Publié le 30/04/2018 à 11:34

Le chef Arie van Beek dévoile la saison 18/19 de L’Orchestre de Chambre de Genève

«L’orchestre est un musée dans lequel se trouvent des pièces éternelles, comme un Vermeer ou un Rembrandt, et où ont lieu des expositions temporaires, dans l’air du temps.»

 

Arie van Beek a le contact et l’humour facile et la saison 18/19 de L’Orchestre de Chambre de Genève (L’OCG) en est pétri. Depuis 2013, le chef d’orchestre crée des saisons aux thèmes variés, qu’il peaufine en composant un programme fourni et inventif pour chaque Concert de soirée, au nombre de six cette saison. Les talents internes de l’orchestre auront la part belle, en particulier lors du deuxième de ces Concerts de soirée intitulé Comme à la maison, qui réunira le timbalier Sergi Sempere et la violoncelliste en résidence Estelle Revaz dans la création d’une nouvelle pièce commandée au compositeur et second basson de L’OCG Ludovic Thirvaudey. On retrouvera également Les Quatre heures d’Arie, un programme court et ludique imaginé par le chef pour les familles et un Concert de Noël au soleil, puisqu’il prendra cette année des accents cubains avec l’Ensemble Siga Volando entouré d’un duo de danseurs enflammés.

De nombreuses collaborations artistiques locales et régionales seront au rendez-vous dès cet été, en commençant par le Festival Les Athénéennes le 9 juin à l’Alhambra avec le chef Wilson Hermanto et le pianiste Sergei Babayan. Petit tour d’horizon avec Arie van Beek à la tête des trente-huit musicien-ne-s permanent-e-s de L’OCG.

 

Comment décririez-vous en quelques mots cette sixième saison que vous avez composée?

J’essaie toujours de construire une saison très variée. Imaginez l’orchestre comme un musée dans lequel se trouvent des pièces éternelles, comme un Vermeer ou un Rembrandt, et où ont lieu des expositions temporaires, dans l’air du temps. Il n’y a donc pas de fil rouge sur la saison, mais chaque programme de soirée reflète un thème principal que je développe, alliant passé et présent avec cohérence. Par exemple, notre troisième soirée de concert, intitulée Drames & sérénité, s’inscrira sous le signe du romantisme avec Schumann, Tchaïkovsky, et Mendelssohn, là où on ne les attend pourtant pas forcément. Côté tradition, l’orchestre interprétera sous la baguette de Simon Gaudenz le fabuleux Concerto en ré majeur pour violon et orchestre de Tchaïkovsky avec le violoniste Amaury Coeytaux. Du côté de Schumann et de Mendelssohn, deux œuvres peu jouées, respectivement l’Ouverture de Hermann et Dorothée, qui contient notamment l’hymne de la Marseillaise, et la Symphonie n° 1 en do mineur, qui est un vrai chef-d’œuvre au même titre que les Symphonies n°3 et n°4, souvent données en concert.

 

Une saison à l’image des deux premiers concerts de soirée intitulés Flûte, alors! et Comme à la maison.

Pour le programme de la soirée Flûte, alors!, je suis parti du concerto pour flûte de Philippe Hersant, Dreamtime (2013), où la flûte, en soliste, évoque la création du monde selon les croyances et les chants des aborigènes d’Australie. Une pièce géniale que je souhaitais absolument reprendre avec L’OCG et en invitant le flûtiste genevois Sébastien Jacot. En contrepoint j’ai choisi l’Andante en ut majeur de Mozart, mais aussi Octandre (1923) d’Edgar Varèse pour huit instruments à vent, et la Symphonie n°7 en la majeur de Beethoven. Pour les amateurs de flûte, relevons que L’OCG participera au La Côte flûte festival à Gland en octobre où se produiront de nombreux flûtistes de renom, dont le Néerlandais Jacques Zoon et le Français Philippe Bernold.

Pour le programme de la soirée intitulée Comme à la maison, j’ai à nouveau fait appel à Ludovic Thirvaudey, un des deux bassonistes titulaires de l’orchestre, qui est aussi un brillant compositeur. Cette fois je pensais lui demander d’écrire quelque chose pour la violoncelliste valaisanne Estelle Revaz, invitée pour une résidence de trois ans à L'OCG, lorsque j’ai pensé que nous avions aussi un nouveau percussionniste dans l’orchestre, Sergi Sempere. Pourquoi dans ce cas ne pas demander à Ludovic une pièce concertante pour deux instruments, le violoncelle et les percussions? Ce qui m’a tout de suite mis sur la piste du Concerto a due cori en fa majeur de Haendel pour la suite du programme, puis au Concerto en la majeur de Bach pour violoncelle et orchestre et enfin à la Symphonie n°83 en sol mineur, «La Poule» de Haydn.

