Publié le 30/09/2017 à 13:40

Le Concours de Genève dévoile ses finalistes

«La musique classique, comme toutes les formes d’art, doit trouver sa forme contemporaine»

 

Les Coréens Jaehyuck Choi et Hankyeol Yoon et l’Israélien Yair Klartag sont les trois lauréats en composition du 72ème Concours de Genève qui se déroulera en public le 26 novembre au Studio Ernest-Ansermet. Examinées depuis le mois de juin, 67 partitions d’œuvres pour clarinette solo et orchestre ont été anonymement évaluées par un jury d’experts aux sensibilités variées. Du 23 novembre au 3 décembre, de nombreux concerts borderont la finale de composition avec le Festival des Lauréats, initié en 2013 en même temps que la composition rejoignait les rangs des disciplines du concours, et un concert anniversaire pour les 60 ans de la Fédération Mondiale des Concours Internationaux de Musique, également basée dans la cité de Calvin. Des précisions sur ce concours pour ainsi dire institutionnel avec Didier Schnorhk, qui en est le secrétaire général depuis 2000.

 

A l’honneur cette année: la composition, un prix initié en 2013 qui poursuit la tradition du Prix Reine Marie José.

Ce prix de composition a été fondé en 1959 à Genève avec le soutien de l’ex-reine Marie José d’Italie qui a résidé dans la région une grande partie de sa vie. En digne héritière de sa mère, qui fonda en 1937 le Concours Musical International Reine Élisabeth de Belgique, elle avait envie de faire quelque chose pour l’art et la musique en particulier. A son décès, la fondation qui s’en occupait nous a demandé si nous souhaiterions reprendre l’organisation de ce concours. Ce que nous avons accueilli avec joie, cela nous permettant ainsi de diversifier notre offre et notre projet culturel, tout en faisant perdurer une tradition, toujours soutenue par la fondation. Car parmi les concours, peu sont à destination de la composition en musique classique alors que celle-ci a cruellement besoin de se réconcilier avec son versant moderne.

La contemporanéité dans la musique est quelque chose de très difficile et de souvent mal perçu par le public. Nous pensons donc qu’il faut la démocratiser en la faisant mieux connaître et en l’actualisant. La musique classique, comme toutes les formes d’art, doit trouver sa forme contemporaine. Il faut continuer à jouer ce qu’ont créé nos pères, mais il faut aussi jouer ce que les musiciens écrivent aujourd’hui dans une langue actuelle, certes très différemment du passé, mais de la même manière que l’art contemporain se distingue des productions précédentes.

 

D’où vient le succès du Concours de Genève et sa renommée?

C’est un des plus anciens concours au monde, l’un des trois à avoir été fondés avant la deuxième guerre mondiale avec Bruxelles et Varsovie. Cette ancienneté lui confère une renommée importante et dans son histoire s’inscrivent aujourd’hui des grands noms du monde de la musique.

Dès ses débuts, ce concours a également pu compter sur le soutien des autorités de la ville et de l’état, de radio Genève, puis de la RTS, comme c’est le cas aujourd’hui encore.

 

En juin, trois finalistes ont été sélectionnés parmi 67 candidats venant du monde entier. A quelles qualités le jury doit-il être sensible?

C’est le cœur de nos préoccupations, car comme toute forme d’art, une certaine subjectivé est inévitable puisqu’elle relève de la sensibilité de chacun. Pour cette raison, les membres du jury que nous choisissons sont tous des compositeurs connus et reconnus par la profession, dont l’esthétique est très intéressante et représente des écoles et des horizons différents.

Cette année, la lourde tâche du choix est revenue à Matthias Pintscher (Président), Unsuk Chin, Xavier Dayer, Magnus Lindberg et Ichiro Nodaïra. En grands professionnels de leur art, ils s’attachent d’abord à regarder le métier, très souvent considéré par les compositeurs eux-mêmes comme un artisanat. Comme un charpentier qui devra dessiner les plans de l’ouvrage et les réaliser. En musique, il faut également coucher ses idées sur le papier et trouver un langage personnel et novateur pour le faire. La musique est diverse, l’important c’est la maîtrise de son art et la qualité avec laquelle on va la restituer.

 

 

Qui sont exactement les trois finalistes dont le public pourra découvrir les œuvres le 26 novembre prochain?

Sur trois finalistes, deux sont coréens, ce qui en soi n’est pas si étonnant puisqu’ils sont très nombreux à se présenter au Concours de Genève chaque année. Avec de grandes écoles, la Corée du Sud est sans doute l’endroit au monde où les musiciens sont le mieux formés et où le goût de l’étude et de la compétition est naturel. A 22 et 23 ans, les deux sont également chefs d’orchestre. Le dernier finaliste est israélien et tous trois ont déjà beaucoup d’expérience et leur niveau d’excellence en font des profils-types de notre concours.

Premier prix au Concours Eumyoun, Hankyeol Yoon s’est formé à la Yewon School of Arts avec Kyu Yung Chin avant d’entrer en 2011 à la Haute École de Musique de Munich, en Allemagne, où il poursuit ses études auprès d’Isabel Mundry.

