Publié le 29/01/2019 à 10:27

Groove’N’Move: danses urbaines à l’honneur à Genève

«Aujourd’hui, la musique hip-hop est très écoutée, on la retrouve dans des lieux variés, y compris au théâtre, et le festival Groove’N’Move se fait l’écho de cette évolution.»

 

La 9ème édition du Festival international de Danses Urbaines Groove’N’Move débutera le 15 mars prochain dans plusieurs lieux de Genève. Pendant douze jours, ateliers, films, conférences, créations et battles mettront en lumière les valeurs, l’énergie et la force de la culture hip-hop (DJing, breakdancing / b-boying, graffiti et beatboxing) née dans le Bronx de New York il y a 43 ans. A l’honneur cette année, les familles pour qui un parcours sur mesure a été imaginé, comme un fil rouge à travers la programmation.

Le hip-hop a le vent en poupe, mais si un ou deux évènements par mois sont organisés en faveur des battles (compétitions), peu de créations atteignent les scènes institutionnelles suisses. Le point avec Sébastien Boucher, directeur artistique du festival.

 

Quel portrait brossez-vous de cette culture hip-hop bientôt quinquagénaire?

Cette culture est issue d’un métissagede nationalités, de personnalités, de musiques qui se rencontrent.Vectrice de valeurs, elle a su perdurer et s’ancrer dans le monde entier, valorisée par sa musique et les divers talents de ses acteurs. Aujourd’hui, la musique hip-hop est très écoutée, on la retrouve dans des lieux variés, y compris au théâtre, et le festival Groove’N’Move se fait l’écho de cette évolution.

 

Comment se porte la danse hip-hop suisse?

Nous avons de la chance à Genève, grâce au festival notamment et à l’événement Juste Debout Suisse (les présélections suisses de la plus grande rencontre de danse hip-hop au monde qui aura lieu cette année le samedi 9 février à l'Alhambra à Genève), de pouvoir proposer une plateforme aux compagnies locales qui leur permet d’évoluer dans un milieu professionnel. Car s’il existe de nombreux évènements dédiés aux battles, très peu le sont à la création. Quelques compagnies commencent à se produire dans les théâtres à travers des collaborations lors de créations pluridisciplinaires, mais les programmateurs restent encore frileux et les réseaux de diffusion inexistants.

Et si en France des centres chorégraphiques de hip-hop existent déjà, en Suisse, les danses urbaines ne sont pas affiliées à de tels lieux.

La formation dans ce domaine est encore en voie de développement en Suisse, notamment parce que la plupart des danseurs qui le pratiquent, le font à travers des battles ou des shows, très peu se sont réellement lancés dans la création. Ainsi, le manque d’espaces d’expression se fait déjà sentir.

 

La danse hip-hop passe inévitablement par la musique.Peut-on encore associer les danses urbaines contemporaines aux clips de rapdiffusés sur les chaînes musicales?

Le rap s’éloigne parfois du message originel du mouvement hip-hop créé dans les années septante à New York et relayé par l'Universal Zulu Nation (UZN). Cette organisation internationale «pour la prise de conscience hip-hop», fondée sur le respect de codes moraux, en quête de paix, de sagesse, de compréhension et de transmission, visait la canalisation de la violence des rues par l'exercice d'arts tels que la danse, la musique et la peinture.

Ce sont toutes ces valeurs que le chorégraphe cherche lui aussi à mettre en avant en questionnant notre monde. Par exemple, les pièces Dystopie de OSJ Crew ou divin@media.com de la Cie Phorm interrogent l’impact des réseaux sociaux, le film Les fleurs de bitume de Karine Morales et Caroline Péricard aborde la question de la liberté de la femme – une question qui sera également discutée lors d’un atelier animé par la danseuse, activiste, pédagogue et poétesse Léa Latour autour de la place du corps de la femme dans la danse hip-hop.

 

 

En tant que chorégraphe et interprète, vous présenterez la pièce Jhana lors de la soirée d’ouverture du 15 mars à l’Audio Club de Genève. En quoi cette performance se différencie-t-elle de la danse contemporaine?

Cette question reste délicate, et à définir surtout. Certains la reconnaîtront comme telle et d’autres non. Si l’on s’en tient au terme contemporain, c’est-à-dire actuel, il est clair que ce sont des mouvements de la danse hip-hop, mais repris dans le contexte particulier de la création chorégraphique personnelle. Mon esthétisme est issu du hip-hop, une danse à laquelle je me suis formé, c’est mon vocabulaire. On y retrouve toutes ses tensions et ses ondulations particulières par exemple. Je dirais qu’à partir du moment où il y a une écriture, où on sert un propos, dans la danse hip-hop, celle-ci s’éloigne du principe de battle pour rejoindre le monde de la création chorégraphique contemporaine.

Un battle, c’est l’état brut de la danse, un concept social développé pour se surpasser en s’affrontant groupe contre groupe dans un état d’esprit positif et créatif, par catégories, où des styles sont imposés sur des musiques particulières qui parfois restreignent nos mouvements. D’ailleurs le Battle Groove’N’Move – avec ses deux catégories phares, Hip hop et Popping –, est un événement incontournable du festival, un temps festif qui ouvre des espaces de participation et de convivialité.

 

Cette année, les familles seront mises à l’honneur avec une sélection d’évènements.

Depuis quelques temps, je donne des cours pour les sept ans, et le hip-hop, ils baignent littéralement dedans (sourires). Même les jeux vidéo contiennent des pas de danse hip-hop aujourd’hui. On sent qu’ils ont envie de se mettre à l’épreuve de cette danse. Avec l’appui des communes de Bernex et de Confignon, deux stages seront proposés le matin pour les enfants de 8 à 12 ans et un battle de breakdance aura lieu l’après-midi pour les 12-17 ans. Les plus jeunes pourront ainsi s’exprimer devant des juges et des DJs reconnus. Les familles sont invitées à découvrir les différents styles de danse et leurs influences à travers des stages d’initiation aux danses urbaines menés par des danseurs professionnels locaux, mais aussi par un atelier ludique et créatif dispensé par le chorégraphe et pédagogue Artur Libanio, ou encore en participant à la conférence dansée From scratch par le chorégraphe Iffra Dia.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Festival Groove’N’Move 2019, 9ème édition, à Genève du 15 au 26 mars. Programme en détail et réservations sur le site www.groove-n-move.ch

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