 

On vous connaît pour proposer chaque année des œuvres méconnues du grand public, quelles pépites avez-vous dénichées cette année?

Dans tous les pays d’Europe, il y a des périodes dans l’histoire de la musique où les compositeurs sont un peu oubliés et c’est le cas d’Henri Tomasi, dont on connaît peut-être le nom, mais pas forcément la musique, même s’il est du XXème siècle. Son Concerto (1956) pour trombone et orchestre sera un vrai joyau à découvrir lors de la soirée En coulisse(s), dont l’éminent tromboniste néerlandais Jörgen van Rijen sera l’invité.

Une œuvre qui mérite également d’être connue: Sommernacht d’Othmar Schoeck pour orchestre à cordes, une très belle pièce que dirigera Alexei Ogrintchouk, également au hautbois, durant la soirée Présences suisses.

Pour la dernière partie de la soirée Destination Tango, en partie dédiée à la danse, j’ai choisi de présenter la musique qu’Alfred Schnittke a créée pour le film Agony (1974-81) d’Elem Klimov. Car si l’on pense que cette pièce est très moderne, les auditeurs seront surpris de constater qu’elle ne l’est pas du tout et permet vraiment à l’esprit de se créer son propre film.

 

 

On retrouvera cette saison les fameux rendez-vous de L’OCG dont notamment le Concert de Noël et vos Quatre heures, destiné aux plus jeunes et à leur famille.

Comme son nom l’indique, Noche cubana con Siga Volando, la musique cubaine sera à l’honneur du Concert de Noël cette année. Cette soirée s’est construite en discutant avec le violoniste Marc Liardon qui, en dehors de L’OCG, joue dans l’orchestre de musique cubaine Siga Volando. Lors du Concert de Noël, Siga Volando jouera avec L'OCG un répertoire arrangé pour permettre à deux danseurs d’exposer toute la richesse des danses cubaines.

Les Quatre heures d’Arie gardent leur formule interdisciplinaire qui sort un peu de l’ordinaire, ce que je cherche toujours pour ce programme. Le premier rendez-vous, Attention à la marche, s’intéressera aux marches en musique avec la complicité de l’animateur de sable Cédric Cassimo. D’abord avec le Concerto pour violoncelle et orchestre à vent de Friedrich Gulda, qui évoque les Alpes autrichiennes et qui se termine par une marche très vive. Puis la marche militaire avec la Marche en ré majeur de Beethoven et pour terminer, une parodie de ces marches militaires avec Zehn Märsche um den Sieg zu verfehlen (1979) de Mauricio Kagel.

Mon second Quatre heures sera Gargantuesque! Je présenterai la fantaisie musicale Les Inestimables chroniques du bon géant Gargantua (1971) de Jean Françaix, sur un texte de Rabelais dont s’emparera le comédien Joan Mompart.

 

L’OCG poursuit également sa mission pédagogique à travers une soirée qui réunira pour la première fois tous les chœurs des collèges du canton de Genève.

Quelle aventure! Je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir proposer pour ce concert qui réunira trois cents jeunes chanteurs. En cherchant ce qui leur ferait plaisir, j’ai tout de suite pensé à West Side Story (1957) de Leonard Bernstein, dont même les plus jeunes connaissent les thèmes principaux de cette histoire, adaptée du Roméo et Juliette de Shakespeare. Avant de donner quelques extraits de ce chef-d’œuvre du théâtre musical américain, nous introduirons cet auteur par l’Ouverture de son autre grande pièce, Candide (1956). La très connue Country Band March de Charles Ives viendra clore cette soirée américaine au Victoria Hall.

 

En attendant la rentrée, les occasions de venir écouter L’OCG ne manqueront pas à Genève cet été. Entre le Festival Les Athénéennes, la Fête de la Musique, le Festival de Bellerive ou celui de Musiques en été et la 52ème édition de l’Opéra de chambre de Genève, pour lequel de ces rendez-vous vous réjouissez-vous tout particulièrement?

Je me réjouis pour tous ces concerts, mais peut-être un peu plus pour celui que je vais diriger lors de Musiques en été sur la scène Ella Fitzgerald. Avec la soprano Luisa Castellani, nous présenterons deux pièces du répertoire anglais, English Folk Song Suite (1923) de Ralph Vaughan Williams puis Folk Songs (1973) de Luciano Berio et pour terminer nous ferons une sorte de crossover avec la musique folk contemporaine de Jon Boden (né en 1977), un concert qui s’annonce moderne et inventif comme je les aime.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Découvrez en détail la saison 2018/2019 de L'Orchestre de Chambre de Genève sur le site www.locg.ch

Ville de Genève - Orchestre de la Suisse Romande