Publié le 18/09/2018 à 10:57

La Comédie fête Mademoiselle Julie

«Comme les thèmes abordés – pouvoir, désir, genre – résonnent avec le #metoo que nous venons de vivre, il était tentant d’interroger encore davantage le texte en multipliant les esthétiques et les regards.»

 

Avec Julie’s Party, la Comédie de Genève fait la fête au Mademoiselle de Julie de Thomas Langhoff, créé en 1988. Tel est le parti pris par la direction bicéphale du théâtre, composée de Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer (NKDM). Pour revenir sur ce spectacle qui a marqué les esprits et le lieu, le duo a invité les metteurs en scène Luk Perceval, Christiane Jatahy, Amir Reza Koohestani, Pascal Rambert, Tiago Rodrigues et tg Stan à revenir sur le texte d’August Strindberg. Le premier sur la grande scène, les autres dans des espaces plus ou moins vastes, plus ou moins accessibles, de la Comédie. Un billet au premier donne accès à tous les autres, le même soir ou à convenir.

Si le texte a toujours été «une formidable machine à théâtre», il devient donc une formidable machine de théâtre à tous les étages. Le N et K de la direction reviennent sur le pourquoi et le comment de ce remue-ménage.

 

Natacha Koutchoumov, pourquoi Mademoiselle Julie de Stringberg?

La question que nous nous posions était: quelle pièce avait marqué la Comédie et ses spectateurs. En réponse, le Mademoiselle Julie de Mathias Langhoff revenait souvent. Personnellement, je n’ai pas pu la voir, mais il y a des gens de théâtre pour qui il y a pratiquement un avant et un après. Et les thèmes abordés – pouvoir, désir, genre – résonnent avec tout le #metoo que nous venons de vivre. Donc, il fallait!

 

Comment s’est mis en place ce programme de six appropriations de la pièce?

Nous avons réfléchi à la mission de la Comédie. Pour nous, cela a toujours été le lieu où on pouvait découvrir le théâtre d’aujourd’hui. Cela était plus généreux à certains moments, mais c’est le lieu, à Genève, où se réinventait la mise en scène. Pour Mademoiselle Julie, il était alors tentant d’interroger encore davantage le texte en multipliant les esthétiques et les regards. Nous en avons parlé avec Luk Perceval, puis avons contacté les autres… avec qui nous étions déjà en lien depuis notre dossier de candidature pour reprendre la direction de la Comédie. Le miracle, c’est que les envies et les hasards du calendrier font qu’ils sont tous à Genève.

 

Il y a tout de même un metteur en scène qui monte une pièce sur un grand plateau, et d’autres qui vont dans une loge ou dans l’atelier des costumes.

C’est aussi leurs choix. Connaissant Tiago Rodrigues, nous savions à l’avance qu’il demanderait de pouvoir investir l’atelier des costumes! Et ce sont des lieux très évocateurs. On ne peut pas rentrer dans une loge d’artiste ou dans l’atelier des costumes sans déclencher un imaginaire. Comédienne, j’ai toujours été fascinée par l’atelier des costumes, on peut voir, respirer la robe que portait telle interprète pour tel spectacle il y a vingt ans. Sans aller jusque-là, il sera aussi intéressant de voir comment les spectacles seront vécus dans des lieux aussi évocateurs. S'il y aura des «frottements»…

 

Pratiquement, comme cela se passe-t-il? Est-ce comme un cinéma multiplex dans lequel on prend un billet pour la grande salle du premier étage ou la petite du troisième?

Non. Le billet pour le Mademoiselle Julie de Luk Perceval permet d’assister aux autres. Soit après la séance, soit un autre soir, sur réservation. Et non, nous ne nous proposons pas d’empiler les gros blockbusters! Mais oui, cela va permettre aux spectateurs de déambuler dans le théâtre, de découvrir des lieux qu’ils n’avaient jamais pu voir, ou en tout cas pas comme ça. Et finalement, ce lieu qui va disparaître leur appartient davantage qu’à Luk Perceval, à Denis Maillefer ou à moi, qui ne faisons tous que passer.

 

C’est aussi une expérience plutôt rare pour la direction, fût-elle bicéphale. Vous devez mettre en scène ces différents spectacles afin qu’ils se répondent, comme un accrochage pour une grande exposition. Comment vous y êtes-vous pris? Avez-vous réuni tout le monde autour d’une table?

Non, mais il est vrai que nous avons dû être un peu curateur. Il y a eu une très bonne surprise: alors que Luk Perceval a décidé d’écarter un personnage secondaire, la cuisinière Christine, Pascal Rambert prenait justement le parti de lui écrire un monologue, de ne parler que d’elle. Sinon, nous avons tenu au courant les uns du travail des autres, afin de faire en sorte que l’appropriation d’un même thème se fasse en connaissance de cause.

 

Le programme de Julie’s Party se décline en cinq spectacles de théâtre et… un film. Qu’en est-il de cette proposition de Christiane Jatahy?

Christiane Jatahy travaille sur les rapports entre le théâtre et le cinéma. Elle mettra d’ailleurs ceci en pratique fin octobre avec une interprétation des Trois Soeurs de Tchékhov, What if They Went to Moscow? Et elle a précédemment monté un Mademoiselle Julie, Julia, dans lequel elle avait recours à la vidéo. Le film qui sera montré reprend des séquences tournées pour ce précédent spectacle, dans un nouveau montage, enrichis de nouvelles scènes tournées avec des comédiens de théâtre.

 

Ce qui fait que pour les répétitions, vous n’avez eu «que» cinq spectacles à coordonner. Comment cela s'est-il passé?

Je vous confirme qu’il y a eu plusieurs metteurs en scène et compagnies qui ont répété en même temps dans le théâtre! Les tg STAN sont venus, avant de partir continuer de travailler en Belgique. Et Denis Maillefer a été au Portugal suivre des répétitions d’Une Autre Fin de Tiago Rodrigues. Et je vous confirme que tout s'est très bien passé!

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Julie’s Party, 5 spectacles et un film inspirés par Mademoiselle Julie d'August Strindberg à voir à la Comédie de Genève jusqu’au 30 septembre 2018.

Renseignements et réservations au +41.22.738.19.19 ou sur le site du théâtre www.comedie.ch

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