillon livré à lui-même après avoir chuté du nid. De son univers aérien, incarné par la marionnette à fils, il passe alors au monde souterrain qu’il apprendra à découvrir au sein de sa nouvelle famille de taupes. Isabelle Matter, également dramaturge, s’est inspirée d’une histoire familiale réelle pour évoquer les différences culturelles et les épreuves à surmonter afin de s’intégrer dans un nouvel environnement familial. Cette fable est destinée aux enfants dès 4 ans.

 

La vie d’un carton

Pour la même tranche d’âge, Boulou déménage questionne également la problématique du déracinement. Celui d’un petit garçon contraint de déménager et de quitter son pays, la Belgique, pour s’installer en Suisse, suite à la séparation de ses parents. Ce qui lui vaut de «passer d’un pic de joie à un gouffre de désespoir». Julien Annen, mère de deux garçons, ne raconte rien moins que son vécu à travers des entretiens fantasques ou réels avec son fils, qui lui ont inspiré la trame de l’histoire. Dans le ventre d’un camion, un petit carton balloté, chamboulé, aux prises avec les errances d’une nouvelle vie qu’il n’a pas souhaitée, vivra les émois émotionnels de Boulou. Le décor qui se transforme autour de lui est à l’image des changements subits.

 

 

Psychanalyse des contes de fées

Autre transformation, celle des onze frères de l’héroïne du conte d’Andersen en Cygnes sauvages (dès 7 ans). Michele Millner a choisi de mettre en scène ce conte de fée qui cible la représentation de la marâtre. Celle-ci exile la fille du roi et transforme ses fils en oiseaux blancs. «Les contes de fée mettent en présence toutes les difficultés fontamentales des êtres humains», rappelle la metteur en scène citant Bruno Bettelheim, auteur de la Psychanalyse des contes de fées. A la jeune fille de faire preuve de courage et de persévérance lorsqu’elle se met en quête de ses frères.

 

 

De Landru aux Misérables

La Compagnie bretonne Zusvex proposera quant à elle une création destinée aux adultes et aux adolescents évoquant la célèbre figure de Landru. Le tueur en série qui n’avoua aucun de ses crimes fut condamné à la guillotine pour l’assassinat de dix femmes et d’un jeune garçon. On passera ensuite à un univers poétique pour les plus jeunes, dès 2 ans, avec Eclipse, un poème visuel et sonore créé par Angélique Friant autour d’un petit garçon plongé dans le sommeil et l’univers des planètes. Au TMG, on voyagera aussi dans le quotidien des Misérables ou le monde en pop up de la super héroïne Super Elle, sans oublier le décor tout en finesse et en papier de Guy Jutard et ses Petits commencements, et bien d’autres paysages marionnettiques encore.

 

Cécile Dalla Torre

 

Découvrez toute la saison du Théâtre des Marionnettes de Genève sur leprogramme.ch ou sur le site du théâtre www.marionnettes.ch

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