Publié le 11/09/2019 à 07:04

La plage enchantée de Philip Glass

«Cette œuvre évoque l’expansion de l’espace et contraction du temps, ce qui provoque une énergie hypnotique qui perturbe les perceptions sensorielles»

 

En proposant Einstein on The Beach pour ses débuts à la tête du Grand Théâtre, le nouveau directeur Aviel Cahn propose, du 11 au 18 septembre, un monument de la musique minimale. Il affirme également sa volonté de collaborer avec des acteurs culturels romands, en l’occurrence la Compagnia Finzi Pasca, la Haute école de musique et le festival La Bâtie. En fosse, Titus Engel dirigera donc l’Einstein Ensemble, une formation inédite des étudiants de la Haute école de musique de Genève (HEM). Et la Compagnia Finzi Pasca, dont certains créateurs ont signé l’édition 2019 de la Fête des Vignerons, assure une toute nouvelle mise en scène à l’opéra de Philip Glass.

Daniele Finzi Pasca, dont le nom est généralement associé à des cérémonies olympiques, n’est pas un néophyte dans le domaine de l’opéra, il a déjà monté Aida, qui fait partie du répertoire du Mariinski de Saint-Pétersbourg, ou Pagliacci et Carmen au Teatro San Carlo de Naples.

 

La musique de Philip Glass n’est pas une découverte pour le metteur en scène. «Philip Glass m’accompagne depuis des années, pour différentes raisons. J’ai autant employé sa musique en répétitions que pour accompagner un documentaire. Il s’agit d’une musique très cinématographique, par exemple son œuvre Passages, avec Ravi Shankar. Son œuvre m’a toujours surpris: malgré son apparente simplicité, elle recèle un réel mantra, une force qui te porte. C’est plus une musique à vivre qu’à écouter.»

 

 

Pour revenir au années 70, la genèse de Einstein on The Beach est indissociable de Robert Wilson. Le metteur en scène avait collaboré à cette oeuvre dès son origine et à sa création en 1976. Et elle n’a que très rarement été montée avec une autre mise en scène. «C’est quelque chose d’assez particulier», souligne Clara Pons, nouvelle dramaturge du Grand Théâtre. Il faut l’autorisation de Philip Glass et de Robert Wilson pour recréer la pièce». Un élément qui contribue a relever encore les attentes suscitées par cette première suisse et par les intentions de Finzi Pasca.

 

Un spectacle onirique

Finzi Pasca et l’oeuvre: «Je souhaite montrer des images, révéler son côté onirique, sa dimension presque contemplative. Cette œuvre évoque l’expansion de l’espace et contraction du temps, ce qui provoque une énergie hypnotique qui perturbe les perceptions sensorielles. De manière anecdotique, je pourrais vous parler du cheval qui sera sur scène ou du vélo en suspension... Au fond, ici tout sera question de respiration, exactement comme en méditation.»

 

Réalité cachée

Comme chacun le sait, Einstein on The Beach a la particularité de, contrairement à la plupart de des opéras, de ne pas reposer sur un livret et sur un récit, de ne pas raconter une histoire au sens traditionnel du terme. Sur quoi dès lors, s’appuyer? Sur la musique répétitive? «Ce n’est pas son côté répétitif qui m’intéresse, même si cet effet permet d’entrer dans une phase méditative. Au fond, je suis plus sensible à l’apparence aléatoire dissimulant une réalité plutôt plus cadencée et structurée. Je vais vous donner un exemple: au moment de préparer Einstein on the Beach, à Lugano, mes collègues et moi écoutions l’œuvre attentivement. Nous avons aperçu par la fenêtre un arbre en mouvement, bougeant de manière aléatoire tout en maintenant une certaine cadence. Comme une résonance entre la musique et ce mouvement.»

 

Inventer des formes narratives

A l’origine, Robert Wilson souhait laisser la possibilité d’entrer et de sortir librement de la salle en cours d’un spectacle considéré comme assez long. Si une version resserrée de 4 heures seulement est annoncée, la libre circulation est aussi mentionnée par le Grand Théâtre. Mais au delà de cet agencement, Clara Pons apprécie ce que l’on peut considérer comme l’un des enjeux d’Einstein on The Beach, en général comme en particulier sur cette création: «Je considère que nous avons besoin d’oeuvres qui réfléchissent sur la forme narrative – sur les formes narratives –, et qui imaginent des langages scéniques qui ne sont pas portés par un livret – par exemple. C’est personnel, mais je pense que nous devrions en imaginer de plus en plus.»

 

 

Modernité et légendes

Clara Pons, dramaturge du Grand Théâtre, a également signé la mise en scène de In The Penal Colony, l’opéra de chambre – d’après Kafka - qui a été montré le week-end précédent à Vernier, dans le cadre du festival de La Bâtie. Quel regard porte-t-elle sur le Philip Glass d’Einstein en 1976, sur celui de In the Penal Colony en 2000 et sur la question de leur modernité. «La musique avait un caractère révolutionnaire en 1976, beaucoup moins je crois en 2000. Mais je n’ai pas l’impression que le rapport à la modernité n’a beaucoup évolué, et ceci depuis les années 50-60: le plaisir de la découverte va de pair avec la crainte de la modernité. Mais ce que j’ai remarqué au fil d’une dizaine d’années passées à Berlin, c’est que si cette ambivalence existe dans les institutions et les médias, les salles n’en sont pas moins pleines!»

 

leprogramme.ch

 

Einstein on The Beach, de Philip Glass et Robert Wilson
Du 11 au 18 septembre au Grand Théâtre de Genève

Réservations

Mise en scène, Compagnia Finzi Pasca
Direction, Titus Engel

 

En relation avec le spectacle:
Journée portes ouvertes au CERN, le 15 septembre

Duel no 1: La science peut-elle sauver le monde?, proposé par le gtg et le CERN, le 19 septembre.

Concert du dimanche - ZHdKGrütli - oct