Jaehyuck Choi a grandi à Séoul avant de poursuivre ses études à la Juilliard School de New York avec Matthias Pintscher, où il étudie encore. Lauréat de nombreux prix de composition aux États-Unis et en Corée, le jeune compositeur a déjà été enregistré par Ablaze Records, Neu Records et Saman Samadis.

L’Israélien Yair Klartag a étudié la composition avec Ruben Seroussi à l’Université Buchmann-Mehta de Tel-Aviv, puis avec Georg Friedrich Haas à Bâle et à l’Université Columbia à New York, où il est actuellement doctorant en composition. Récipiendaire de nombreuses bourses d’étude comme le STV-KHS Studienpreis ou la Bourse fédérale suisse, il est également lauréat du Prix de composition de Stuttgart, du Concours Irino (Japon), du Concours Ireneu Segarra (Espagne) et du Prix du public du Concours Isang Yun (Corée du Sud).

Les trois œuvres pour clarinette et orchestre que le jury devra départager seront interprétées par L’Orchestre de Chambre de Genève et l’Orchestre de la HEM-Genève sous la direction de Pierre Bleuse.

 

A quel point coachez-vous, pour utiliser un mot contemporain, ces "jeunes" participants (nés après 1977) avant et après le concours?

Le coaching intervient principalement après le concours. Pendant deux ans, nous nous engageons à soutenir nos lauréats, cela dit il n’est pas rare que nous gardions toujours des liens par la suite. Nous leur proposons un certain nombre de prestations à la demande, qui peut aller de la simple discussion entre aiguillage et dissipation de doutes, à l’encouragement d’aller explorer de nouvelles voies, comme élargir leur répertoire pour les instrumentistes ou, pour les compositeurs, à leur mise en contact avec des orchestres, des festivals ou d’autres organisateurs d’événements.

Nous leur permettons de rencontrer des experts, comme un spécialiste des droits, d’auteurs, de l’interprète ou de l’édition par exemple. Nous leur fournissons une sorte d’initiation professionnelle personnalisée pour sonder leur désir profond. Car ce qui est important, c’est de les aider à réaliser la carrière dont ils rêvent et non de leur dire: «il faut faire comme ci ou comme ça». Il n’y a pas de vérité absolue, mais peut-être des pièges parfois, que nous tentons de leur faire éviter. D’autant que la concurrence est de plus en plus rude, non seulement parce qu’il y a toujours plus de demande, mais aussi parce qu’aux exigences demandées aujourd’hui dans ce domaine, s’ajoute la capacité à savoir naviguer dans le monde moderne de l’image et de la communication, dont notamment les réseaux sociaux font partie et demandent un grand investissement personnel. Une situation très complexe qu’on retrouve par ailleurs dans tous les milieux. Nous leur offrons donc un temps précieux pour approfondir leur personnalité.

 

Tous les deux ans depuis 2013, un festival est d’ailleurs consacré aux lauréats du Concours de Genève, mais aussi d’autres concours internationaux.

Entre les tournées et les concerts que nous les aidons à réaliser, c’est un événement qui leur est totalement dédié. Nous dégageons une thématique qui cette année est le chant. Si nous leur offrons du travail, il s’agit surtout qu’ils créent une communauté entre eux. Pour le public genevois, c’est toujours très émouvant de revoir quelques années plus tard une personne que vous avez vue à ses débuts. Comme nous sommes membre de la Fédération Mondiale des Concours Internationaux de Musique (FMCIM), nous faisons appel aux lauréats des autres concours internationaux pour compléter la distribution des concerts, restant ainsi pleinement dans notre cœur de cible.

Le festival débutera par un concert de gala le 23 novembre au Victoria Hall, une grande soirée lyrique durant laquelle Jesús López Cobos dirigera l'Orchestre de la Suisse Romande.

 

La Fédération Mondiale des Concours Internationaux de Musique a choisi de célébrer ses soixante ans aux côtés du Concours de Genève, un symbole fort?

Bien entendu, Genève a été un des douze membres fondateurs en 1957! Nous sommes très heureux d’accueillir cet événement le 3 décembre à travers les Concerts du dimanche, organisés par la Ville au Victoria Hall. Le violoniste Ray Chen et le pianiste Andrey Gugnin accompagnerons pour l’occasion L'Orchestre de Chambre de Genève sous la direction de Miran Vaupotić dans un magnifique programme autour de Chopin, Bach et Mozart.

En insérant cet événement dans la programmation des concerts qui entourent le Concours de Genève, nous rappelons que ce dernier n’en est qu’un parmi de nombreux autres et qu’il fait partie d’une grande et prodigieuse famille.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

72ème Concours de Genève, Prix de composition et Festival des Lauréats du 23 novembre au 3 décembre 2017.

Programme complet, renseignements et réservations au +41.22.328.62.08 ou sur le site www.concoursgeneve.ch