Publié le 29/05/2016 à 15:49

La Comédie de Genève, reflet du monde

L’auteur et metteur en scène Joël Pommerat viendra clore en beauté la nouvelle affiche prometteuse de la Comédie de Genève.

 


Du jeune auteur italien Fausto Paradivino à Goethe, en passant par Shakespeare et Marivaux sous la houlette des Romands Guillaume Béguin et Julien George, la nouvelle affiche de la Comédie de Genève brosse large. Et l'on est loin d'être exhaustif. Les Syriens Omar Abusaada et Mohammad Al Attar y seront les invités de la Bâtie à la rentrée dans une pièce racontant métaphoriquement le naufrage de leur pays. Puis Hervé Loichemol, y mettra en scène une histoire de famille tourmentée, La Boucherie de Job, qui ouvrira à proprement parler cette nouvelle saison. Une saison marquée par la venue de grandes figures du théâtre en France et en Europe, et par l'accueil exceptionnel du Théâtre national palestinien dirigé par Adel Hakim. La grande fresque de Joël Pommerat sur la Révolution française, qui vient de rafler trois Molière en France, achèvera l'année en beauté sur la question de l'engagement, du courage et de la justice. Aperçu.

 

 

Le théâtre comme métaphore d’un pays mourant, la Syrie… certains artistes ont fait le choix d’une forme de théâtre documentaire qui s'inspire d'une actualité qui les touche, la leur, celle de leur pays, où la violence fait rage. Omar Abusaada, metteur en scène syrien vivant au Caire, est de ceux-là. Il a notamment mis en scène Les Troyennes d'Euripide, avec des femmes syriennes réfugiées en Jordanie. Il a aussi beaucoup travaillé dans des prisons. Aujourd'hui, avec l'auteur Mohammad Al Attar, avec qui il a entre autres créé Antigone of Shatila associant au récit de Sophocle celui de femmes syriennes réfugiées dans des camps palestiniens, il raconte l'histoire d'un jeune homme plongé dans le coma après avoir été mystérieusement battu. L'état de cet homme ressemble à celui de son pays, la terre syrienne. Alors que j'attendais sera joué deux soirs à La Comédie dans le cadre du festival de la Bâtie, qui se déroulera à la rentrée du 2 au 17 septembre.

 

La Boucherie de Job, ou l'histoire d'une famille tourmentée

On connaît l'intérêt d'Hervé Loichemol, directeur de l'institution genevoise depuis 2011, pour les oeuvres qui questionnent les défaillances du monde. Il y a quelques jours, lors de la présentation publique de sa dernière saison avant de quitter le navire, il avouait avoir mis la main sur une pièce qu'il considère comme un petit trésor. L'auteur n'en est ni Shakespeare, ni Olivier Py, dont la reprise d'Epître aux jeunes acteurs poursuit sa tournée de même que la grandiose Cassandre avec Fanny Ardant sur la musique de Michael Jarrell, qui ouvrait magnifiquement sa saison l'an passé. Né à Gênes en 1976, Fausto Paradivino est un auteur contemporain en vogue. Il est aussi comédien et metteur en scène. La Boucherie de Job, une pièce simple, profonde et grave, raconte l'histoire d'une famille assez tourmentée, précise Hervé Loichemol. Job, petit commerçant, fait faillite. A son retour des Etats-Unis, son fils reprend le négoce et relance les affaires. Le dramaturge italien, dont on a pu découvrir l’été dernier à Genève l'intrigante Maladie de la Famille M., évoque ici "le destin hallucinant du bon, vertueux et innocent Job", sans pour autant paraphraser la Bible. Pour brosser ce récit d'un monde qui bascule et s'ordonne par l'argent, Hervé Loichemol fait monter dix comédiens sur le plateau, dont Rebecca Balestra, jeune comédienne issue de la Manufacture et bourrée de talent, Ahmed Belbachir, Anne Durand, Camille Figuereo et François Nadin.

 

Goethe et Iphigénie, sous la houlette de Jean-Pierre Vincent

Après la reprise par le metteur en scène belge de son adaptation du Voyage au bout de la nuit de Céline, qui remporta un très grand succès la saison précédente, Goethe sera à l'honneur à la Comédie en novembre. Son Iphigénie en Tauride n'est pas celle qui est sacrifiée par son père pour qu'Hélène puisse être récupérée à Troie. La déesse Artémis fait égorger un animal à sa place. Cette quête acharnée de vérité est revue à la lumière de Bernard Chartreux, qui en présente une nouvelle traduction. Grande figure de la scène française, Jean-Pierre Vincent, qui a débuté sa carrière avec Patrice Chéreau, avant de diriger le Théâtre national de Strasbourg pendant dix ans, puis la Comédie française et le Théâtre des Amandiers de Nanterre, en signe la mise en scène. Une exposition sur Goethe et la France aura lieu en parallèle à la fondation Bodmer, jusqu'en mars 2017.

 

Jöel Pommerat ou la question de l'engagement

On traversera ensuite la lettre écrite par Kafka à son père en 1919, quatre avant sa mort, qu'il ne lui a jamais envoyée. Un combat impitoyable entre un père et un fils contraint de renoncer à un projet de mariage suite au refus paternel. Daniel Wolf mettra en scène Dominique Catton qui signe ici son retour sur les planches aux côtés de Jean-Aloïs Belbachir. On plongera ensuite dans Forbidden di Sporgesi, une découverte d'Hervé Loichemol au Festival d'Avignon l'an passé, un "carnaval acrobatique digne de Tinguely et de Tati" signé Pierre Meunier. Ce dernier, qui s'inspire du poème d'une jeune "autiste sans parole" dite Babouillec (pseudo d'Hélène Nicolas), a collaboré avec des artistes comme Pierre Etaix, Matthias Langhoff ou Joël Pommerat. Joël Pommerat, on le retrouvera en fin de saison pour sa dernière création consacrée à la Révolution française. Ca ira (1) Fin de Louis, grande épopée politique, évoque l'engagement, le courage, la justice, la légitimité du pouvoir, et pose aussi la question du vivre ensemble. L'auteur et metteur en scène français vient de rafler trois Molière pour cette pièce qui a déjà recueilli un immense succès depuis sa création dans l'Hexagone: celui du théâtre public, du metteur en scène et de l’auteur francophone de l’année. De quoi achever en beauté une saison marquée entre autres par une mise en scène de Shakespeare et de Marivaux par deux Romands, respectivement Guillaume Béguin et Julien George, et la venue exceptionnelle du Théâtre national palestinien dirigé par Adel Hakim.

 

Cécile Dalla Torre

 

Découvrez l’intégralité de la saison 2016/2017 de la Comédie de Genève sur leprogramme.ch ou sur le site du Théâtre www.comedie.ch

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