Publié le 05/06/2019 à 12:04

Le POCHE /GVE veut faire durer le plaisir

«Un théâtre comme le nôtre n’a pas une énorme empreinte carbone. De plus, le principe de l’Ensemble permet d’expérimenter des logiques de travail, et de produire localement. Ce n’est pas protectionniste, mais nous croyons aux circuits courts.»

 

En 2019/2020, le POCHE /GVE affirme vouloir continuer de tracer sa route singulière. Le principe d’un ensemble de comédiens attaché à la saison, qui a donné de grandes satisfactions, est reproduit. Le directeur Mathieu Bertholet a évoqué les logiques de travail qu’autorise cette formule, au cours de la soirée de présentation, mi-mai. Le théâtre continue également de faire confiance à des auteur(e)s contemporain(e)s. Cela se vérifiera dès l’automne avec un triptyque de textes, qui ont en commun des ascendances germaniques et un recours à l’humour glacé. 2020 se poursuivra sur l’île de Lesbos, et avec de grandes aventures. D’abord un cycle orienté autour de courts textes engagés, souvent vigoureux, toujours poétiques.

Enfin, Le POCHE /GVE annonce ni plus ni moins que La pièce parfaite. Parfaite car écrite, produite et réalisée à partir des remarques et des envies d’un groupe d’amateurs encore indistincts – les inscriptions sont ouvertes, les candidatures bienvenues!

 

Faire durer, tel est le nom de baptême de la saison 2019/2020 du POCHE /GVE. Pour le directeur Mathieu Bertholet, cette appellation implique la volonté d’inscrire sa démarche dans le temps. Le Poche a pris des orientations courageuses, il persiste.

Quels choix? Mathieu Bertholet a d’abord rappelé le principe d’une troupe de comédien(ne)s qui accompagne la saison, l’Ensemble. Cette option, adoptée l’année dernière, a permis de proposer les spectacles plus longtemps – «jamais moins de deux semaines, c’est un luxe à Genève». Cela a aussi favorisé une dynamique fertile – «Cela a été souvent magnifique, éprouvant, compliqué, amusant» –, elle est donc renouvelée avec une nouvelle équipe de onze comédien(ne)s. A noter que le 21 novembre 2019, un forum (gratuit) abordera la question des Ensembles, bien connue dans la tradition germanique, pratiquement inexistante en Suisse romande.

 

Elles et eux

Faire durer ce qui a été mis en place depuis quatre ans, c’est aussi exister dans la société d’aujourd’hui, par exemple en matière de parité. En 2018/2019, les auteurs, les metteurs en scène, les premiers rôles et les rôles tout courts du Poche ont été autant des femmes que des hommes – «et même plutôt en majorité des femmes». Faire durer, c’est aussi soutenir et faire confiance sur la durée: il n’est donc nullement fortuit de retrouver au programme des auteur(e)s, des metteurs et metteuses en scène ou des comédien(ne)s déjà passés par l’institution ces dernières saisons.

N’oublions pas l’écologie! «Un théâtre comme le nôtre n’a pas une énorme empreinte carbone. Le principe de l’Ensemble permet d’expérimenter de nouvelles logiques de travail, et de produire localement, ici à Genève. Ce n’est pas une logique protectionniste, mais nous croyons aux circuits courts. Tout cela nous amène à mentionner sur notre programme le nombre de semaines de travail consenties sur place pour chaque spectacle», a développé le directeur.

 

Dans les îles

Si l’exercice 19/20 n’avait pas été baptisé Faire Durer, il s’appellerait Archipel. Un ensemble éclaté d’îles inconnues accompagne le graphisme des programmes. Les spectacles seront comme des îles que les spectateurs découvriront successivement. Les trois premières – l’archipel Nord – auront en commun une particularité germanique, leurs auteur(e)s étant respectivement autrichien, allemande et suisse allemande.

D’abord, dès le 3 octobre, Viande en boîte de Ferdinand Schmalz suivra un inspecteur d’assurances qui enquête autour d’un restoroute sur la question d’un taux élevé d’accidents automobiles – d’où le titre – dans le secteur. Joyeux et improbable figurent parmi les adjectifs employés pour qualifier ce texte, qui sera mis en scène par Jean-Louis Johannides.

