Publié le 04/07/2018 à 15:38

La lumière sied au TFM

«Beaucoup de langues sont parlées à Meyrin, au sein de la population, des gens sont issus d’horizons très différents. Le TFM est situé sur la place des Cinq-Continents. Cela invite aussi à une ouverture internationale dans le choix des spectacles.»

 

«La lumière sied aux femmes; il faudra sans doute plus d’une saison pour dire qu’il ne s’agit pas seulement d’éclairer leur beauté.» Dans le programme 2018/2019, la directrice du Théâtre Forum Meyrin Anne Brüschweiler annonce une saison en quête de création féminine. La motivation repose sur un constat: trop peu de spectacles sont portés par des femmes. Il y en aura donc quelques uns ces prochains mois à Meyrin, il y aura aussi des regards portés sur des thématiques féminines. Et Les Créatives, association vouée à cette cause, viendront régulièrement proposer des débats, qui rentreront en résonance avec certains spectacles.

Des spectacles, il y en aura forcément beaucoup. Du théâtre, avec Marivaux, Shakespeare, Kafka, et même Bergman ou Flaubert. De la danse, de l’humour, de la chanson (Arthur H), et comme toujours des ouvertures sur le cirque contemporain. La saison sera colorée, internationale, en mouvement. La lumière sied au Théâtre Forum Meyrin.

 

La saison 2018/2019 se propose de mettre en valeur la création féminine. La parité pourrait-elle être, dans le domaine du théâtre et des arts de la scène, un objectif?

Anne Brüschweiler: Je veux surtout m’assurer que les femmes soient présentes dans la saison, et tout au long de la saison. Mais même en étant attentive – et je le suis – c’est difficile. Il y a des auteures, des artistes, des professionnelles, mais rares sont les projets portés par des femmes. Et quand elles mettent en scène, c’est aussi, il faut bien le dire, rarement pour de grands plateaux. Pour cette saison, il faut s’attendre à voir la dimension féminine abordée de différentes manières, et déjà dans les thématiques des spectacles.

 

Vous invitez l’association Les Créatives à rebondir, en cours de saison, sur ces questions. Quelles sont vos attentes?

Je leur ai proposé de «scanner» la saison, et de saisir les occasions qui leurs paraissaient bonnes, pour mettre en question ce qui touche à la création féminine. J’attends une forme de thématisation. Cela se concrétisera par exemple en novembre sur une réflexion sur l’écriture féminine. Nous espérons pouvoir inviter Hélène Cixous, qui a longtemps été la plume du Théâtre du Soleil, grande intellectuelle, qui a été proche de Derrida. Elle est une des premières à s’être saisie de la question. Mais elle est âgée de plus de 80 ans, il est difficile d’affirmer qu’elle sera là. L’idée est de confronter une nouvelle génération d’auteures à ses idées, de voir comment un dialogue peut s’établir.

Une autre priorité consistera à interroger le machisme sur Internet et les réseaux sociaux. «On» s’y lâche désormais d’autant plus que cela est moins accepté dans notre société politiquement correcte – et encore moins depuis l’affaire Weinstein. Internet demeure une sorte de défouloir, dans lequel il est possible de renouer avec les bas instincts. Les Créatives vont aborder ces questions-là, avec j’espère des pistes pour un travail sur la prévention et la sensibilisation.

 

La question de l’égalité est abordée selon des modes très différents. La petite fille qui veut construire une fusée dans Une cosmonaute est un souci dans notre galaxie, présenté par la L’Embellie Cie, revient aux fondamentaux.

Absolument. Cela souligne à quel point la thématique est ancienne. Et pourtant la question du choix des métiers déterminé par le genre demeure extrêmement présente. Il y a par exemple très peu d’éducateurs de la petite enfance, alors que le besoin est souvent évoqué. Ce spectacle met en scène une colère, un combat, et résout de manière convaincante le problème de la forme artistique qu’il convient de donner à une thématique sociale au théâtre.

 

Vous avez mentionné Une Chambre en Inde, du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. Ce spectacle laisse apparaître une autre dominante de votre saison: ailleurs. L’Inde, donc. Mais aussi un Shakespeare dont l’action est resituée en Sardaigne, une ouverture sur la ville de Tel Aviv, une compagnie ukrainienne, des musiques orientales… Est-ce qu’un théâtre peut faire voyager?

Je ne sais si on peut en tirer des généralités. Mais beaucoup de langues sont parlées à Meyrin, au sein de la population, des gens sont issus d’horizons très différents. Le TFM est situé sur la place des Cinq-Continents. Cela invite aussi à une ouverture internationale dans le choix des spectacles, qui correspond à notre territoire – à notre écosystème, comme cela se dit aujourd’hui.

 

Les arts du cirque, avec une demi-douzaine de spectacles, seront aussi très représentés cette saison. Des liens forts se sont noués entre le TFM et cet univers.

Il existe peu d’espaces de représentation pour le cirque contemporain, alors qu’il y a énormément d’amateurs. Il y a un énorme décalage entre l’offre de spectacles, et le succès des écoles de cirque dont les adhérents se comptent en milliers. Cela tient aussi – pour le cirque traditionnel – à la difficulté à imposer un chapiteau. Cela demande des efforts de la part des autorités et des services municipaux. Mais nous avons désormais l’expérience qui va nous permettre d’accueillir dans de bonnes conditions le 10eFestival de Cirque de Jeunesse. Une fois encore, il y a une cohérence entre un tel événement et l’écosystème meyrinois – qui est en fait un concentré de la population genevoise. Nous programmons aussi en nos murs des spectacles de cirque contemporain. La multiplicité des formes est infinie, c’est à chaque fois des surprises, toujours novateur et dynamique. Cela parle beaucoup au public. Et à l’échelle de la saison, cela contribue à une forme d’éclectisme que je revendique.

 

Le programme comporte aussi de l’humour, de la chanson, de la danse et du théâtre. Mais que Kafka, Shakespeare, Marivaux et Flaubert, qui seront montés, me pardonnent, la dernière question concerne Ingmar Bergman, qui lui aussi sera mis en scène cette saison. Êtes-vous plutôt Antonioni ou plutôt Bergman?

Qu’Antonioni me pardonne, ma jeunesse a été pétrie dans la pâte des films de Bergman!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Découvrez l’intégralité de la saison 2018/2019 du Théâtre Forum Meyrin sur le site www.forum-meyrin.ch

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