Publié le 23/05/2019 à 12:32

Le répertoire et l’aventure

«Il faut penser aux solistes, à la diversité des instruments. Il faut penser au public qui se déplace pour entendre ce qu’il connaît, et à celui qui souhaite découvrir ce qu’il ne connaît pas. Et à chaque fois proposer une certaine variété.»

 

L’Orchestre de Chambre de Genève a présenté sa saison 2019/2020. Dont le cœur est la série de sept Concerts de soirée. Son directeur artistique et musical Arie Van Beek témoigne ici des arcanes de ce programme, résultante d’envies, de passions, d’amitiés mais aussi d’un équilibre très subtil.

Satisfaire aux amateurs de classique et de romantique, tout en privilégiant les découvertes et même la création est peut-être déjà un art en soi. Donc, ces prochains mois, Schubert partagera l’affiche avec le genevois Frank Martin. S’il y a Bach, ce sera plutôt Carl Phillip Emmanuel. Berg et Schoenberg, mais avec une pensée pour Strauss. Mozart avec Carl Stamitz. Et dès le premier de ces concerts, le 1er octobre, une première création avec une composition commandée à Ariadna Alsina Tarrès. En parallèle, L’OCG se multiplie en collaborations avec les ensembles de chœur, et participe à des événements, tel Qui a peur de la Dame Blanche? en septembre à Meinier.

 

Comment appréhendez-vous la préparation d’une saison?

Il y a sept soirées. Il faut penser aux solistes, à la diversité des instruments. Il faut penser au public qui se déplace pour entendre ce qu’il connaît, et à celui qui souhaite découvrir ce qu’il ne connaît pas. Et à chaque fois proposer une certaine variété.

 

A partir de quel élément construisez-vous une soirée?

Pour la première Un goût d’inachevé (le 1er octobre), je voulais présenter le compositeur genevois Frank Martin. Le fait qu’il a vécu la moitié de sa vie à Amsterdam renforçait encore mon intérêt! C’est un grand monsieur. Son concerto pour violon est de grande valeur, mais il est rarement joué. Cela m’a donné l’occasion d’inviter Svetlin Roussev, qui est un des premiers violons de notre temps – et un ami. La difficulté est ensuite de trouver des œuvres qui peuvent dialoguer avec ce premier choix. Celle de Carl Phillip Emmanuel Bach est de celles-ci. Et si le nom de ce fils de Jean-Sébastien Bach est connu, je ne suis pas sûr que sa musique le soit autant.

Ensuite la symphonie dite inachevée de Schubert est toujours appréciée du public. Ce qui m’a laissé la liberté, pour compléter, de commander à une jeune compositrice genevoise, Ariadna Alsina Tarrès, une composition, en lui demandant juste que celle-ci ait un rapport avec l’une des trois autres pièces au programme.

 

Quelle est votre méthode pour aborder la seconde école viennoise – Esprit viennois – le 29 novembre?

C’est le point de départ, avec notamment ce chef d’œuvre qu’est le Kammerkonzert d’Alban Berg. J’ai alors l’idée d’inviter Jean-François Heisser, qui connaît ce répertoire de A à Z et de Z à A pour les avoir souvent dirigées ou interprétées en tant que pianiste. Il va expliquer cet œuvre et celle d'Arnold Schoenberg, Johannes Strauss: Kaizerwalzer. Cette dernière nous rappelle que Schoenberg, mais aussi Berg, et même Webern, sont tous de grands amateurs de Johann Strauss.

 

Donc, pour se préparer à cette soirée, vous conseillez d’écouter Strauss?

(Rires) Cela peut être une idée! Mais nous pouvons aussi nous demander d’où vient cette musique. La réponse est: du début du romantisme, et donc de Beethoven, dont la Symphonie no 4 sera interprétée ce soir-là. Cela représente un fort contraste, pourtant les deux écoles de Vienne viennent de là, d’où la cohérence du programme. Et pour s’y préparer, le mieux est de se laisser guider par Jean-Francois Heisser. Un point encore, L’OCG cultive son amitié avec les autres ensembles genevois, et invite donc naturellement Maximilian Haft (violon) et Stefan Wirth (piano), solistes de l’Ensemble Contrechamps.

 

Pour le concert de Noël, le 6 décembre, L’OCG privilégie un ciné-concert du Kid de Charlie Chaplin, à l’occasion du 130e anniversaire du réalisateur. Quel regard portez-vous sur cet exercice?

J’aime beaucoup. C’est difficile, j’en avais dirigé un sur El Dorado de Michel L’Herbier, il faut connaître le film par cœur et être très précis. Pour le public, c’est très excitant de vivre un film tout en sentant l’énergie de 40 musiciens sur scène. Pour compléter notre hommage à Chaplin, la soirée débutera avec un concert pantomime burlesque.

 

Pour le premier concert de soirée de 2020, vous privilégiez Mozart – le 4 février.

Entre classique et romantisme, pour faire plaisir à un autre public. Avec donc Mozart, mais aussi Carl Stamitz, là encore un compositeur dont le nom est connu, mais sans doute pas cette symphonie, La Chasse, qui n’est pourtant pas loin du niveau de celles de Haydn ou de Mozart. Cela permet d’amener quelque chose de nouveau, tout en restant dans un registre classique.

 

Cette soirée sera dirigée par Gábor Takács-Nagy. Comment envisagez-vous la collaboration avec un maestro invité?

Je propose un programme, et souvent dans le cadre de cette saison 2019-2020, le chef invité s’est montré ravi. Ensuite, je le laisse travailler. Il m’arrive d’être invité, personne ne vient me surveiller! J’ai dirigé il n’y a pas longtemps l’Orchestre de Metz, nous avons fait connaissance avec les musiciens, progressivement, très naturellement en répétant.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Découvrez en détail la saison 2019/2020 de L’Orchestre de Chambre de Genève sur le site www.locg.ch

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