Le Grütli en mode soutien aux compagnies et ouverture saisonnière

«Le Grütli - Centre de production et de diffusion des Arts vivants.» En lettrage rouge sur fond blanc, le teaser se révèle riche de promesses.

 

Au «Grütli. Centre de production et de diffusion des Arts vivants», les deux co-directrices Barbara Giongo et Nataly Sugnaux-Hernandez fondent leur action sur le soutien aux compagnies de la région tout en offrant un bel éventail de créations et accueils en ouvrant ses salles aux expressions multidisciplinaires et dansées. Une première «micro-saison» allant jusqu’en décembre explore le genre, la philosophie appliquée au quotidien et les identités. Un GrütliPass permet de découvrir l’ensemble des spectacles de la saison pour la modeste somme de 100 CHF avec un accès illimité à toutes les représentations.

En ouverture de saison, Happy Island réunit la chorégraphe baroque La Ribot et le chorégraphe portugais Telmo Ferreira, qui travaille avec des artistes en situation de handicap. Cette création conjoint alphabet gestuel et langage cinématographique. Pour dévoiler des corps rarement vus sur une scène de danse au cœur d’un imaginaire burlesque, kitsch et mythologique.

En fin de saison, prendra place la Biennale Out of the Box. Manifestation unique en terre romande, elle offre des créations caractérisées par l’inclusion d’artistes avec un handicap. Cela, sans qu’une communauté d’esprit ou d’intentions puisse nécessairement relier ces réalisations contrastées.

 

Identités interrogées et bouleversées

Là encore sans volonté fédératrice explicite, plusieurs spectacles rencontrent la thématique du genre. En témoigne le troublant Paysage intérieur brut, monologue à identités multiples qui sera recréé. L’extraordinaire comédienne Michèle Gurtner y suit le mouvement intérieur de Bernadette. Elle nous emporte, non sans humour et lucidité, au cœur de ses sensations face au monde du travail hiérarchisé et aux rôles stéréotypés de «la trinité mère-fille-épouse».

EF-Feminity, lui, part d’un rêve d’enfance, celui de deux chorégraphes d’être filles. Le duo se déplace en Inde où s’est développée une tradition de genre non binaire. Soit la non obligation de cocher la case féminine ou masculine pour exister au quotidien.

Pour leur part, les dès 4 ans et le tout public sans limite d’âge arpenteront avec bonheur Tout à Verlan. La fable imagine des figures féminines, les héroïnes. Elle renverse les contenus culturels tout droit surgit des rôles archétypaux attribués en société. Le burlesque a rendez-vous avec la poésie pour secouer astucieusement le marronnier des idées reçues.

 

Cogitons ensemble

Plusieurs séries théâtrales philosophiques et ludiques sont appliquées à la vie et ses interrogations quotidiennes. Un gai savoir en éveil anime ainsi Faire le Gilles. L’homme de théâtre Robert Cantarella reprend les cours de cinéma du philosophe français Gilles Deleuze. D’où l’impression d’une intelligence fraîche toute à sa jubilation d’inventer sur le vif.

Comment rendre tangible les idées philosophiques? De celles qui peuvent servir de trousse de secours pour penser/panser un quotidien blessé par le manque de sens. Un duo hors pair formé par Jean-Louis Johannides et Vincent Coppey tente d’exaucer ce désir de philo pratique comme le fait, à sa manière, le philosophe valaisan Alexandre Jollien. Pourquoi ne pas faire halte à leur Cogitoscope, pour mieux comprendre ce qui se passe dans une société si complexe?

Tour d’horizon essentiellement de la première des mini-saisons (jusqu’en décembre 2018), les autres étant présentées ultérieurement, avec les deux co-directrices, Barbara Giongo et Nataly Sugnaux-Hernandez, qui unissent leurs voix au fil des réponses. La première a collaboré, pour la production et la diffusion, avec la Compagnie L’Alakran de l’agitateur théâtral oscillant entre regard lucide porté sur des univers intimes et extravagance, Oscar Gómez Mata. La seconde a œuvré dans les mêmes fonctions au sein de la Compagnie Yan Duyvendak, une référence européenne de la performance et de l’art-action à visée sociale et politique.

 

Qu’avez-vous puisé dans votre «boîte à outils» développée auprès de L’Alakaran et de Yan Duyvendak?

Barbara Giongo et Nataly Sugnaux-Hernandez: Ces deux compagnies helvétiques sont parmi celles qui tournent le plus à l’international. Notre pratique y a été de suivre tout projet artistique, théâtral, chorégraphique, performatif (ou les trois mêlés) dès son origine. Ce, afin d’en assurer la production en architecturant partenariats et subventionnements publics et privés, la diffusion été le rayonnement, en étroit dialogue avec les artistes.

