Publié le 26/10/2018 à 12:15

Françoise Courvoisier chante le blues…

«Une chanson, c’est un moment de vie»

 

A la tête du Théâtre de Poche pendant douze ans, la comédienne et metteure en scène Françoise Courvoisier interprète ses propres textes depuis une petite dizaine d’années, accompagnée à la guitare par Narciso Saúl. Créé pour une seule représentation au Poche de Genève en 2010, le spectacle musical Le Blues de la bourgeoise s’est joué avec succès au Théâtre Le Public à Bruxelles en décembre 2012, puis à La Manufacture des Abbesses à Paris au printemps 2016, et se donnera pour cinq représentations aux AMIS musiquethéâtre de Carouge du 31 octobre au 4 novembre 2018.

Entre théâtre et musique, Françoise Courvoisier, qui a repris les rênes du Théâtre des Amis en mars dernier, déroule un tour de chant fait d’histoires chargées de tendresse, de désir, et d’une bonne dose d’autodérision.

 

Quelle place tient la musique dans votre vie?

Mon rapport à la musique remonte à la prime enfance puisque mon père était violoncelliste et que la musique faisait partie de mon quotidien. Nous jouions tous d’un instrument dans la famille, pour moi c’était le piano. Notre grand-mère nous a donné nos premiers cours puis nous sommes tous allés au conservatoire, cela allait de soi. La musique est passée au second plan quand j’ai commencé à faire du théâtre professionnellement.

 

Vous écrivez des chansons pour d’autres depuis des années, qu’est-ce qui vous a amenée à vouloir les chanter en 2010?

J’ai commencé à écrire des chansons au hasard des rencontres, et lorsque j’ai débuté la mise en scène, j’ai créé plusieurs spectacles musicaux. Notamment pour Bérangère Mastrangelo et pour Philippe Mathey. J’ai eu envie de les interpréter lorsque j’ai réalisé qu’elles avaient des résonances profondes en moi. Le Blues de la bourgeoise contient des chansons que j’ai écrites au fil de ces vingt dernières années. Les plus récentes datent d’il y a deux ans. Elles ont été mises en musique par le guitariste argentin Narciso Saúl, mon partenaire sur scène, qui signe également les arrangements des chansons précédentes composées par Pierre Vincent, Arthur Besson, Lee Maddeford et aussi Marco Sierro.

 

Qui est cette bourgeoise? Dans quel univers nous emmène-t-elle?

Le Blues de la bourgeoise, c’est le titre d’une chanson, la première que j’ai eu envie de chanter, c’est peut-être pour ça que je l’ai choisie comme intitulé de ce tour de chant. Cette bourgeoise, c’est vous, c’est moi. Car même si on se veut bohème ou artiste, comparés à des gens du voyage ou des migrants par exemple, on est forcé de se rendre à l’évidence: nous sommes des bourgeois!Mais le spectacle ne parle pas que de ça, chaque chanson vous emmène vers un ailleurs. Je raconte des histoires intimes qui tournent autour des questions existentielles que nous partageons, comme l’amour, la mort ou le désir. Et pour moi la mort et le désir sont extrêmement rapprochés, puisque tout désir qui touche à sa fin nous entraîne inévitablement vers une sorte de "petite mort".

 

 

Vos chansons sont-elles tout ou partie autobiographiques?

Cette femme n’est pas un personnage, je suis une porteuse de chansons. Ces histoires sont fictives, mais on peut dire qu’il y a une part autobiographique effectivement. Le déclic d’une chanson, c’est aussi parfois une histoire qui arrive à quelqu’un d’autre et que vous traduisez en chanson parce qu’elle vous touche. Une chanson, c’est un moment de vie.

 

Au cœur du spectacle, un texte d’Henri Michaux intitulé Clown.

J’adore ce texte depuis toujours, il me donne de l’énergie. J’avais abordé l’auteur il y a quelques années et ce texte me reste comme une ancre. Il dit qu’à partir du moment où on assume le fait de n’être qu’un grain de poussière, on se sent libre et tous les possibles sont là. Ce texte exhorte à ne pas avoir peur du regard des autres, du jugement. Et l’autodérision, symbolisée par le clown qui veut bien faire rire de lui-même, est la forme d’humour qui amène la légèreté que je recherche.

J’essaie de ne pas me prendre au sérieux parce la prétention m’exaspère. Je ne parle pas de l’ambition, qui pousse à se dépasser, mais de l’autosuffisance.

 

Un spectacle empreint de nostalgie également quand on lit dans la chanson Rouge vermillon aubergine: «Un jour on se dit que c’est fini. Que le dernier train est parti. Face au miroir on jauge les restes.»

Oui et non, parce que la chanson se poursuit ainsi: «Et puis voilà, qu’elle ou qu’il – car je le chante une fois pour les femmes et une fois pour les hommes – se rapplique la bouche en cœur et l’œil qui brille, un petit coup de rein et c’est reparti. C’est fou ce qu’elle est jolie la vie.» Vivre c’est des éternels recommencements aussi. Je connais des personnes qui sont tombées amoureuses à soixante-cinq ans. En somme, tant qu’on n’est pas mort, tous les espoirs sont permis!

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Le Blues de la bourgeoise de Françoise Courvoisier est à découvrir aux AMIS musiquethéâtre de Carouge du 31 octobre au 4 novembre 2018. Avec Françoise Courvoisier (textes et chant) et Narciso Saúl (guitare).

Renseignements et réservations au +41.22.342.28.74 ou sur le site www.lesamismusiquetheatre.ch

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