Publié le 21/08/2018 à 15:59

La création contemporaine se conjugue au temps de La Bâtie-Festival de Genève

«Mon désir est que La Bâtie marque l'ouverture de la saison culturelle régionale avec enthousiasme.»

 

Festival de créations contemporaines, La Bâtie révèle le meilleur des pièces théâtrales, chorégraphiques et musicales du moment. Du 30 août au 16 septembre, artistes régionaux et internationaux, confirmés ou en devenir, offriront le suc de ce qui les anime. Sous des formes variées allant de la lecture à la performance, les arts vivants se déclineront en autant de matières à réflexion.

Évènement phare du Grand Genève depuis plus de quarante ans, La Bâtie étend aujourd’hui ses ramifications d’Annemasse à Lausanne pour offrir aux questions de territorialité une réponse sans équivoque: la culture n’a pas de frontière et se construit sur la collaboration. On en parle avec Claude Ratzé, qui après avoir dirigé l’Association pour la Danse Contemporaine (ADC) pendant vingt ans, signe sa première édition à La Bâtie.

 

Comment se sent-on à J-des poussières du lancement du 42èmefestival de La Bâtie?

Claude Ratzé: On se sent bien, à la fois heureux que ça commence et anxieux que tout se passe bien. Une première fois c’est toujours l’inconnu, c’est moins confortable, mais pas insurmontable. C’est un moment grisant, surtout que nous sommes encore en période de vacances, c’est vraiment le calme avant la tempête.

 

De quoi peut-on être tenté lorsqu’on prend les rênes d’un festival auquel on a participé de nombreuses années d’abord en tant que programmateur danse puis en tant que partenaire?

De faire mieux! Sans dire que ce qui était fait n’était pas bien. Moi, je souhaite faire de la proximité mon projet, en portant une plus grande attention aux partenaires dans l’élaboration du programme, mais pas uniquement. Pour exemple, La Bâtie avait nommé un responsable des bénévoles qui n’a pu tenir son mandat. Mais au lieu de réengager une personne tardivement, nous avons cherché à unir nos forces avec nos partenaires pour co-accueillir les spectateurs.

 

Quelles nouveautés avez-vous introduites au programme de cette 42èmeédition?

J’ai souhaité m’entourer de jeunes programmateurs avec qui, en plus du concours de chaque partenaire de La Bâtie, nous avons construit une trame où chaque événement s’insère dans un ensemble cohérent. Nous avons travaillé sur la continuité avant tout, en pointant certains aspects de la programmation, notamment autour des Commandes pluridisciplinaires, labellisées "Label Bâtie". C’est très important d’avoir des formes produites ou réalisées pour un festival et je suis très attaché au compagnonnage que La Bâtie peut apporter aux artistes.

Ces Commandes pluridisciplinaires renferment deux projets à voir au POCHE /GVE et au Théâtre Saint-Gervais durant tout le festival. L’un sera porté par de jeunes danseurs, musiciens ou comédiens, tout juste sortis de leurs hautes écoles de Suisse romande, qui créeront des pièces durant cet été si particulier qui marque la fin de leur formation et leur entrée dans la vie active. L’autre sera conduit en duo par des artistes confirmés venus de domaines artistiques différents. Ce projet s'inspire des "sujets à vif", comme cela se fait au Festival d’Avignon. Par exemple, le travail de la danseuse Tamara Bacci et de l’artiste visuelle Carmen Perrin nous emmènera sur le toit de l'Hôtel Mandarin Oriental. Une autre pièce réunira la comédienne Michèle Pralong à la percussionniste Alexandra Bellon. En tout neuf pièces seront créées tout au long du festival et présentées également dans le cadre d'une intégrale (le 8 septembre), et comme elles ont été prises d’assaut par les spectateurs, cela laisse présager le meilleur pour ce genre d’aventures artistiques à l’avenir.

 

 

En ajoutant deux nouveaux lieux, La Colombière à Versoix et le Théâtre du Bordeau à Saint-Genis-Pouilly en Pays de Gex, La Bâtie s’inscrit toujours plus comme un événement franco-valdo-genevois.

La Bâtie, c’est la plus ancienne manifestation genevoise à caractère transfrontalier. Ces dernières années, le festival s’est concentré sur l’exploitation de grandes salles comme Château Rouge ou l’Esplanade du Lac à Divonne, mais considérant que nous vivons dans un périmètre en totale mutation, la question de la territorialité mérite d’être approfondie. Car si elle est peu exploitée, elle soulève encore de nombreuses interrogations quant à la communication ou à la mobilité du spectateur, sans parler des législations qui, par exemple, ne permettent pas d’engager un technicien genevois s’il travaille également en France voisine.

Cette année, des projets transfrontaliers animeront les agglomérations d’Annemasse et du Pays de Gex, une esquisse de ce que nous souhaitons développer à l’avenir. A l’Auditorium de Ville-la-Grand, les danseurs Laurence Yadi et Nicolas Cantillon présenteront TODAY, une pépite de la dernière édition de La Bâtie, à ne pas manquer. Ou encore des spectacles comme Conférence de choses, de la 2b company qui se jouera dans huit salles différentes comme au Théâtre Saint-Gervais, à l’ADC, et au Clos Babuty d’Ambilly, tout comme à l’orangerie du Château de Ferney-Voltaire.

