Publié le 08/11/2019 à 13:31

Le LME poursuit sa quête

"La création évolue dans plusieurs supports, comme celui de la littérature, celui de la chorégraphie, la peinture. Cet héritage est multiple. Notre motto De la lettre à l’esprit nous interroge ainsi sur cette réflexion"

 

Le Lemanic Modern Ensemble a ouvert sa saison 2019-2020 à l’occasion du Concours de Genève, où il a interprété les œuvres des trois finalistes du concours de composition. Dès le 11 décembre, les concerts d’abonnement donneront lieu à quatre productions, avec chaque fois un concert à Annemasse et un à Genève, suivant l’identité transfrontalière du LME. Sept créations sont au programme d’une saison baptisée De la lettre à l’esprit au cours de laquelle la musique peut dialoguer autant avec la littérature – une pièce de Kaija Saariaho en relation avec Saint-John Perse (les 11 et 12 décembre) – qu’avec la peinture - Éric Montalbetti en phase avec Sonia et Robert Delaunay, les 3 et 4 juin 2020.

Le LME poursuit également son travail de relecture de grands compositeurs, avec un programme consacré à Gustav Mahler, les 5 et 6 février, et un concerto pour piano de György Ligeti, les 3 et 4 juin. Visité guidée avec le co-directeur Mathieu Poncet.

 

 

 

Le Lemanic Modern Ensemble a ouvert sa saison en participant au Concours de Genève, où il a interprété les œuvres pour hautbois et ensemble des trois finalistes du concours de composition. Comment se prépare un événement de ce type?

Je tiens tout d’abord à dire que le LME est ravi de cette collaboration. Pour la préparation du concert, il y a eu en amont un travail de lecture, notamment par le chef d'orchestre Pierre Bleuse. Puis, un travail de fond a été accompli à l’Auditorium d’Annemasse avec les compositeurs Daniel Arango Prada, Hyeon Joon Sohn et Hinako Takagi. Il s’agissait, d’abord sans les solistes, de comprendre leurs esthétiques, leurs grammaires – a l'image de l'intonation, du mode de jeu. Les trois solistes nous ont rejoint mercredi.

 

Vos premiers concerts d’abonnement, les 11 et 12 décembre conservent le lien avec le Concours, puisque le LME interprétera une œuvre de la présidente du concours de composition Kaija Saariaho. Mais comment s’opèrent ces choix?

C’est un travail de groupe – un peu notre utopie – qui réunit les deux chefs William Blank et Pierre Bleuse, ainsi que les trois co-directeurs Jean-Marc Daviet, Jean-Marie Paraire et moi-même.
Pour ce programme, nous avons le plaisir d’accueillir Victor Julien-Laferrière, lauréat des Victoires de la Musique classique. Il interpretera Spins and Spells pour violoncelle solo de Kaija Saariaho. Puis le concerto Amers pour violoncelle et Ensemble, inspiré de Saint-John Perse. Le comédien Carlo Brandt en lira quelques extraits.
Nous reprenons également Monodie pour ensemble de Georg Friedrich Haas qui propose une orchestration claire-obscure, puis lumineuse.
Nous terminerons avec Presto Sostinato pour ensemble de Dieter Ammann. Ce sera un grande pièce assez forte, une sorte d’extase.

 

La référence à la littérature, ici celle de Saint-John Perse, est récurrente dans les programmes du LME. Votre saison 2019-2020 s’intitule d’ailleurs De la lettre à l’esprit.

Nous sommes plusieurs à avoir un lien privilégié avec la littérature. Et nous avons des discussions sur des projets tels que celui-ci au sein de la commission artistique. Le but n’est pas de créer des attrapes-mouches pour mélanger les publics, mais bien davantage de s’interroger sur notre être multiple. La création évolue dans plusieurs supports, comme celui de la littérature, celui de la chorégraphie, la peinture. Cet héritage est multiple. Notre motto De la lettre à l’esprit nous interroge ainsi sur cette réflexion hégelienne, qui est de dire que la parole précède la pensée. On s’interroge sur les phénomènes psychologiques, culturels et politiques, qui engendrent la création.

 

Les 5 et 6 février, l’héritage sera musical, puisque le programme s’articule autour des échos mahleriens.

Nous poursuivons à cette occasion notre projet de relecture de ses œuvres. Rappelons-nous le chef d’orchestre, compositeur, directeur qui, à Vienne, au moment de mourir, s’écrie: «Mais si je meurs, qui s’occupera du jeune Schoenberg?» Avec lui, comme avec Richard Strauss, nous ne sommes jamais très loin d'Arnold Schoenberg. L’idée est de s’interroger sur ce compositeur tel un pivot de la modernité, sur son influence et ses échos. Pour cela nous avons demandé à Nadir Vassena une nouvelle version de certains Lieder tirés du Knaben Wunderhorn, ces chants médiévaux qui ont traversé les âges germaniques. Ils seront alors mis en perspective avec Issei No Kyo pour soprano et ensemble de Hans Zender.

 

Au printemps, nous retrouverons le LME au programme du festival Archipel.

Nous aurons la chance de poursuivre notre collaboration avec Yann Robin, après une première œuvre, Übergang II, commandée la saison dernière. Le LME interprétera une nouvelle création, Quarks II pour violoncelle solo et ensemble - après Quartz I joué très récemment par l’OSR -, ceci interprété par le violoncellist solo Eric-Maria Couturier, de l'Ensemble intercontemporain. En écho à cette œuvre, nous présenterons Mémoire/Erosion de Tristan Murail, un des pères de la musique spectrale que nous aimons énormément. Et nous avons souhaité présenter une œuvre de Karlheinz Stockhausen. Les moyens mis en œuvre dans Mikrophonie témoignent de l'engagement du compositeur face aux champs électroacoustique naissant.

 

Vous proposerez encore une création à l’occasion des derniers concerts d’abonnement de la saison, les 3 et 4 juin?

Ce qui, en comptant les œuvres des finalistes du Concours de Genève, fera sept créations pour cette saison. Ici, Éric Montalbetti poursuit une démarche voisine de celles des arts plastiques. Avec Fenêtres sur la Ville, il s’est intéressé aux œuvres de Sonia et Robert Delaunay. Nous proposerons également une grande fresque de Magnus Lindberg, Corrente pour ensemble. Ainsi que le concerto pour piano de György Ligeti, qui sera interprété par Lorenzo Soulès, lauréat 2012 du Concours de Genève. Nous poursuivons, comme avec Gustav Mahler, un travail d’exploration de l'oeuvre concertante de Ligeti. En but de réunir nos interprétations dans un recueil discographique.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

Le programme détaillé de la saion 2019-2020 sera bientôt en ligne sur le site lemanic-modern-ensemble.net

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