Publié le 17/02/2017 à 19:10

L’enfant face à un déménagement

«Le plus magique a été de découvrir le rire des enfants à la première»

 

Boulou déménage, et il sera au Théâtre des Marionnettes de Genève du 22 février au 12 mars 2017. Et un déménagement, c’est la fin du monde quand on n’a que 6 ans. Parmi les cartons, les rouleaux de scotch, les papiers-bulle et le polystyrène, trois comédiens, Laure-Isabelle Blanchet, Salvatore Orlando et Viviane Thiébaud, donnent vie à cette petite famille qui va bientôt quitter la Belgique pour la Suisse. Inspirée de sa propre expérience, la dramaturge et metteure en scène suisse Julie Annen livre un spectacle sensible et plein d’humour aux enfants dès quatre ans. Interview.

 

 

Qui est Boulou?

Boulou, c’est mon fils cadet Noé, ou plutôt le surnom que je lui donnais quand il était tout petit. S’il soutient aujourd’hui que je ne l’ai jamais appelé comme ça, il reste pourtant la source de mon inspiration pour ce spectacle. Espiègle, colérique et rieur, Noé tonne, étonne et explose d’un sourire les petites cases bien serrées dans lesquelles on voudrait le ranger. Parfois il s’échappe, m’échappe, nous entraîne vers de nouveaux horizons dont nous revenons la tête chargée de trésors.

 

Quels mots de votre fils vous ont amené sur la piste de ce spectacle?

C’est plutôt la difficulté que la famille a eue à mettre des paroles sur ce qu’il se passait. Car lorsque nous avons annoncé que nous allions déménager, Noé a beaucoup pleuré et il était difficile de savoir exactement pourquoi, car à six ans il lui était difficile de le formuler avec son vocabulaire de l’époque. J’ai alors décidé de prendre du temps et de le questionner en profondeur sur ce qu’il ressentait et ce qu’il avait envie de dire. Sa première crainte a été de devoir laisser ses copains et sa première question, celle de savoir comment faire pour qu’ils se souviennent de lui. Créer un spectacle pour en parler lui offrait alors une bonne réponse. J’ai aussi beaucoup déménagé dans ma vie, et partager sur le déracinement avec mon fils m’a peut-être aussi permis de mettre des mots sur des sentiments que j’avais eus et que nous ressentons tous lors d’un déménagement.

Est-ce qu’on oublie ses souvenirs d’enfance? Si on les oublie, est-ce que les autres les oublient aussi? Quelle part de nous doit disparaître pour qu’on puisse grandir? Cette histoire, c’est l’apprentissage de la nostalgie aussi.

 

 

Qu’a-t-il éprouvé à la découverte du spectacle?

Dans un premier temps j’avais enregistré nos interviews, puis, pour le spectacle, je lui ai écrit une partition d’après ses dires qu’il m’a demandé de modifier pour plus de précision, avant que nous n’enregistrions la version finale, utilisée dans le spectacle. Mais il ne savait rien du fil qui allait se dérouler autour de sa voix. Ce qui a été le plus émouvant pour lui, ça a été de voir à quel point sa vie d’avant était présente dans ce spectacle, mais aussi sa nouvelle vie, notamment à travers l’évocation d’un de ses nouveaux copains, Santiago. Quant à moi, que la famille de Santiago soit venue voir le spectacle sur invitation de Noé, comme le faisaient les familles de ses copains belges, me montre qu’il a su se redéfinir face à un nouvel environnement, tout en restant lui-même. Au-delà de la tristesse, de l’oubli, de la perte et de la rupture, le changement apporte également la joie de créer de nouveaux liens.

 

 

Avant l’écriture, pensiez-vous déjà au théâtre d’objet pour cette création?

Fidèle à l’écriture de plateau et moins au théâtre d’objet, j’ai débuté le travail avec mon équipe en faisant des essais avec des marionnettes articulées, mais l’envie de jouer avec l’objet symboliquement fort du déménagement, le carton, est rapidement devenue incontournable dans mon esprit. Il était évident qu’il devait être sur scène, et pas uniquement comme décor. A la manière des enfants, nous avons expérimenté le matériau jusqu’à ce qu’il s’impose tant pour les objets que pour les personnages.

 

Parmi les comédiens qui composent cette petite famille, tous ne sont pas manipulateurs.

Non, mais tous sont de très bons comédiens avec qui j’ai déjà travaillé. Si seule Laure-Isabelle Blanchet est également marionnettiste, c’est surtout pour la complémentarité qu’elle a apportée à mon travail avec celle de Salvatore Orlando et de Viviane Thiébaud, que je l’ai sollicitée. Chaque personnalité a permis à mon rêve de devenir réalité, l’enrichissant sans le trahir. Le plus magique a été de découvrir le rire des enfants à la première à Lausanne, gage que notre travail faisait mouche auprès de son public.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Boulou déménage, un spectacle de Julie Annen à découvrir en famille dès 4 ans au Théâtre des Marionnettes de Genève du 22 février au 12 mars 2017.

Renseignements et réservations au +41.22.807.31.07 ou sur le site du théâtre www.marionnettes.ch

Comédie Perdre Son Sac