Publié le 26/09/2019 à 11:19

Le Loup ira voir partout

«Une production est toujours un peu casse-gueule. Mais oui, les Compagnies qui participent à notre saison y vont! Et tant mieux, car je crois qu’au Loup nous sommes toujours un peu à l’affût de ces projets-là.»

Le Théâtre du Loup a présenté, mi-septembre, sa saison 2019-2020. Une dizaine de propositions ont été défendues dans une sorte de speed-dating qui laissait quelques minutes à chaque compagnie pour présenter son projet. Les évocations se sont révélées à géométries variables. Entre celles et ceux qui avaient envie de permettre au public d’en savoir plus, et celles et ceux qui semblaient vouloir laisser planer le mystère, le tout a laissé l’impression d’un joyeux kaléidoscope de défis et de propositions originales.

La confirmation est venu avec le spectacle qui a suivi, une variation vigoureuse sur le thème de Phèdre, avec percussionniste et interprète enflammée. Ce Leben Lieben de Yannis Ritsos avec Mélina Martin et Samuel Boutros, émergé au printemps dernier du tremplin pour jeunes artistes C’est déjà demain a enfoncé le clou: le Loup n’a peur de rien. Normal, c’est un loup.

 

 

Ce constat ne dérange guère Eric Jeanmonod, co-directeur du collectif du Loup: «Il n’y a pas de ligne directrice autre que l’éclectisme. Entre le Mahâbhârata (du 20 au 24 novembre 2019), co-accueilli avec le Théâtre des Marionnettes de Genève, et l’adaptation de la BD de Liv Strömquist (Les sentiments du Princes Charles, du 27 mars au 10 avril 2020), il y a de la place.»

 

Des sujets durs avec des gants

Pourtant, les sujets durs présentés sous des atours ludiques, et les approches délicates de thématiques complexes semblent se bousculer dans le programme. Quel regard Eric Jeanmonod porte-t-il sur I Am Not What I Am, qui va transposer Othello dans un vestiaire de club de boxe? «A moins de faire du Feydeau – et encore – une production est toujours un peu casse-gueule. Mais oui, ils y vont! Et tant mieux, car je crois qu’au Loup nous sommes toujours un peu à l’affût de ces projets-là.»

 

 

Les réfugiés côté cuisine

Des exemples? «Je viens de voir passer Robert Sandoz. Il n’a pas parlé de cela dans sa présentation du Dragon d’Or (du 9 au 19 janvier 2020), mais aborder la thématique des réfugiés sous l’angle de leurs conditions de travail, ici, dans les cuisines d’un restaurant thaï, est courageux. Je suis aussi admiratif devant le projet de Je préférerais mieux pas (du 18 février au 1er mars 2020). Déjà sur l’idée de mettre en scène Bartleby de Melville – on a dit oui sur Melville, et ensuite, nous avons découvert qu’ils voulaient réécrire. Il y a dans ce spectacle et dans d’autres qui seront présentés en cours de saison une volonté de faire quelque chose de difficile tout en restant léger.»

 

Début de saison
à dormir debout

Le Loup avait organisé un tirage au sort pour définir les ordres de passage des présentations. leprogramme.ch trahit cette liberté et assume l’ordre chronologique, plus propice pour offrir un éclairage sur les deux premières propositions de la saison….
 

 

 

La Compagnie Passe Muraille répète donc Tango, de Slawomir Mrozek. La comédie de cet auteur polonais, maître contemporain du théâtre de l’absurde, est attendue grinçante. «J’avais rêvé de la monter au Loup, a précisé le metteur en scène Sylvain Ferron. Cette pièce a été peu jouée, une fois il y a longtemps à Kléber-Méleau, je crois. Les répétitions ont commencé et on découvre chaque jour avec jubilation la richesse de ce texte.» Il y sera question de révolution, d’amour, dans un grand rebrassage des valeurs d’hier, d’avant-hier et d’aujourd’hui. Et surtout de liberté, une denrée dont le personnage central s’estime trop pourvu! Chacun est invité à venir y perdre ses repères, du 4 au 20 octobre prochains.

 

Du 1er au 10 novembre, Les 3 points de suspension proposeront un des OVNI du programme: un «divertissement pour subconscient». Avec Squash, il sera question de sommeil et de rêves, dans une comédie musicale pour personne endormie (et son public). La compagnie dit chercher des volontaires de sexe masculin pour incarner le dormeur! Les théories scientifiques – les dernières, forcément – et l’analyse anthropologique sont conviées. Les mots «sexe» et «mathématiques» figurent au lexique de ce spectacle qui entend visiter et valoriser cet espace secret qu’est le sommeil. D’après le comédien et infirmier Etienne Sublet, «Le sommeil est quelque chose de très mystérieux. Nous n’y comprenons pas grand-chose alors même que nous y passons un tiers du temps de notre vie – à disparaître ainsi en nous-même.»Il n’était que temps que le théâtre se positionne sur cette énigme!

 

Vincent Borcard

 

Théâtre du Loup
Informations, réservations

 

Premier spectacle, Tango, de Slawomir Mrozek, une création de la Compagnie Passe Muraille, du 4 au 20 octobre 2019
Avec David Gobet, Yasmina Remil, François Nadin, Dominique Gubser, Nathalie Cuenet, Mathieu Delmonté, Matteo Zimmermann, et les musiciens Benjamin Vicq et Marc Berman

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