Publié le 18/11/2019 à 15:50

En partant de l'Argentine...

«J’aime toutes sortes de musiques. Plus qu’une notion d’influence, j’aime celle d’échange. Il y a une couleur argentine qui laisse la place à la curiosité, à l’envie d’aller voir ailleurs, ne pas se laisser enfermer»

 

Las Hermanas Caronni seront en concert le 28 novembre à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates. Ce duo pourrait être une merveilleuse découverte, mais comme il enregistre et tourne depuis déjà quelques années, il faut évoquer une merveilleuse redécouverte. Laura Caronni (violoncelle, chant) et Gianna Caronni (clarinete, clarinette basse et chant) sont deux sœurs jumelles, qui ont étudié la musique classique avant de faire bénéficier au public de leurs expérimentations de salon.
Leur voyage musical a commencé entre traditions argentines et classique, pour s’aventurer au fil des ans et au hasard des rencontres à d’autres genres. Le dernier disque en date des Hermanas Caronni, Santa Plástica, exprime également des préoccupations environnementales, mais avec elles, la nostalgie prend le plus souvent le dessus.

Les Argentins portent souvent avec eux l’exil, nous explique Laura Caronni. Pour les sœurs, nées à Genève, ce concert sera peut-être aussi un retour aux sources.

 

 

Quel rapport votre musique entretient-elle avec l’Argentine?

Nous sommes nées à Genève, mais nous avons émigré très tôt en Argentine, où nous avons grandi. C’est donc dans cette langue et au sein de cette culture que nous nous sommes exprimées en premier. J’appelle notre premier album notre port d’attache. Mais au fil des suivants, nous nous sommes éloignées pour aborder des univers plus jazz, parfois folk, parfois baroque. J’aime toutes sortes de musiques. Plus qu’une notion d’influence, j’aime celle d’échange. Il y a une couleur argentine qui laisse la place à la curiosité, à l’envie d’aller voir ailleurs, ne pas se laisser enfermer. Pour notre dernier album, Santa Plástica, nous avons invité Piers Faccini et Erik Truffaz. Et il y a la musique classique, qui est présente dans chacun de nos morceaux. Parfois d’une manière évidente, parfois un peu plus cachée, où elle tient du clin d’oeil à un compositeur.

 

 

Souvent avec une forme de nostalgie. Est-elle constitutive?

Je crois que les Argentins ont très souvent cette nostalgie de petits-fils d’immigrants. Dans notre famille, il y a une histoire de retour au pays – Caronni est un nom tessinois – avec des envies de laisser, de revenir à l’endroit que l’on a quitté. Le tango, c’est déjà beaucoup cela.

 

Vous intéressez-vous à ces musiques d’exils?

Oui, mais pour moi la salsa est aussi une musique d’exil. Et sur notre dernier album nous jouons aussi de la cumbia, cela peut être très festif! Mais l’inspiration a des origines multiples. Sur notre dernier album, Santa Plástica, des morceaux reflètent des préoccupations environnementales. La perte de notre mère nous a aussi amené à exprimer des sentiments universels – la perte d’un être cher, qui nous a donné la vie.

 

Faites-vous encore des rencontres musicales?

Cela peut se produire au hasard des projets. Une commande nous a fait découvrir le Pays basque, et un registre de compositions influencées par un rythme traditionnel. Cela peut aussi être un souvenir d’enfance, une chanson tessinoise de notre grand-père.

 

Vous êtes deux sœurs jumelles et musiciennes. Est-ce qu’étudier la musique classique était une chose naturelle dans votre famille?

C’était en tout cas une évidence. Notre grand-mère paternelle était chanteuse d’opéra et de tango, elle avait mis un terme à sa carrière, sans doute pour s’occuper de sa famille. Elle nous a sans doute transmis cette envie de faire de la musique. Elle chantait très souvent, toutes les circonstances de la vie de tous les jours étaient pour elle des occasions de chanter. Encore aujourd’hui, il y a beaucoup de tangos que je ne connais que par elle.

 

Et comment avez-vous été amenée à lancer ce duo?

Nous avons toujours fait de la musique ensemble. Nos études nous ont séparé, mais dès que nous étions réunies, nous jouions ensemble dans le salon, ou déchiffrions ensemble une partition de Bach ou de Villa-Lobos. C’est Juan Carlos Cáceres, qui nous a encouragé à présenter ce duo en public, et à composer notre propre musique, tant nos reprises s’éloignaient des originaux.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

«Santa Plástica», Les Grands Fleuves / L'Autre Distribution

En concert le 28 novembre, 20h ,à l’Espace Vélodrome, Plan-les-Ouates

Informations, réservations:
www.plan-les-ouates.ch


Egalement en concert le dimanche 1er décembre, 15h30, au Bee-Flat, Berne

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