Publié le 14/05/2019 à 11:27

Le Grand Théâtre va "Oser l’espoir"

«Il faut faire des choix créatifs et penser 'Out of the box'. Il faut faire bouger les frontières de cette forme d’art. Car l’opéra est la fusion de tous les arts.»

 

Le Grand Théâtre de Genève et son nouveau directeur Aviel Cahn, ont présenté leur saison 2019-2020, le 2 mai dernier. Neuf opéras, quatre ballets, deux titres pour jeune public seront produits. Aviel Cahn a insisté sur l’importance accordée au contemporain, avec cinq titres, dont Einstein On The Beach, de Philipp Glass, qui ouvrira les feux, dès le 11 septembre. Des thématiques contemporaines – diversité, tolérance, religion – traverseront la saison, qui se terminera avec Saint-François d’Assise, d’Olivier Messiaen, à la fois œuvre gigantesque et défi colossal qui n’est qu’à la portée des plus grandes maisons, ont témoigné, émus, Jonathan Nott de l’OSR qui en assurera la direction musicale, et Aviel Cahn.

Le Grand Théâtre fait sa mue sur plus d’un plan. Il change de logo, propose un nouveau site Internet – gtg.ch – et va populariser son acronyme. Tous au gétégé!

 

Aviel Cahn arrive à Genève, auréolé d’un International Opéra Award 2019 attribué à l’Opéra des Flandres, qu’il aura dirigé pendant dix ans. En conférence de presse le 2 mai dernier pour présenter sa première saison, il a rebondi sur cette récompense pour se projeter sur son projet genevois. «Pour une petite maison comme celle d’Anvers, ce n’est pas rien d’être désignée meilleur opéra du monde, devant notamment Paris et Vienne. Nous avons réussi cela en faisant des choix créatifs, en pensant «out of the box». Il faut savoir faire bouger les frontières de cette forme d’art. Car l’opéra est la fusion de tous les arts, il faut donc être ouvert pour les laisser entrer.»

Il adoptera une méthode de travail et de réflexion semblable à Genève. Elle s’incarnera dans de nombreuses collaborations avec d’autres institutions musicales du Canton. Mais aussi des théâtres, des musées… et le CERN! «Il faut rayonner avec ces institutions, passionner, mais aussi challenger les amateurs d’art lyrique. Et aussi intéresser des gens qui n’ont pas le Grand Théâtre sur leur radar.»

Une maison d’opéra coûte cher a-t-il été rappelé. «Mais elle ne peut avoir de la valeur que si elle est pertinente pour notre société, pas si elle ne concerne qu’un cercle fermé d’amateurs de compositeurs morts depuis longtemps. L’institution doit s’inscrire dans le monde d’aujourd’hui et de demain, dans la diversité de la société d’aujourd’hui. Genève est une ville qui peut inspirer une programmation. Celle-ci est faite sur mesure pour cette ville et cette région.»

Et de présenter le nom de la saison, Osez l’espoir: «Nous vivons dans un monde de négativisme. Le devoir de l’art est de sortir de ces cercles vicieux. Pour moi Genève est une ville d’espoir, de pensée humanitaire, une ville de pensée religieuse, de fortunes aussi…» Et de promettre une cohérence entre les différentes œuvres qui seront montées, et se répondront les unes aux autres au travers des thèmes privilégiés.

Le programme présenté incarne ces professions de foi avec beaucoup de panache. Avec d’abord un phare de la musique contemporaine, Einstein on The Beach de Philip Glass (du 11 au 18 septembre), monté pour la première fois en Suisse, à l’interprétation duquel participeront des étudiants de la Haute école de musique de Genève (HEM). Une toute nouvelle mise en scène sera signée de Daniele Finzi Pasca, qui présentera une autre facette de son talent, après avoir travaillé sur La Fête des Vignerons (!). Il devrait conjuguer une pensée sur la science et le cirque… Ce spectacle est également porté par des collaborations avec le CERN et la Bâtie.

