La pièce aux cinq Molières au Grütli

«Dans cette pièce, on trouve une des scènes les plus drôles du répertoire contemporain français: celle de l’ours…»

 

L’histoire est celle de cinq comédiens français qui décident d’écrire une pièce. Le résultat, André Amoureux, est créé en 1996 à la Maison de la Culture de Bourges avant d’être renommé André Le Magnifique et de gagner cinq Molières en 1998. Un autre groupe d’amis, ceux du Boulevard Romand, reprend la pièce en 2016 avec un tel succès que le Théâtre du Grütli les invite à venir la rejouer cette saison, pour les dix ans de leur Compagnie qui plus est. Du 1er au 17 décembre.

Nous sommes dans le village de Vigoulet, au Sud de la France. Son Maire, Alexis Ader, a un rêve: sauver le théâtre local de la destruction. Pour ce faire, il écrit lui-même une pièce sur la fondation de Vigoulet par le chevalier Sainte-Germaine dans laquelle il fait jouer son épouse, le régisseur du théâtre et invite André, le jardinier municipal, qui sera souffleur. Ne manque plus qu’à recruter un chevalier. C’est Jean-Pascal Faix, acteur parisien sur le retour qui est appelé pour donner une aura professionnelle à la création. Mais la cohabitation entre cet homme qui dit adorer l’amateurisme et les comédiens en herbe ne sera pas de tout repos.

Metteur en scène de la pièce, Antony Mettler jouera aussi le fameux acteur parisien venu à la rescousse des habitants de Vigoulet… ou pas. Rencontre.

 

 

Qu’avez-vous pensé lorsque le Théâtre du Grütli vous a invité à venir jouer André Le Magnifique pour seize dates chez lui?

C’est la preuve d’une reconnaissance pour ce genre théâtral et le travail de notre compagnie. Je me bats pour un théâtre populaire et de qualité et je souhaite enrichir le paysage culturel avec des pièces accessibles tout en privilégiant la plus grande qualité artistique possible. C’est facile de faire rire avec de l’humour "cucul" mais ce n’est pas mon style. Pour moi, le mot populaire, loin d’être péjoratif, signifie que l’on propose un théâtre le plus éclectique possible. Tout le monde va y trouver son compte, l’enfant de sept ans et la grand-mère de septante-sept ans.

 

C’est une pièce qui semble toute trouvée pour Les Amis du Boulevard Romand, notamment au niveau de son origine. Elle a été écrite par un groupe d’amis comédiens, que vous êtes aussi.

C’est une pièce écrite par des copains de conservatoire – qui font tous une carrière brillante en francophonie – alors qu’ils n’avaient pas de travail à la sortie de l’école. C’est une sorte de dérivé de la fable de La Fontaine, Le rat de ville et le rat des champs. Le Splendid avait fait de même en écrivant Le Père Noël est une ordure; ils l’ont écrit pour eux et cette pièce ne pouvait se jouer qu’entre amis afin de faire ressortir la substance du texte. Ici, c’est la même chose. C’est une histoire d’amitié villageoise dont les personnages veulent sauver le théâtre de la destruction en récoltant des fonds grâce à une pièce qu’a écrite le Maire. Ce théâtre a une signification toute particulière pour lui car c’est là qu’il a rencontré sa femme. Le grain de sable dans l’engrenage arrive lorsque débarque ce comédien parisien qui pense être le plus grand, le plus beau, le plus fort et le plus intelligent – comme la grande majorité des acteurs (rires). Cette pièce parle aussi de personnes qui prennent conscience de ce qu’ils sont capables de faire et qui réfléchissent à l’endroit où ils se trouvent dans leur vie. À ce niveau-là aussi, nous, bande de copains des Amis du Boulevard Romand, nous faisons la même réflexion.

 

En plus d’être une comédie, cette pièce aborde des thèmes touchants.

C’est une comédie avant tout mais qui va beaucoup plus loin. Elle rend hommage au théâtre car celui-ci ne connaît pas qu’un seul genre. La grande force de ce spectacle est qu’il les représente tous, c’est un hymne au théâtre où on passe du rire aux larmes avec beaucoup de poésie. Dans cette pièce, on trouve une des scènes les plus drôles du répertoire contemporain français: celle de l’ours… (Ndlr: le combat entre un personnage déguisé en ours et le chevalier Sainte-Germaine). Mais ensuite, il n’y a plus un rire dans la salle pendant dix minutes. Quand les comédiens sont justes et sincères, ils arrivent à toucher les gens. Le rire n’est pas universel, contrairement au drame. On pleure tous de la même chose mais on ne rit pas tous de la même chose. Ici, toutes les personnes qui rient de choses très différentes, du jeu de mots au comique de situation, y trouveront leur compte.

