La folle histoire des choses au Théâtre des Marionnettes de Genève

«Nous posons un phare breton sur le comptoir, tout le monde est en Bretagne. Nous posons un globe et une fusée, tout le monde est dans la lune. C’est la magie du théâtre d’objets!»

 

Du 17 au 27 mai, Monsieur Jules, l’épopée stellaire pose ses valises au Théâtre des Marionnettes de Genève (TMG). Pour ce spectacle tous publics (dès 10 ans), il sera question d’amour(s), de maladresse, mais aussi de voyage dans l’espace et du Mur de Berlin. Cette production de la Cie Philosophes Barbares place Juliette Nivard, Glenn Cloarec et des paquets d’objets sur scène. Le théâtre d’objets s’apparente à un théâtre de marionnettes sans marionnettes, et dans lequel bien malin qui réussira à démêler qui, des choses ou des comédiens, raconte et décide de l’histoire! L’improvisation avec les objets divers et les brimborions variés a joué un grand rôle dans la construction de ce spectacle, où l’imaginaire et l’humour sont rois. Mais les auteurs n’en sont pas restés là, et ont réussi à combiner cela avec une approche de l’humaine condition.

Objet animé, pourquoi avez-vous si mal à l’âme? Rencontre avec Juliette Nivard – via un objet compilant problèmes électriques, soucis électroniques et caprices ondulatoires, bref un téléphone.

 

Qui est Monsieur Jules?

Juliette Nivard. C’est un anti-héros. Il provoque constamment des accidents, sa maladresse est extraordinaire.

 

Il s’illustre dans un spectacle de marionnettes sans marionnettes, mais avec des objets. Sont-ils nombreux? Où les cachez-vous?

Sur scène, nous sommes situés derrière une sorte de comptoir, une petite armoire d’où nous sortons nos objets. Dans ce spectacle, nous travaillons avec des miniatures – ils tiennent tous dans deux valises! Ce sont des appuis de jeu, des appuis comiques. Un objet va permettre au personnage de jouer une situation, ou à camper le décor d’une action. Et cela fonctionne super bien. Nous posons un phare breton sur le comptoir, tout le monde est en Bretagne. Nous posons un globe et une fusée, tout le monde est dans la lune! C’est la magie du théâtre d’objets.

 

Retour sur terre: le spectacle aborde la lassitude dans le couple.

C’est vrai que ce n’est pas le premier thème auquel on pense pour un spectacle tous publics. Mais les enfants sont réceptifs, nous voyons que cela les fait réfléchir… Et nous ne restons pas là-dessus très longtemps. Nous nous intéressons bien davantage avec M. Jules à la réalisation d’une personne. Comment se reconstruire quand on part d’un champ de ruines? Comment créer des rapports sains et heureux quand on n'a pas eu de mère, quand on n'a pas eu de père? Sans quitter le registre humoristique. Agnès Limbos nous a convaincu que l’humour n’arrive que dans le drame, que pour communiquer davantage que des blagues, il doit être ancré dans du drame humain. Nous avons travaillé avec elle lorsque nous avons décidé de faire grandir M. Jules, qui était à la base un spectacle plus court. Pourquoi est-il si gauche, pourquoi s’y prend-il aussi mal avec les femmes?

 

Cela ne l’empêche pas d’aller dans l’espace et d’assister à la création du Mur de Berlin en 1961. Avez-vous pour objectif d’expliquer la guerre froide aux enfants de dix ans?

Nous avions envie d’explorer comment la petite histoire de chacun se mêle à la grande Histoire. La montée du Mur de Berlin s’est imposée comme le symbole de l’impossibilité d’aimer. Pour répondre à votre question, non, nous n’expliquons pas, nous nous contentons de poser des questions. Le thème est parfois abordé dans des bords de plateau avec le public, notamment avec les écoles. Mais c’est avant tout un spectacle de fiction. Comme au cinéma, nous larguons les amarres et nous espérons que le public parte avec nous. M. Jules évolue complètement dans l’imaginaire.

 

 

D’où vient votre engagement dans le théâtre d’objets?

Nous avons été formés au théâtre du mouvement. J’ai eu un coup de cœur en découvrant par hasard un spectacle d’Agnès Limbos. J’avais déjà une collection d’objets improbables, j’ai eu très envie de les faire monter sur scène, de les faire jouer. C’est richissime.

 

Cette discipline est-elle récente?

Elle date des années 80, et du grand boum de la société de consommation. Différentes personnes ont commencé, à divers endroits d’Europe, à développer, chacun dans son coin, des formes assez proches. Je relie cette démarche à la masse d’objets de faible valeur qui sont soudain arrivés dans nos vies. Tout devenait remplaçable, jetable. En s’en emparant, en les plaçant sur scène, et en les laissant parler, des pionniers, parmi lesquels Agnès Limbos, ont réalisé que cela permettait de raconter beaucoup de choses.

 

Où vous situez-vous dans cette histoire?

M. Jules est assez respectueux des codes originaux. Dans les spectacles suivants, l’envie d’aller plus loin domine. Notamment avec un spectacle qui mettra en scène des grands objets, afin de sortir du cadre, de travailler avec d’autres contraintes, de s’ouvrir à d’autres accidents et d’autres hasards – nous le présenterons sur scène en août.

 

Vous mentionnez la manipulation. Devez-vous, à l’instar des illusionnistes développer une très grande dextérité?

C’est vrai que cela demande du travail, c’est compliqué de faire apparaître un objet au bon moment. Sur M. Jules nous avons parfois des retours: «Quelle dextérité! Un ballet d’objet!» Il y a un moment où les gestes deviennent automatiques, la mémoire du corps prend le relai, et nous n’avons plus besoin d’y penser. La magie commence à opérer. Ce qui me rappelle mon premier spectacle de marionnettes, avec de toutes petites figurines et un éclairage assuré par des lampes de bureau. Je tremblais comme une feuille! On progresse et on se façonne avec la pratique.

 

Une dernière question: il est souvent dit qu’il est difficile de travailler avec des enfants. Qu’en est-il des objets, sont-ils d’humeurs changeantes?

C’est ce que l’on projette sur l’objet qui varie toujours. Un comédien regarde un sèche-cheveux d’un air sévère, tout le monde comprend qu’il est source d’accidents, de contrariétés.

 

Oui, mais – et pardon de revenir sur la lassitude dans le couple – peut-on se lasser d’un sèche-cheveux?

Le mien est orange.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

M. Jules l´épopée stellaire, un spectacle de la Cie Philosophes barbares à voir en famille dès 10 ans au Théâtre des Marionnettes de Genève du 17 au 27 mai 2018.

Renseignements et réservations au +41.22.807.31.07 ou sur le site du théâtre www.marionnettes.ch

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19