Publié le 21/12/2016 à 13:19

Finissez l'année en Bohème

«La Bohème parle de joie de vivre, d'amour, de jalousie, d'argent et de la mort... c'est le résumé d'une vie.»

 

Pour les fêtes de Noël, l’Opéra des Nations se pare d'une atmosphère légère et arbore un état d'esprit libre et joyeux. La Bohème clôt en effet la première partie de saison du Grand Théâtre de Genève. Adapté des Scènes de la vie de bohème d’Henri Murger, le célèbre opéra de Giacomo Puccini nous ramène à Paris au 19ème siècle, dans le quartier de Montmartre où vivent, créent, s'amusent et survivent des artistes et des étudiants de tous horizons. Des couples se forment: Marcello et Musetta s'aiment et se chamaillent sans cesse, Rodolfo et Mimì s'aiment mais ne peuvent pas vivre ensemble. C'est la vie de bohème, avec ses étincelles de joie et ses ombres quotidiennes.

 

Comment faire revivre cet esprit si singulier qu'est la bohème? Du 21 décembre au 5 janvier, voici le défi relevé par le metteur en scène Matthias Hartmann qui revient au Grand Théâtre deux ans après Fidelio. Le metteur en scène a voulu mettre les personnages et leur sensibilité au coeur de cette nouvelle production, comme nous l'explique Daniel Dollé, conseiller artistique et dramaturge au Grand Théâtre de Genève.

 

 

La Bohème a connu, malgré quelques premières réticences, un grand succès dès sa création en 1896, pour quelles raisons?

Il y a en effet eu un débat autour de La Bohème pour savoir si c’était un opéra vériste ou non. Pour moi, le vérisme en musique n'a jamais vraiment existé, c'est quelque chose d'antinomique avec l'opéra parce rien que le fait de chanter des choses extrêmement tragiques nous éloignent du vérisme. Mais à partir du moment où on se trouve face à quelque chose de nouveau ou qu'on ne peut pas référencer, cela dérange. Avant La Bohème, Puccini avait composé Manon Lescaut qui avait déjà été un grand succès. Ici, il développe une sphère émotionnelle extrêmement raffinée, avec des moyens simples mais très efficaces. Puccini est vraiment allé dans la vie, il n'a pas pris des surhommes mais des gens du quotidien.

On dit toujours de La Bohème que c’est un opéra en quatre actes mais je préfère dire quatre tableaux. C'est construit comme une série de clichés cinématographiques, des scènes de vie qui forment un tout. Quand Marcello chante à Mimi, c'est comme s'ils se parlaient et c'est cela qui a fait dire qu'on était dans le vérisme, parce qu'il y a une vérité. Mais pour moi on est plus proche de l'expressionnisme, d'un naturalisme à la Zola que du vérisme italien, un mouvement qui n'a d'ailleurs pas duré. Il ne faut pas oublier qu'au départ ce n'est pas un opéra mais un livre écrit par Henri Murger et dans lequel il nous ramène à la vie des artistes de l'époque, qui vivaient à Paris dans une espèce d'insouciance. On retient surtout l'histoire d'amour mais Puccini montre aussi la place de l'artiste dans le monde, décrit presque une lutte des classes en plus d'une profonde analyse psychologique. C’est un opéra intelligent de bout en bout, il n'y a pas une minute superflue. La Bohème parle de joie de vivre, d'amour, de jalousie, d'argent et de la mort… c'est le résumé d'une vie. Je ne connais personne qui ne succombe pas à La Bohème.

 

La bohème, c’est la fête, mais c'est aussi la misère des artistes… Comment ces deux facettes s'expriment-elles chez Puccini?

L'esprit Bohème, c'est l'aspiration à la liberté, l'envie de ne pas être aliéné. D'ailleurs le couple Marcello et Musetta ne fonctionne pas parce qu'elle a un vrai besoin de confort matériel que Marcello ne peut lui promettre. Murger disait: «La vie de bohème ne peut avoir lieu qu'à Paris». À l'époque, Paris était vraiment une capitale culturelle remplie d'artistes, certains sont devenus célèbres et les autres ont disparu sous la misère. On a reproché à Puccini son deuxième tableau, avec le dîner de réveillon au café Momus, cette espèce d'agitation de fin d'année qui contrastait avec le reste. Ce qui est extrêmement intelligent de la part de Puccini, c'est que dès le départ il présente un peintre, un poète et un musicien qui malgré la misère continuent à s'amuser et plaisanter parce qu'ils trouvent toujours moyen de faire la fête. Il commence comme il va presque finir. Mais entre temps il a introduit le personnage de Mimi et avec elle une notion que ces jeunes ne connaissaient pas du tout: le problème de la mort. Ils comprennent alors une nouvelle vérité de la vie. On est vraiment dans une confrontation de l'insouciance et de la réalité qui reste tout le temps poétique.

 

 

Qu'apporte la mise en scène de Matthias Hartmann?

Matthias Hartmann a cherché avant tout la fluidité. Il n'a pas voulu perturber le regard par trop d'accessoires. Le focus est mis sur la personne, l'âme, ce qu'il se passe dans la tête des personnages. Et ce sont des personnages qui se mettent à nu. Donc le décor est composé de murs transparents qui peuvent s'agencer de différentes façons. On est assez rapidement frappé par cette presque nudité. Il y a des choses extrêmement astucieuses, par exemple dans la première scène il n'y a d'abord rien dans la mansarde. Marcello arrive avec son chevalet et ils meublent au fur et à mesure. Mais la première chose qui habite ces lieux, c'est un état d'esprit, ce sont des gens. Cela demande un grand travail de la part des interprètes qui ne peuvent pas se cacher derrière un décor.

 

Quels sont les passages qui vous touchent le plus?

Le duo entre Mimì et Rodolfo au troisième tableau et l'air où ils sont seuls à la fin (Sono andati?) me touchent beaucoup. Ce sont des moments forts musicalement. Quand on regarde La Bohème, il n'y a pas trois mesures à jeter. C'est aussi une oeuvre qui n'a pas d'ouverture, parce que Puccini voulait tout de suite plonger le spectateur dans une atmosphère.

 

Propos recueillis par Marie-Sophie Péclard

 

La Bohème, un opéra de Giacomo Puccini mis en scène par Matthias Hartmann à découvrir à l’Opéra des Nations à Genève du 21 décembre 2016 au 5 janvier 2017.

Renseignements et réservations au +41.22.322.50.50 ou sur le site www.geneveopera.ch

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