Le retour des Sœurs Cha-Cha au Loup

«Échanger avec des femmes qui ne sont pas toutes de ma génération et faire des allers-retours entre les plus jeunes et nous, c’est beau.»

 

Vous vous en souvenez peut-être, les années 80 ont vu s’épanouir la Compagnie de danse-théâtre Les Sœurs Cha-Cha. Cette troupe a fait bouger toutes les salles genevoises avec ses chorégraphies originales, son utilisation de l’image, de la musique live et l’énergie sans pareille de ses danseuses. Elles reviennent au Théâtre du Loup du 24 novembre au 9 décembre. Cette fois, elles s’allient à une deuxième génération de Cha-Cha pour partager leur passion, leurs états d’âme aussi. My Cha-Cha garden c’est un jardin à découvrir. Il sera un lieu de rencontre et d’évocation. À dix-huit, trente ou soixante ans, que peuvent partager ces artistes, danseuses et comédiennes? Quels échos peuvent se faire entendre dans le partage de leur vécu?

Rossella Riccaboni est à l’origine de cette aventure, longue de trente ans. Leader des Cha-Cha, c’est elle qui les a réunies pour cette création du Théâtre du Loup dont elle est l’un des piliers. Rencontre.

 

Ce nouveau spectacle est parti de votre envie de renouer avec la Compagnie Les Sœurs Cha-Cha et de «réveiller ce qui somnole»…

J’ai voulu replonger au cœur de cette aventure dans laquelle je me suis énormément investie il y a trente ans. À l’époque, Les Sœurs Cha-Cha faisaient des choses innovantes et drôles. Nous étions un ensemble vivant et coloré qui nous amusions des codes chorégraphiques. Plusieurs d’entre nous sommes restées amies malgré notre éloignement géographique. En revoyant quatre d’entre elles lors d’un bal au Théâtre du Loup et en les voyant bouger, je leur ai dit qu’il serait amusant de remonter quelque chose ensemble. Cette parole en l’air m’a finalement fait réaliser que cet esprit m’habitait encore. J’ai toujours gardé la passion de la danse et l’idée de retrouver ce qui avait fait l’esprit des Cha-Cha me paraissait puissant. J’ai eu envie d’aller réveiller des choses qui nous ont appartenues à un moment extraordinaire de nos vies.

Nous avons décidé de nous envoyer un mail une fois par mois avec comme fil rouge «Là où je suis» et avons utilisé ces échanges dans l’écriture du spectacle. Assez rapidement, j’ai su que ce projet se consacrerait au dialogue intergénérationnel car c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Finalement, seule la danseuse et performeuse Anne Rosset a décidé de rester dans le projet. La nouvelle distribution regroupe encore six jeunes comédiennes dont deux adolescentes et une préadolescente. Échanger avec des femmes qui ne sont pas toutes de ma génération et faire des allers-retours entre les plus jeunes et nous, c’est beau. Les Sœurs Cha-Cha de l’époque seront présentes grâce à des projections d’archives alors qu’au fil du spectacle, des images des comédiennes d’aujourd’hui viendront nourrir la représentation. C’est un spectacle riche qui sera alimenté de musique grâce à Bernard Trontin car depuis le départ, je souhaitais avoir un musicien live avec nous. Comme dans les créations des Cha-Cha.

 

À travers les témoignages de toutes les Cha-Cha, vous abordez des thématiques universelles.

Nous avons réfléchi autour de sujets tels que le fait de vieillir, l’importance de l’art dans nos vies ou la reconnaissance. C’est drôle car nous avons beaucoup travaillé sur l’idée du corps qui change. Les jeunes Cha-Cha ont produit des textes et nous disent qu’à trente ans, leur corps a déjà changé et qu’elles se préoccupent de son vieillissement. Elles pensent qu’elles devraient être au top alors qu’elles ne s’y sentent pas. Ce sont des questions intéressantes. L’univers de nos préoccupations est commun. Ce qui me plait au final, c’est d’aborder ces choses avec un petit pas de côté de cha-cha-cha (rires).

 

 

Avec quoi souhaitez-vous que les spectateurs repartent après ce spectacle personnel et intime?

Avec le sourire aux lèvres. Il y aura des moments drôles mais aussi d’autres plus blues. J’invite les gens à faire un voyage à l’intérieur de mon regard sur le monde, ce qui m’habite, ce que j’aime dans la vie, tout ce que l’on peut partager au quotidien – lectures, films, musiques, expositions. L’art m’a nourrie depuis l’enfance. Mes parents dansaient le tango et quand ils invitaient des amis, c’était musique et danse! Quelque chose de cette vie-là m’est resté. J’espère que ce projet va communiquer cette faim de tout ce qui rend la vie plus appréciable.

 

 

Comment avez-vous conçu l’espace de jeu de My Cha-Cha garden, ce jardin dans lequel vous allez toutes évoluer pour alterner des moments de danse, de théâtre et de chant qui comprendra même une voiture à l’abandon?

Tout a été réaménagé pour le projet, ce ne sera pas le Théâtre du Loup comme on a l’habitude de le voir. Je suis très contente du processus de recherche mené avec mon co-metteur en scène Adrien Barazzone. J’ai aussi la chance qu’Eric Jeanmonod soit le scénographe de ce spectacle car il était celui des Sœurs Cha-Cha. Il nous a fait une belle proposition, celle d’utiliser la cour qui va s’ouvrir sur quatre lieux de jeux. Ce seront des chambres, chacune inspirée d’une thématique particulière ayant un lien avec les spectacles originaux des Cha-Cha. La chambre méditerranée représente la douceur de vivre de l’Italie ou de la Grèce car ce sont des images qui se retrouvaient dans nos créations. Il y aura la chambre Catastrophe car je suis toujours bouleversée par les récurrences odieuses que vivent des populations fragiles. Ce sera très visuel et restant dans la suggestion, je veux que le public puisse lui-même faire son voyage avec ces images. La troisième chambre se nomme Insomnie, inspirée du spectacle J’attends la nuit (1984) qui mettra en scène un rapport à ces nuits où on ne dort pas et où les pensées tournent en rond. Et enfin, la Salle de sport qui rappelle Match (1983) dans lequel Anne Rosset et moi boxions avant de redevenir danseuses. Ces pièces sont les débuts de trame de quelque chose qui a été mais qui devient autre chose aujourd’hui.

 

Danse, musique, théâtre. Comment abordez-vous la forme multiple de ce spectacle?

Dans ce projet, il y a quelque chose de l’ordre de la mosaïque, qui se pose petit bout par petit bout pour construire un univers constitué de plusieurs arts de la scène. La danse, le théâtre – car les jeune femmes sont d’abord des comédiennes – et la musique. C’est un projet multiforme fait pour partager mes préoccupations d’artistes avec celles de la nouvelle génération. Cette dernière est très preneuse de la multiplication de la forme et de l’expression, c’est la grande richesse de cette création. À l’époque, on appelait cela de la danse-théâtre alors qu’aujourd’hui, j’ai envie de dire que de vrais moments de danse côtoient de vrais moments de théâtre.

 

Propos recueillis par Jessica Mondego

 

My Cha-Cha garden, un spectacle conçu et mis en scène par Rossella Riccaboni assistée de Adrien Barazzone à découvrir au Théâtre du Loup à Genève du 24 novembre au 9 décembre 2017.

Renseignements et réservations au + 41.22.301.31.00 ou sur le site du théâtre www.theatreduloup.ch

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19