Dès le 28 octobre, Trop courte des jambes, de Katja Brunner raconte un inceste père-fille, ou plutôt un inceste père-fille raconté par les voisins – qui par définition ne savent rien. La mère préfère ne pas comprendre. La question du couple en pareilles circonstances est posée par une auteure acide et virtuose. La mise en scène sera de Manon Krüttli, jeune aussi, mais déjà spécialisée dans les exercices difficiles, pour ne pas dire casse-pattes.

Dès le 25 novembre, Fräulein Agnès de Rebekka Kricheldorf suit la piste du Misanthrope de Molière, avec une Agnès d’aujourd’hui dont le blog culturel est aussi sévère que suivi. Et qui déteste tout autant ses amis que sa famille. Cette variation sur le modèle, annoncée aussi précise que jubilatoire, sera mise en scène par Florence Minder, et conclura un triptyque germanique sous le signe de la poésie et d’un humour très frais – et même frappé.

 

Appareiller pour Lesbos

Dès le 29 janvier, ce sera le tour, c’est de saison, de l’île sud, Sapphox. Sappho est la poétesse antique de l’île de Lesbos; de ses écrits il ne reste que quelques traces. Des scientifiques la font revivre, et espèrent qu’elle permette au monde de découvrir une œuvre mythique. Mais il s’avère difficile de faire revivre un seul passé. Celui d’une Lesbos touristique aux mœurs relâchées s’invite, tout comme le centre (contemporain) de tri des réfugiés. Ces confrontations, ces télescopages sont l’œuvre de Sarah Jane Moloney, ils seront mis en scène par Anna Lemonaki.

Dès le 17 février, le nord-est est Manifesto(ns)! «Il s’agit de textes très engagés, qui se présentent sous la forme de discours, de lettres, d’adresses, de cris! Des formes brèves qui dégagent aussi une certaine poésie. Ils sont confiés à deux metteuses en scène, Mathilde Aubineau et Sarah Calcine» a expliqué le directeur. «Le détonateur a été l’auteure moldave Nicoleta Esinencu, et son texte American Dream qui aborde la déception des jeunes émigrés de l’Est lorsqu’ils découvrent que les États-Unis ne ressemblent pas du tout à leurs rêves.» Des auteures plus largement célébrées figurent également à ce programme, Marguerite Yourcenar et Elfriede Jelinek.

Dès le 20 avril, Le Poche présentera enfin l’œuvre d’un an d’efforts. Mathieu Bertholet: «Souvent, on me dit: 'Après une journée de travail, je n’ai pas envie de voir ça!' Pour répondre à cette injonction, j’invite une vingtaine de personnes à réfléchir à la pièce parfaite. Nous recherchons des fidèles, ou des personnes qui cherchent une occasion de venir, ou qui ne sont jamais venus. A eux de soulever les bonnes questions et de décider du spectacle qu’ils veulent voir. Il y aura transmission de leur réflexion à des auteur(e)s. Yvan Rihs, metteur en scène, pédagogue, spécialiste de l’accompagnement des projets irréalisables aura la responsabilité de présenter le résultat, La pièce parfaite». Et l’aventure de commencer avec la distribution de bulletins d’inscription! (séance d’info le 18 juin)

Il est parfois difficile de savoir comment une saison théâtrale va se terminer, la question ne se pose pas au Poche: c’est écrit dans le programme, elle se terminera avec La pièce parfaite.

 

Vincent Borcard

 

Découvrez en détail à la saison 2019/2020 du POCHE /GVE sur le site poche---gve.ch

Comédien(ne)s de l’Ensemble pour la saison 2019/2020: Christina Antonarakis, Wissam Arbache, Angèle Colas, Vincent Coppey, Jeanne De Mont, Aurélien Gschwind, Guillaume Miramond, Marie-Madeleine Pasquier, Léa Pohlhammer, Bastien Semenzato et Nora Steinig

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