Publié le 12/04/2016 à 19:47

Il était une fois La Cour des contes

«Les contes se composent tous d’une parole de sagesse qui nous touche»

 


Qu’ils soient d’hier ou d’aujourd’hui, mythologiques ou historiques, les contes se font le miroir de l’humanité du 22 avril au 1er mai à Plan-les-Ouates. Au programme du 19ème festival de La Cour des Contes: des histoires bien connues comme celle des trois petits cochons, revisitée par Aimée de La Salle, ou celle de l’origine du monde des peuples de l’Indus par Nathalie Le Boucher, mais aussi des paroles contemporaines comme celle des femmes de la révolution arabe transmises par Jihad Darwiche ou encore l’intime des relations familiales et des passions humaines à travers le slam-poésie de Sabrina Chézeau. Interview de Pascal Mabut, programmateur du festival.

 

Comment expliquez-vous le succès de ce festival depuis 19 ans?

Le conte est un médium qui touche les gens par son côté traditionnel et populaire. La presse se faisait récemment l’écho d’une nouvelle étude de Sara Graça da Silva, chercheuse en littératures traditionnelles à la Nouvelle université de Lisbonne, et Jamshid J. Tehrani, anthropologue à l’université anglaise de Durham, qui ferait remonter le conte à l’âge du bronze en Eurasie. Si cette étude est controversée, les contes se composent tous d’une parole de sagesse qui nous touche.

 

Peut-on noter une évolution dans la transmission du conte ces dernières années?

Aux côtés des contes traditionnels actualisés ou personnalisés, viennent s’ajouter de nouveaux récits de vie, plus introspectifs, à l’image de Michèle Nguyen, née en Algérie d’un père vietnamien et d’une mère belge. Son travail d’écriture s’articule autour de ses propres valeurs et de sa propre identité. Elle avait d’ailleurs reçu le Molière du meilleur spectacle jeune public pour Vy qu’elle avait présenté en 2011 à La Cour des Contes. Devenue mère, son nouveau spectacle intitulé La voyageuse parle de ce lien indéfectible entre une mère et son enfant.

Ces dernières années ont aussi vu l’arrivée du slam dans le conte. L’Honorable Scarabée, le touche-à-tout de la parole Loc Nguyen, crée des projets avec un style original depuis 2008. Nous l’avions découvert l’an dernier dans le Tremplin jeunes conteurs conjointement organisé avec le Festival de contes de Neuchâtel, où il a été primé aux côtés de Vanessa Gressin, également invitée à participer à cette édition. Accompagné par Julien Rallu à flûte traversière, le nouveau spectacle de Loc Nguyen, Le temps que l’on traverse, emmènera le public dans une course contre la montre pour apprivoiser le temps qui passe.

 

La musique a souvent une place de choix dans les récits et le festival lui fait la part belle.

La musique est très souvent associée au récit, car elle permet de mieux suivre l’histoire venant accentuer les actions du jeu. Le spectacle Le Mahâbhârata en est le meilleur exemple. La conteuse Cécile Hurbault s’est inspirée de la tradition millénaire sud-est asiatique qui conte la guerre entre les Kaurava et les Pandava. Ce théâtre traditionnel mêle vingt musiciens et chanteurs au théâtre d’ombre dans une performance de quatre heures.

Depuis quelques années déjà, le festival propose également une soirée de contes au Chat Noir à Carouge intitulée Les contes des chats perchés. Invités à ce Cabaret des fous, François Lavallée, Michèle Bouhet, Jean-Louis Compagnon, Sabrina Chézeau et Catherine Gaillard proposeront un florilège des meilleures histoires courtes de leur répertoire. Dans la même veine musicale, on retrouvera le duo vendéen Jean-Louis Compagnon et Michèle Bouhet qui nous contera des histoires de pêche au grand large au son de la guitare.

 

 

Vers quelles contrées les contes emmèneront-t-ils le public cette année?

Le Libanais Jihad Darwiche a collecté des histoires auprès des femmes qui ont participé à la révolution arabe dont notamment celle de la place Tahrir en Egypte. Avec Le jour où l’espoir…, il apporte une parole contemporaine sur ces femmes vivant dans des sociétés patriarcales. Dans un style très humoristique, Bref le grand Nord, du jeune duo Maxiju, reprend à sa sauce les histoires nordiques traditionnelles. Massimo Schuster, connu dans le monde de la marionnette, revient quant à lui sur des histoires mythologiques comme la guerre de Troie avec Le conte de Troie, et historiques, avec La grande et véritable histoire des Paladins de France. L’histoire suisse ne sera pas en reste: Catherine Gaillard proposera quelques extraits du livre Écrits sur le sable d’Isabelle Eberhardt, écrivaine aventurière née à Genève en 1877, dont les multiple voyages à travers l’Afrique du Nord forment le substrat de la prochaine création de la conteuse que nous présenterons en 2017. De son côté, Pierre Rosat s’est plongé dans Le règne de l’esprit malin de Charles Ferdinand Ramuz pour Un esprit malin, où la vie des habitants d’un petit village valaisan se voit bouleversée par l’arrivée d’un personnage diabolique.

 

En marge des soirées conte, vous organisez des ateliers, comment cela se passe-t-il?

Des ateliers de création de marionnettes à doigts, de castelet, et de cuisine sont organisés pour les enfants durant tout le festival. Par exemple, durant l’atelier Saperlipopote, les enfants prépareront des mets pour le brunch du lendemain, accompagnés des contes culinaires de Mathilde Bussy. Ces ateliers sont gratuits, seul le stage donné par Michèle Bouhet, en remplacement de Jihad Darwiche, est payant, et il ne reste déjà plus que deux places. En marge des soirées contes, Nathalie Jendly proposera également des comptines de bouche à oreille pour les tous petits avec des personnages en tissus qu’elle a créés.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Festival La Cour des contes - Plan-les-Ouates du 22 avril au 1er mai 2016.

Renseignements et réservations sur le site www.plan-les-ouates.ch/contes

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