 

Pour quels spectacles de danse vous réjouissez-vous tout particulièrement?

Je suis vraiment impatient d’ouvrir le festival avec le Gala de Jérôme Bel et sa distribution cent pour cent genevoise de vingt danseurs professionnels et amateurs. Il y a une vingtaine d’année lorsque j’étais programmateur à La Bâtie, j’ai programmé le Jérôme Bel de Jérôme Bel. Ca a été un moment très fort de l'édition de 1996, à l’époque où nous étions à L’Orangerie dans des conditions minimales. Aujourd’hui, il se produit sur la scène du Théâtre du Léman, ce qui est très intéressant d’un point de vue du développement de l’art contemporain. Je suis également ravi de présenter pour la première fois à Genève The Great Tamer de Dimitris Papaioannou, un grand spectacle qui devrait marquer les esprits, et clore cette édition de manière plutôt réjouissante.

 

 

La Bâtie c’est aussi la musique, toutes les musiques?

Toutes les musiques sont représentées, avec une ouverture élargie au rock et au clubbing, auxquels dix soirées sont consacrées au cours du festival. Un grand concert réunira l’Orchestre de la Suisse Romande dirigé par le jeune et talentueux chef Julien Leroy et le chorégraphe et danseur Gabriel Schenkel. A noter la participation des ensembles Eklekto et Contrechamps, ainsi que le retour remarqué de l’AMR (Association pour la musique improvisée) pour une soirée passionnante où les musiciens habituels de l’AMR inviteront comédiens, danseurs et illustrateurs à venir faire des improvisations avec eux. Un Music Market aura lieu à l’Alhambra pour promouvoir des groupes régionaux signés chez des labels en majorité genevois.

 

Plusieurs spectacles-événements ne manqueront pas de surprendre le public comme Hate de Laetitia Dosch, en duo avec son cheval.

Hate est une pièce incroyable. Mais le plus incroyable est que cette artiste présentera aussi un autre spectacle, Laetitia fait péter Genève, au Théâtre Saint-Gervais, dans un tout autre registre, celui de l’humour noir avec lequel elle a signé son premier one-woman-show. Une grande et belle comédienne à découvrir qui se révèle à travers deux formes très différentes.

 

Parmi les thématiques choisies par les artistes on remarque celle de la nature portée par Laetitia Dosch (Hate), mais aussi Martin Schick et Mirko Winkel (NATURE POLITICS) et Les Fondateurs (Espaces verts), comme celle des pratiques sexuelles libertines à travers le volet Kinky Bâtie, qui propose trois spectacles interdits aux moins de dix-huit ans.

La programmation d’un festival n’est que le reflet de ce que les artistes proposent. A La Bâtie il n’y a pas de thèmes de travail ni de réflexions de fond. Il y a des lignes de forces tantôt en lien, tantôt en contradiction.

Pour les spectacles NATURE POLITICS et Espaces verts, qui auront lieu au Théâtre de l’Orangerie, ceux-ci s’inscrivent dans la thématique nature et politique choisie par son nouveau directeur Andrea Novicov. Quant à Kinky Bâtie, il s’agit d’un sujet d’actualité brûlant dont de nombreux artistes s’emparent aujourd’hui, car si la pornographie est à la portée de toutes mains qui savent se servir d’un outil informatique, sans aucun effort, notre société semble de plus en plus moralisatrice. Les pièces de Thibaud Croisy (Témoignage d’un homme qui n’avait pas envie d’en castrer un autre), de Mette Ingvartsen (21 pornographies), ou de Simone Aughterlony et Jen Rosenblit (Everything Fits In The Room), proposent des mises en scène de pratiques sexuelles qui sont explicites mais qui offrent aussi beaucoup à l'imaginaire de chacun.

A La Bâtie s’entrecroisent des spectacles comme celui de Laetitia Dosch où elle apparaît nue au côté de son cheval, où celui de Mette Ingvartsen qui prend frontalement le sujet de ce qu’est la pornographie vue par une femme, aux lectures poétiques de la Saoudienne Hissa Hilal qui transmet une parole pas commune sur la société dans laquelle elle vit. Toutes expriment à leur manière des propos qui leur tiennent à cœur. Ce mélange fortuit est pour moi synonyme d’une grande liberté pour l’art de s’exprimer aujourd’hui.

 

Quel plus aimeriez-vous apporter au festival à l’avenir?

J’ai envie que tout fonctionne à merveille et que les spectateurs vivent un festival qui les stimule, les amuse et les agite aussi parfois, et qu’ils mangent bien et danse jusqu'aux aurores, aussi. Mon désir est que La Bâtie marque l'ouverture de la saison culturelle régionale avec enthousiasme.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

La 42èmeédition de La Bâtie - Festival de Genève se déroulera du 30 août au 16 septembre 2018. Programme complet sur le site du festival www.batie.ch

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