Le contraste avec le deuxième spectacle, Aida de Giuseppe Verdi (du 11 au 22 octobre), est assumé. Aviel Cahn: «Pour moi, l’inspiration est ici le cœur de cette œuvre, la Marche triomphale et la présentation des prisonniers de guerre»… Qui doit permettre d’accrocher les Conventions relatives au traitement des prisonniers de guerre, un parallèle à concevoir «avec des points d’exclamation», précise le directeur. La mise en scène de Phelim McDermott, déjà présentée à Londres, a également recours à l’acrobatie, point commun avec le Einstein on The Beach attendu.

Ouvrons ici une parenthèse pour préciser que cet Aida ira aussi «on the beach», ou en tout cas pas très loin. Le 19 juin 2020, le spectacle, filmé, sera projeté gratuitement en soirée sur grand écran au Parc des Eaux-Vives. Cette action grand format dit la volonté de la direction de faire sortir l’institution de la Place Neuve – et d’inviter Genève à se sentir à la maison en ses murs. Sous l’appellation La Plage, un riche programme de bords de scène, d’événements, de concerts inattendus est promis. Dès le 7 septembre autour de Einstein à la Plage. Fermons la parenthèse!

Orfeo, de Monteverdi (28 et 29 octobre) doit se présenter dans une forme hybride, à la fois classique et iconoclaste, avec une direction musicale et une mise en scène de Ivan Fischer.

Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau (du 13 au 29 décembre) et les voyages au Mexique et en Inde qu’il met en scène, renvoie à «des Nations Unies exotiques», selon Aviel Cahn. L’opéra doit ouvrir à la réflexion sur la diversité selon le directeur musical Leonardo García Alarcón. La collaboration la plus attendue s’établit cette fois-ci avec le Ballet du Grand Théâtre. Une première, pratiquement sur pieds d’égalité. «J’attendais cela depuis 2003», a confirmé le directeur de la compagnie Philippe Cohen. Une confiance, un élan qui permet aussi au Ballet de donner sa chance à un jeune chorégraphe non-conventionnel, Jérémy Tran – Ce qu’il nous reste, du 6 au 14 juin. En plus de productions d’artistes confirmés comme Anne Teresa De Keersmaeker – The Six Brandenburg Concertos, du 20 au 23 février –, et du triptyque Minimal Maximal au sein duquel se déclineront les propositions de Sidi Larbi Cherkaoui, Andonis Foniadakis et Ioannis Mandafounis, du 10 au 17 novembre 2019.

Notre présentation sommaire de la première demi-saison déborde d’un mois pour évoquer une Entführung aus dem Serail de Wolfang Amadeus Mozart (du 22 janvier au 2 février) hors-norme, qui sera mis en scène par un homme de théâtre, Luk Perceval. Selon Aviel Cahn, les textes parlés posent problème aujourd’hui. Ils seraient ridicules, voire racistes. Il a donc été décidé d’en confier la réécriture à l’écrivaine et journaliste Aslı Erdoğan, porte-parole des kurdes en Turquie, emprisonnée pour ses écrits – qui a également rédigé l’éditorial du programme de la saison du Grand Théâtre.

En 2020, la saison d’opéra se poursuivra avec Les Huguenots, de Giacomo Meyerbeer (du 26 février au 8 mars), qu’Aviel Cahn s’étonne d’être le premier à programmer à Genève! Avec une création mondiale, Voyage vers l’espoir, Christian Jost (du 30 mars au 8 avril), d’après le film oscarisé de Xavier Koller. La Cenerentola, dramma giocoso de Gioacchino Rossini (du 4 au 20 mai) et se terminera en apothéose avec Saint-François d’Assise, d’Olivier Messiaen (du 26 juin au 5 juillet), sous la direction musicale de Jonathan Nott, de l’OSR.

 

Vincent Borcard

 

Découvrez en détail la saison 2019/2020 du Grand Théâtre de Genève sur le nouveau site www.gtg.ch

L’Orchestre de Chambre de Genève - Destination Tango