Nous offrons une activité de conseils qui permet d’aiguiser les possibles pour les artistes. Au bénéfice d’un réseau étendu et d’une expérience pratique affinée au plan suisse et européen notamment, nous comptons soutenir les compagnies. Le rythme? A raison d’une fois par semaine au gré d’un espace d’accueil mis à disposition à cet effet au 2ede la Maison des Arts du Grütli. Manière de renouer avec les missions et buts de l’institution, Le Bureau des Compagnies aidera ainsi les troupes de la région à s’orienter dans les démarches tant administratives que logistiques, et trouver des partenaires. En fonction des projets et des moments, où s’adresser, donc.

De surcroît, ce que nous pouvons proposer à nos désormais collègues programmateurs-trices, fait immédiatement sens chez eux-elles, sentant que l’offre du Grütli apportera un plus à leur offre saisonnière, festivalière. C’est le fruit d’une pratique déployée sur le long terme au gré d’expériences artistiques et productives toujours renouvelées.

 

Comment cela se traduit-il en termes de spectacles?

Soulignant que «l’érudition» ne doit pas se substituer à l’émotion et au questionnement, à la surprise et au plaisir ludique, notre programmation affiche clairement son ouverture dynamique à la création et l’accueil chorégraphiques. En témoignent la première création du tandem La Ribot - Ferreira, Happy Island présentée dans le cadre de La Bâtie-Festival de Genève. A leurs yeux, danser est moins l’expression de sentiments ou d’un savoir-faire ou d’une «danse-éducation» que témoignage d’états bruts, de rêves vécus entre vie et art. Où l’être et l’île de Madère viennent à fusionner sur un plateau devenu arène augmentée par l’image filmique de paysages par instant surréels. Le toucher et le contact physique y prennent une dimension toute poétique, identitaire et imaginaire.

Danseuse et chorégraphe, Ligia Lewis interroge les métaphores et les inscriptions sociales du corps à travers des œuvres affectives. Au détour de Water Will (in Melody), s’affirme un corps à corps avec le langage et l’idée de volonté, en partant du mélodrame. Avant de dériver vers une fantaisie fantastique privilégiant les sensations d’infini et d’instabilité dans un esprit joueur. Pour EF-Feminity présenté en collaboration avec le Festival Everybody’s perfect, le binôme Marcel Schwalb et Chris Leuenberger questionnent la féminité et l’activisme queer, (qui lutte contre la stigmatisation sociale touchant les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres). Ce, par la forte présence de performeurs et danseurs indiens notamment.

Suivra la chorégraphe et danseuse Raphaële Teicher, que l’on a vue chez Foofwa d’Imobilité ou la Cie Alias à Genève, prélude à un parcours créatif en duo et trio entamé depuis 2007. Au Grütli, elle explore, par le filtre de corps réactifs, le thème de la violence après avoir arpenté avec bonheur le sacrifice, l’envie et la normalité.

 

Vous avez pensé l’annonce de votre saison en plusieurs étapes…

En trois mini-saisons, dont la première court jusqu’en décembre, Le Grütli offre un nombre peu ou prou égal de représentations à celui de saisons antérieures en ces lieux. Elles sont réparties en les deux salles habituelles. Avec la volonté de ménager un temps de plateau conséquent aux créations en répétitions. Ce qui a un impact souvent déterminant sur la qualité du spectacle proposé aux publics. Sans taire l’apparition d’un laboratoire scénique ouvert à des vents créatifs impromptus, dont les rendez-vous productifs seront annoncés hebdomadairement sur le site et les réseaux sociaux.

Au gré de la saison, les comédiens Céline Nidegger et Bastien Semenzato proposent au 2e étage du Grütli, une Bibliothèque ou archive vivante réunissant des projets scéniques non réalisés. Ces souhaits créatifs comme utopies s’enrichiront notamment grâce aux échanges menés avec les artistes programmés.

Le public, lui, peut bénéficier d’un GrütliPass pour découvrir en mode illimité toutes les représentations de 2018-19 au prix très doux de 100 CHF. Soit moins de 5 CHF par entrée. C’est une forme de «sésame» saluant l’audace à la curiosité pour chaque suggestion artistique. Et sur laquelle chaque spectateur-trice peut revenir à plusieurs reprises.

Les Arts vivants ne sont-ils pas une déclinaison essentielle autour des réalités que sont le partage et la transmission? Le mélange et le dialogue, tant dramaturgique que formel et social, entre les expressions artistiques ne sont-ils pas devenus des pôles singulièrement féconds et inventifs des scènes contemporaines?

 

Propos recueillis par Bertrand Tappolet

 

Découvrez la saison 2018-2019 du Grütli – Centre de production et de diffusion des Arts vivants sur le site www.grutli.ch

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19