Publié le 27/05/2019 à 15:55

Florilège de courtes pièces au Théâtre des marionnettes de Genève

«Je suis toujours fascinée de voir comment un rêve devient réalité à travers la forme»

 

Huit courtes pièces sont à déguster chaque soir du 31 mai au 2 juin au Théâtre des Marionnettes de Genève (TMG). Troisième laboratoire de création, Le cabaret en chantier vient clore la saison 2018/19 de manière festive avec une soirée événement où des jeunes talents marionnettiques d’ici et d’ailleurs rassasieront le public dès neuf ans de moments d’humour et d’autres plus cérébraux.

Naviguant sur le flot de leurs univers, ils ont eu recours à différents types de marionnettes, et à toutes sortes d’objets ou de matières pour donner vie à leurs personnages rêvés. Rencontre avec l’initiatrice de ce projet, Isabelle Matter, directrice du TMG.

 

Troisième édition du Cabaret en chantier, un temps dédié à la recherche et à l’expérimentation que vous avez initié en 2017.

J’ai toujours rêvé de pouvoir proposer un espace qui favoriserait la recherche expérimentale mais surtout la rencontre entre artistes. Et de sortir des impératifs liés à une production longue en proposant une sorte de «one shot», un coup d’effet, spontané et de qualité, avec une construction soignée. En recherche de la formule idéale, la première fois j’avais invité des artistes qui avaient suivi un cours en plateau d’écriture en marionnette avec Yoann Pencole et dont les pièces les plus abouties ont été présentées au public après une semaine de travail en les murs. L’an dernier proposait un axe fort sur la dramaturgie que nous avons mené avec l’auteur Fabrice Melquiot et une marionnettiste metteure en scène, Émilie Flacher, de la compagnie française Arnica.

Cette année, comme l’endroit de la scène est très concret lors d’une création en marionnette, nous avons souhaité donner plus de temps à la recherche et aux réglages marionnettiques en plateau à sept projets déjà bien avancés d’artistes concepteurs confirmés.

 

Comment la sélection s’est-elle organisée?

Je me suis à nouveau entourée d’Émilie Flacher mais aussi de Benno Muheim du Theater Stadelhofen à Zurich pour définir les critères qui nous ont permis d’exercer un choix. La consigne principale était que les participants devaient être disponibles tout le mois de mai. Nous souhaitions aussi qu’ils réalisent eux-mêmes leurs marionnettes, que le projet soit original et faisable dans le cadre de ce que nous proposons, c’est-à-dire une scénographie légère pour qu’il soit aisé de passer d’une création à l’autre durant la soirée.

 

Cet ensemble de formes courtes est une occasion unique pour le public de découvrir plusieurs techniques marionnettiques en une soirée.

Nous pouvons vraiment parler de plusieurs univers. Je suis toujours fascinée de voir comment un rêve devient réalité à travers la forme, qui est très importante en marionnette, et de voir la richesse des modes d’expression qui peuvent émerger d’une personne à l’autre de manière très variée.

Rita Giacobazzi a créé sa propre variation sur le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns avec les matériaux de la cuisine rapide. Thomas Bochet s’attache quant à lui au travail de la marionnette à tringle traditionnelle de Prague. Fanny Brunet et Delphine Bouvier ont imaginé un numéro entre violon et saucisse, pour parler du vivre ensemble, avec nos différences. Sarah Marcuse et Thomas di Genova ont réalisé un travail autour de marionnettes de table et du théâtre de matière, en l’occurrence de la terre. Olivier Mäusli pratique quant à lui les techniques de la marionnette de table en occupant tout le plateau. Alicia Packer fera un hommage à l’objet pour rappeler les personnes disparues avec du théâtre d’objet justement, tandis que Valentine Sergo, plutôt auteure et metteure en scène, s’est attachée au théâtre documentaire, aussi à partir d’objets.

 

De quelle manière les avez-vous accompagnés dans leur processus de création?

Nous avons commencé à passer deux jours tous ensemble, l’un comme un temps d’initiation à la marionnette, puisque certains ne l’avaient jamais pratiquée, et l’autre, pour que chacun nous présente son projet, ensuite de quoi nous avons à notre tour répondu en indiquant des potentiels que nous y voyions. Ensuite, chaque participant a choisi avec qui il souhaitait travailler de préférence. L’un de nous allait-il rester sur le carreau? (Sourires). Mais la répartition s’est finalement faite de manière très équitable entre nous trois. A présent, nous avançons pas à pas ensemble, avec un rendez-vous par semaine durant ce mois de mai. Nous leur proposons également un appui de construction avec les artistes plasticiens Yangalie Kohlbrenner et Fredy Porras, pour les aider à créer leurs marionnettes et leurs décors.

 

Nouveauté cette année, une carte blanche accordée à trois invités de marque pour présenter une création dans le cadre du projet transfrontalier HyperGrandEst.

C’est un projet qui met en lien le TMG, le Centre de la Marionnette à Tournai (BE) et le Jardin Parallèle à Reims (FR). Nous avions envie de créer un espace de rencontre, de création et de diffusion entre nos trois structures. Nous avons chacun choisi un ou une marionnettiste, Delphine Bechtoille, Chine Curchod et Nicolas Adrien Houteman, que nous avons réunis autour de six nouvelles à choix pour que ces trois personnes trouvent un lien autour d’une inspiration commune. A ma grande surprise, ils ont choisi Quand Mamie (2011) de la Valaisanne Noëlle Revaz que j’avais proposé et qui me tient en admiration. Dans ce texte radiophonique il est question des attentes que l’on a, des «choses» que nous pourrons enfin faire lorsque Mamie sera morte. Un vaste sujet dont Delphine Bechtoille, Chine Curchod et Nicolas Adrien Houteman ont su clairement se distancer pour leur création intitulée Quand, qui inclut vidéo, objets et manipulation. Ils ont passé ensemble une semaine de résidence de travail intensif dans chaque structure pour donner vie à cette création de quinze minutes qui s’est déjà produite en Belgique et qui marquera le début de cette soirée festive.

 

Propos recueillis par Alexandra Budde

 

Le Cabaret en chantier est à découvrir en famille au Théâtre des Marionnettes de Genève du 31 mai au 2 juin 2019.

Renseignements et réservations au +41.(0)22.807.31.07 ou sur le site du théâtre www.marionnettes.ch