Publié le 30/06/2019 à 14:54

Le mystère des amants

«Così fan tutte, c’est vraiment Da Ponte! Quand on évoque cet opéra, on parle de buffa. Mais il s’empare du genre, c’est une re-création. Il y a des sentiments violents et beaucoup d’érotisme: Da Ponte vient de Venise, c’est l’ami de Casanova»

 

Du 9 au 13 juillet, Musiques En Eté propose l’une de ses plus belles folies, l’opéra Così fan tutte, de Wolfang Amadeus Mozart et Lorenzo Da Ponte. L’argument est connu, deux jeunes hommes acceptent de défier l’amour que leurs portent leurs fiancées, en tentant, travestis, de séduire chacun la promise de l’autre. L’Alhambra, que l’on attendait frais, sera pour l’occasion chaud-bouillant, car l’histoire n’est guère sage, et plus de deux siècles après la première, personne ne sait encore qui est en couple avec qui lorsque le rideau retombe pour la dernière fois.

Franco Trinca, directeur musical et artistique de L’Opéra de Chambre de Genève (OPCG) éclaire ici sur la complexité napolitaine et vénitienne de l’oeuvre, sur le plaisir que Mozart éprouve à brouiller encore davantage les pistes. Et sur les sous-entendus charnels que multiplient le livret. A découvrir et redécouvrir, un opéra en costumes, Mozart au bonheur du jeu, du désir et de l'amour.


 

 

Qu’est-ce qui a déterminé le choix de Così fan tutte, comme opéra pour ce programme estival?

Parmi les grands opéras de Mozart, Così fan tutte a la particularité de pouvoir être joué sans choeur, qu’avec des solistes. Et puis c’est un opéra-bouffe, un opéra de théâtre, du théâtre pur!


L’intrigue est plus divertissante?

Lorenzo Da Ponte a collaboré sur trois opéras avec Mozart. Si l’on considère les deux autres, Les Noces de Figaro et Don Giovanni, les pièces existaient déjà - la première est une excellente adaptation de Beaumarchais. Mais avec Così fan tutte, c’est vraiment Da Ponte! Quand on évoque cet opéra, on parle de buffa. Mais ce n’est pas la buffa de la comedia del arte ni celle de Goldoni. Il s’empare du genre, c’est une re-création. Nous sommes dans le siècle des Lumières, il y a des sentiments forts. Et beaucoup d’érotisme. Da Ponte vient de Venise, c’est l’ami de Casanova…


L’opéra est donc beaucoup plus «italien»?

Oui, le texte est plein de double sens, Da Ponte joue énormément avec la langue. Et Mozart adore ça, il compose lui-même les récitatifs – ce que Rossini ne faisait jamais -, il joue avec les ambiguïtés du texte, crée des modulations fantastiques. Mozart adorait le théâtre.

 


 

C’est donc bien davantage qu’une intrigue amusante?

Dans les répétitions, nous abordons chaque jour une nouvelle scène, les interprètes saisissent beaucoup plus vite les subtilités du texte, et ce qu’il cache. Il est parfois difficile de l’expliquer précisément, mais les ambiguïtés de la langue et du vocabulaire font que le contexte est souvent sexuel.


Comment, vous, directeur musical, appréhendez-vous cette complexité?

Je suis devenu chef d’orchestre avec l’objectif de diriger des opéras. Et quand je commence à travailler sur une production, je commence avec le texte. J’ai besoin de savoir tout ce qui se passe, les couleurs, les drames. J’inverse la perspective, j’opte pour une démarche en négatif, je me mets dans la peau du compositeur qui part du texte – Puccini disait ne pas pouvoir composer sans texte. Ensuite seulement, je recherche la relation entre la musique et le texte. Rien ne doit être pris à la légère.


Et qu’avez-vous découvert?

C’est un opéra que je connais très bien, que j’aime énormément – c’est la quatrième fois que je le dirige! Ce qui fascine toujours autant, c’est le travestissement des amants. Je vous pose la question: comment est-il possible que les fiancées ne les reconnaissent pas?


Parce qu’il s’agit de théâtre!

Exactement, c’est une convention. Mais elle m’a toujours laissé perplexe. C’est pourquoi nous développons une proposition avec cette mise en scène: les personnages sont des acteurs. Et au début, le travestissement est une leçon de théâtre, ils doivent jouer un rôle. Cela fonctionne très bien avec le texte, et même avec le sous-titre de l’opéra: L’école des amants - La scuola degli amanti.


Une des particularités de l’intrigue est qu’on ne sait jamais très bien si à la fin qui est en couple avec qui.

Oui. Et le dispositif des comédiens permet de mettre en valeur la notion de limite et de la séduction. Aux débuts, ils jouent, mais progressivement, nous n’en sommes plus sûr. Un ami interprète m’expliquait qu’il lui arrivait de jouer des scènes d’amour. Et que, même en étant très concentré sur son travail, il lui arrivait de ne pas pouvoir s’empêcher de tomber amoureux de sa partenaire. C’était une réalité physique. Les protagoniste de Così fan tutte sont confrontés à cela. C’est la grande ambiguïté de cette opéra. Et ni le texte, ni la musique ne souhaitent apporter de réponse claire.


 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Così fan tutte, de Wolfang Amadeus Mozart et Lorenzo Da Ponte
Du 9 au 13 juillet 2019 à l’Alhambra

www.musiquesenete.ch

Direction musicale: Franco Trinca
L’Orchestre de Chambre de Genève

Cataldo Russo et Nicola Fanucchi: mise en scène
Interprétations: Laura Andres, Mashal Arman, Marion Grange, Gustavo Quaresma, Michele Soldo, Matteo Loi


 


 

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