C’est important qu’il y ait des sous-histoires dans l’histoire, comme celle des époux Ader. André le Magnifique parle aussi d’un couple qui se retrouve face à lui-même et qui ne se rendait pas compte de toutes les choses qu’il avait perdues de vue. J’aime à croire qu’ils vont redécouvrir l’amour après la pièce.

 

 

Vous jouez et dirigez la mise en scène de cette pièce.

C’est très particulier à faire mais j’ai la chance que mon personnage soit pratiquement absent durant les actes quatre et cinq. Dans les moments où je ne joue pas, je peux plus facilement axer mon énergie sur la direction d’acteur parce que c’est quelque chose qui me touche beaucoup et que je privilégie dans mon travail de metteur en scène. J’ai eu la chance de fréquenter de grands directeurs qui savent donner le mot juste pour que l’acteur trouve la sincérité et l’émotion. Mon travail c’est ça. Ce n’est pas que faire rire qui demande une grande rigueur et une précision métronomique ainsi qu’une virtuosité de la part de tous les acteurs.

 

Votre personnage est Jean-Pascal Faix, l’acteur parisien sur le retour. Qu’est-ce que cela fait d’interpréter ce cliché d’acteur prétentieux?

J’adore jouer les rôles de gens insupportables parce que l’on en a tous une part en nous. C’est un personnage d’arriviste insupportable, crâneur, qui surjoue constamment, même dans la vie. Forcément, le public reconnaît ce type de personne et nous, acteurs, le connaissons aussi. J’aime bien le jouer car il incarne ce que j’appelle le regard conservatoire. Lorsque j’y étais et qu’un professeur m’attribuait un premier rôle, tous les autres garçons se retournaient pour me regarder avec envie et se disaient ‘moi je l’aurais fait mieux que toi’. Nous sommes tous passés par là. Pourtant, plus on avance dans ce métier, plus on devient humble. C’est la force des grands acteurs, je pense à Michel Bouquet. On devient acteur lorsque l’on se rend compte que l’on n’est pas les personnes les plus importantes sur Terre. Notre valeur vient du fait que nous donnons du plaisir aux gens et leur faisons oublier leurs soucis quotidiens le temps d’une représentation.

 

 

Qu’en est-il du fameux André qui passe de jardinier à André Le Magnifique?

André est celui que l’on pourrait appeler l’idiot du village. Le garçon gentil avec le cœur sur la main que tout le monde prend un peu pour acquis. Il s’avère être beaucoup plus intelligent et sensible qu’il n’y paraît. Car c’est aussi une pièce sur les apparences. Au début, on est sûrs que c’est le grand professionnel qui va sauver le théâtre car il daigne venir en Province jouer le rôle principal d’une pièce ringarde, mais tout peut encore changer d’ici la fin du spectacle.

 

Antony Mettler, le mot de la fin?

Osez venir dès le début des représentations. Nous connaissons bien ce spectacle que nous avons déjà beaucoup joué la saison passée. La pièce marche très fort et plaît beaucoup. Nous refuserons sans doute des personnes aux dernières représentations, alors que la première semaine nous allons jouer ce spectacle avec une salle à moitié pleine... Ce serait bien que les gens qui se décident habituellement tard à venir voir un spectacle, viennent en premier!

 

Propos recueillis par Jessica Mondego

 

André Le Magnifique, une pièce d’Isabelle Candelier, Loïc Houdré, Patrick Ligardes, Denis Podalydès et Michel Vuillermoz avec la complicité de Rémi de Vos, à voir jusqu’au 17 décembre au Théâtre du Grütli.

Avec Pierre Aucaigne, Vincent Kohler, Antony Mettler, Anne-France Tardiveau et Jacques Vassy. Mise en scène d’Antony Mettler.

Renseignements et réservations au +41.22.888.44.88 ou sur le site du théâtre www.grutli.ch

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