Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

«Le périple d’Ulysse est constitué de plein de petits récits durant de deux à vingt minutes, laissant la possibilité à chacun de prendre l’histoire en cours de route.»

 

Le 27 avril, le Festival La Cour des Contes de Plan-les-Ouates lancera sa 21ème édition. Jusqu’au 6 mai, l’art du récit se donnera sous toutes ses formes et à travers de nombreux ateliers. En point de mire le 28 avril à l'Espace Vélodrome, La Nuit du conte avec Café Ulysse de la Française Francine Vidal, coécrit et mis en scène avec Jean-Jacques Fdida, son complice artistique depuis vingt ans. Librement inspiré de L'Odyssée d’Homère, ce spectacle mêle des récits contemporains et diverses langues pour mieux appréhender nos destinées.

La marque de fabrique de Francine Vidal tient dans le nom de sa compagnie: Caracol, en référence au mouvement du cheval, mais aussi à la polysémie de ce mot qui en espagnol veut dire escargot – cet éternel voyageur avec sa maison sur le dos. Créée en 2000, la compagnie ne se cantonne qu’à une seule chose: raconter le récit dans son intégralité. Qu’il s’agisse du Petit chaperon rouge ou de L'Odyssée, pas de raccourci ni de parodie, l’histoire n’est jamais détournée. Dans Café Ulysse, on plonge dans l’ambiance d’un café de village, où une équipe polyglotte et un transistor emmènent le public dans le sillage d’Ulysse et sa fameuse Odyssée à travers les yeux de ceux que sa route a croisés.

 

Qu’est-ce qui vous a amené sur les pas d’Ulysse?

C’est le cœur! Depuis plus de vingt ans je me passionne pour le récit, et L’Odyssée d’Homère est un des livres qui a particulièrement marqué mon enfance. Je m’étais déjà essayée à la raconter en solo devant des collégiens, mais c’est en 2014 que j’ai su comment lui donner vie.

 

En quoi l’épopée d’Ulysse résonne-t-elle avec aujourd’hui?

Dans L'Odyssée, ce qui m’intéressait fondamentalement, c’était de parler de la maison, de ce qui fait le "chez soi". Car on peut avoir un toit sur la tête tout en ayant la sensation d’être perdu. Maison-patrie, maison-refuge, maison-palais, maison-prison, maison-grotte, maison-bateau, c’est toute la panoplie des maisons possibles qui est abordée dans L’Odyssée, avec, au fond du cœur, cette demeure, réelle ou imaginaire, à laquelle chacun se réfère.

Ulysse fait preuve d’un fort ethnocentrisme en regardant le monde comme on le fait tous: au travers de nos repères. C’est pour cette raison que nous avons choisi de faire parler les personnages qui entourent Ulysse: la magicienne Circé, Télémaque qui raconte ce que ça a été de grandir sans père pendant vingt ans, Argos, le chien qui attend fidèlement le retour de son maître, ou encore le Cyclope, qui, de son point de vue, n’est pas du tout concerné par les préoccupations d’Ulysse. Cette vision occupe toujours le devant de la scène sociale actuelle, c’est pourquoi je voulais absolument adjoindre au récit original des textes contemporains issus de témoignages – collectés par nos soins ou rapportés – que nous avons écrits à la première personne. Par exemple, il y a le texte de cet homme vivant en France tel un indigent, quémandant ses papiers – son identité, qui entre en écho avec le retour d'Ulysse chez lui déguisé en mendiant.

Tel un mille-feuille, l’idée du café est naturellement venue compléter ce tableau de famille où l’hospitalité se partage au-delà des cultures.

 

Pour chacune de vos créations, vous faites appel à des artistes venus de différents horizons.

Ce qui caractérise la Compagnie Caracol, c’est justement de ne pas être cantonnée à un style. Nous pouvons créer du théâtre jeune public, du théâtre de rue, des contes. Ce qui nous tient à cœur, c’est de donner vie à des récits et de les transmettre. La forme dépend plus du sujet que nous voulons partager que d’un a priori. Dans le noyau dur de la compagnie, il y a Jean-Jacques Fdida, co-auteur et metteur en scène de Café Ulysse, avec qui je collabore depuis 20 ans. Puis à chaque nouvelle création, nous faisons appel aux artistes qui nous semblent le mieux correspondre au projet que nous envisageons de mener.

Pour ce spectacle, nous nous sommes adressés à la comédienne Fatimzohra Zemel. D’origine algérienne, elle parle plusieurs dialectes arabes, mais aussi l’italien et la langue des signes. Reinier Sagel, anglo-néerlandais, est un homme qui a fait toutes sortes de métiers avant de devenir régisseur pour le théâtre. Et avec son bagout et sa présence, c’est lui qui endosse aujourd’hui le rôle d’Ulysse. Ces profils, parfois atypiques, offrent aussi un autre regard sur ces récits dits littéraires que tout le monde ne connaît finalement qu’en partie. Je complète la distribution et apporte le français et la langue des signes, ainsi que quelques mots dans d’autres langues comme l’indonésien.

L’intégralité du récit est donnée et elle est compréhensible en français d’un bout à l’autre du spectacle. La langue française dans Café Ulysse, c’est un peu comme un concerto de piano: on entend le piano, parmi tous les instruments qui l’entourent.

 

 

Pourquoi ce choix de faire entendre plusieurs langues?

Être chez soi c’est aussi pratiquer sa langue, être capable d’en percevoir la finesse d’humour immédiatement par exemple, qui lui confère une proximité irremplaçable.

C’est quelque chose que j’ai introduit dans mes créations il y a quelques temps, que ce soit en langue des signes ou dans d’autres langues, suite à plusieurs voyages en Mauritanie et au Yémen notamment. Mais c’est surtout, ici encore, une question de cœur. Élevée dans un milieu polyglotte c’est quelque chose qui m’est très familier et par ailleurs, cela reflète la réalité cosmopolite de la société actuelle à laquelle je souhaitais faire écho avec ce spectacle. Entendre de l’arabe sur nos scènes aujourd’hui est très rare, de même que l’allemand et pire encore: le néerlandais (sourires). C’est aussi une manière d’amener le spectateur ailleurs: ne comprenant pas la langue, il va écouter autrement et porter son attention sur le jeu, l’émotion ou encore le rythme. La langue des signes, très émotionnelle et visuelle, vient alors compléter la compréhension du récit.

 

Le spectacle dure trois heures, mais peut-on venir à tous moments?

Au départ ce spectacle a été créé spécifiquement pour la rue et il a su garder sa convivialité à l’intérieur des salles de spectacles. Comme au café du coin, nous offrons des boissons chaudes à nos visiteurs, libres d’aller et venir comme il leur plaît. Si la soirée s’organise en deux fois 1h30 pour laisser une pause repas, le périple d’Ulysse est constitué de plein de petits récits durant de deux à vingt minutes, laissant la possibilité à chacun de prendre l’histoire en cours de route.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Café Ulysse / La Nuit du conte, une proposition de la Compagnie Caracol à découvrir à l'Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates le samedi 28 avril 2018.

Cette soirée s’inscrit dans le cadre du Festival La Cour des Contes 2018 qui se déroulera du 27 avril au 6 mai. Programme complet, renseignements et réservations au +41.22.884.64.60 ou sur le site www.plan-les-ouates.ch

Commune de Plan-les-Ouates - Saison 18/19