"Last shot" du théâtre de l'Orangerie

«Sur scène, nous créons les zones que l'on ne développe pas dans la vie quotidienne. Le théâtre se doit de parler d'autre chose que du quotidien»

 

Niché au cœur du Parc La Grange à Genève, le théâtre de l’Orangerie scintille entre les feuillages, sa belle terrasse attirant les flâneurs et les amateurs de bonne table. Comme un menu parfaitement équilibré, la nouvelle saison fraîchement rendue publique mélange théâtre classique et contemporain, danse et jeune public. Le cinéma fera deux incursions, d’abord avec Maris et femmes d’après le film de Woody Allen, puis avec Marc Hollogne qui présentera sa technique du cinéma-théâtre avec son spectacle L'Illuminé.

De nombreuses activités se développeront en parallèle du volet théâtral, comme l'exposition L'identité de l'intime qui dévoilera les clichés du neuchâtelois Guillaume Perret et son travail sur la question du genre. Deux rencontres littéraires, en lien avec les spectacles proposés, seront organisées en partenariat avec la Maison de Rousseau et de la Littérature. Comme chaque année, le parc La Grange vibrera au rythme jazz avec quinze soirées organisées par l'AMR.

Cette saison qui démarrera avec Macbeth le 27 juin, marque aussi la fin du mandat de Valentin Rossier. Il nous raconte sa dernière programmation et son attachement à ce lieu si particulier.

 

 

Vous venez de présenter votre dernière saison en tant que directeur de l'Orangerie. Comment vous sentez-vous?

Il y a une légère émotion de laisser six ans de travail derrière soi. Maintenant que nous avons vraiment mis les choses en place, avec une programmation pérenne et reconnue, le temps semble un peu court. Mais c'est la règle du jeu. L'Orangerie m'a appris beaucoup de choses quant à la programmation, comment inviter des artistes, répondre aux demandes qui sont nombreuses… Tout en ayant cette magnifique opportunité de pouvoir offrir à des artistes une place pour s'exprimer.

 

Depuis 2012, la fréquentation du théâtre a doublé. Comment le public s'est-il attaché à l'Orangerie?

Il y a un intérieur et un extérieur. L'intérieur, c'est la programmation, le fait d'être à l'écoute des attentes et des désirs du public. J'avais envie de proposer des textes intelligents, sans aucun a priori sur le théâtre contemporain ou classique. Je pense que le public apprécie cette diversité et cette ouverture. Quant à l'extérieur, nous avons tout fait pour que les gens se sentent bien. La buvette est devenue un restaurant, avec un service à table. Et cela attire un mélange entre public et clientèle du restaurant qui est assez agréable. Le théâtre doit réunir des gens de divers horizons et être une vraie sortie. Je voulais pouvoir offrir un accueil digne de ce nom. Nous avons la chance d'avoir un lieu magnifique, ouvert au ciel, et cela amène une convivialité exceptionnelle.

 

Sur huit spectacles, la moitié sont des créations inédites.

Tout à fait. Proposer le plus de créations possible était un pari osé, mais nous pouvons être fiers d'offrir presque une représentation par jour pendant les trois mois d'ouverture du théâtre. Cette année, il y aura Fool for love de Sam Shepard, mis en scène par Pietro Musillo. Ce texte raconte l'histoire d'un couple en crise qui se retrouve dans un motel. En une nuit de scène de ménage à la fois dramatique et comique, Sam Shepard explore les non-dits et les pensées profondes de ses personnages. Didier Carrier présentera ensuite une sélection des Nouvelles mortuaires d'AntonTchekhov, qui étudie notre rapport souvent compliqué avec la mort. Anne Bisang clôtura la saison avec une mise en scène d'Elle est là de Nathalie Sarraute. Deux hommes discutent, pendant qu'une femme les écoute. L'un d'eux comprend, sans qu'elle ne dise rien, qu'elle ne partage pas son opinion et qu'elle cache une "idée". Cette pensée de sa collaboratrice va se transformer en obsession et il sera prêt à tout pour la découvrir. Pour ma part, je proposerai Macbeth.

 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de monter Macbeth?

C'est, je pense, la pièce la mieux construite de Shakespeare. Elle est magnifique et immédiate. Elle touche à nos pulsions les plus animales. Nous avons imaginé un univers assez particulier, qui réunit énormément de références cinématographiques: David Lynch, Kafka, les frères Cohen… Il y a un ascenseur qui rythme la pièce, qui installe une atmosphère oppressante et drôle en même temps. On oublie souvent l'humour de Shakespeare, et dans cette pièce, on va vraiment passer du rire à l'émotion.

 

Toutes ces pièces ont une forte dimension psychologique et cherchent à mettre en lumière les fonctionnements de l'esprit humain. Est-ce ce qui vous attire dans un texte?

Il y a toujours une corrélation psychanalytique dans ce que j'appelle les pièces intelligentes. Perrine Valli, qui interprétera son spectacle de danse-théâtre Si dans cette chambre un ami attend, dit s’inspirer de ses rêves pour ses chorégraphies. Par ses rêves et ses cauchemars, tout le monde est créateur. Sur scène, c'est la même chose: nous créons les zones que l'on ne développe pas dans la vie quotidienne. Le théâtre se doit de parler d'autre chose que du quotidien.

 

Propos recueillis par Marie-Sophie Péclard

 

La saison de l’Orangerie à Genève se tiendra du 27 juin au 30 septembre 2017. Découvrez le programme en détail sur leprogramme.ch ou sur le site du théâtre www.theatreorangerie.ch

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